Lingolsheim, charmante bourgade
alsacienne limitrophe de Strasbourg. Le temps est maussade en ce mardi 8
décembre 2009, mais Nicolas Sarkozy est d'humeur goguenarde. Devant un parterre
de 500 militants UMP, entourés de caciques gouvernementaux, le président de la
République tacle la gauche à la carotide (à huis clos) « Vous savez, au
fond, ce qui manque au Parti socialiste, c'est un directeur des ressources
humaines. Ils ont des talents, ils ne savent pas s'en servir. Franchement.
Donc, j'ai choisi d'être leur directeur des ressources humaines ». La
graveleuse boutade n'est pas nouvelle. Le locataire de l'Elysée s'y était
essayé lors de l'université d'été du MEDEF qui suivait son élection, alors que
l'ouverture à gauche battait son plein. La Conquête, pour reprendre le
titre du film de Xavier Durringer, c'était il y a quatre ans. Une éternité.
Désormais le PS est le nègre de Nicolas Sarkozy. L'UMP vient d'éditer un
éblouissant tract sur le sarkozysme en (ré)action intitulé "La République qui
protège, la République qui agit", ouvrage dithyrambique de 76 pages à l'appui.
La campagne socialiste (perdante) pour les législatives de juin 2007
s’intitulait "La gauche qui protège, la gauche qui agit".

Rose sur rose, rien ne bouge. Six sièges
socialistes de conseillers généraux en jeu, six cantons qui restent à gauche.
Avec ce grand chelem à Nantes, le PS transforme l’essai lors du second tour des
cantonales. Le sarkozyste Xavier Fournier (28 ans), candidat sur le canton de
Nantes-1, appelait pourtant à « s’opposer à Jean-Marc Ayrault, qui tire les
ficelles sur le territoire », tendant même la main aux écologistes. Un échec.
C’est la candidate PS Fabienne Padovani qui l’emporte, avec 53,45 % des
suffrages. Les cantons nantais n° 7 et n° 9 sont une formalité pour la gauche.
Les socialistes Pascal Bolo et Catherine Touchefeu sont largement réélus, avec
plus de deux tiers des voix.
Cantonales tests pour la gauche à
Nantes, avec six cantons roses dans la balance. Cinq conseillers généraux
socialistes remettaient leur mandat en jeu dimanche dernier, tandis que la
succession de Patrick Mareschal, par ailleurs futur ex-président du conseil
général de Loire-Atlantique, se décidait dans le 11e canton de Nantes. Et les
choses se présentent plutôt bien pour sa dauphine désignée, Johanna Rolland,
avec 41,46 % des suffrages au premier tour. Un large réservoir de voix
écologistes (Europe écologie-Les Verts confirme son bon score des régionales à
Nantes) devrait conduire à son élection dimanche prochain.
L'homme de gauche ne déteste pas
Dominique de Villepin. Il éprouve une vielle empathie pour l'ancien ministre
des Affaires étrangères. Elle est née le 14 février 2003 dans l'enceinte
guindée du Conseil de sécurité de l'ONU. Ce jour la, l'éloquence chevaleresque
de Galouzeau de Villepin fit mouche face aux velléités pétrolo-guerrières de
Bush fils en Irak : « Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les
gardiens d'un idéal, nous sommes les gardiens d'une conscience. La lourde
responsabilité et l'immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à
donner la priorité au désarmement dans la paix ». Derrière la vulgate
gaulliste anachronique, le plaidoyer pacifiste et multilatéraliste ne pouvait
que plaire à l'homme de gauche. Une empathie encore amplifiée par la haine d'un
Nicolas Sarkozy voulant pendre Villepin « à un crochet de boucher ».
C'est oublié la vie et l'œuvre de Dominique de Villepin, qui n'ont rien de
progressiste ou de morale.
La fable politique était presque
parfaite. Il y avait d'un côté le vieux lion socialiste, de l'autre le jeune
fauve sarkozyste. A ma gauche Jacques Auxiette, président PS sortant de la
région Pays de la Loire, l'oncle un peu grincheux à la voix rocailleuse. A ma
droite Christophe Béchu, son challenger UMP, le gendre plein d'allant aux
propos ciselés. Le second devait manger le premier sur ces terres ligériennes
qui réputées regagnables pour la droite, c'était oublié qu'un « 21 avril à
l'envers » avait mis François Fillon au tapis en 2004 et que Roselyne
Bachelot avait gentiment refusé d'aller à la boucherie électorale en 2010.
Monsieur Béchu a perdu dans des proportions jamais vu pour un candidat
conservateur sur les berges de la Loire. 159 094 voix d'écarts avec son
adversaire socialiste et seulement 43,61% des suffrages. Une étoile montante du
sarkozysme touchée en plein ciel.
Rachida Dati a des ressources physiques
inépuisables. Du moins c'est ce qu'elle s'échine à faire croire. Déjà en
janvier 2009, elle avait intégralement mis en scène son retour au conseil des
ministres, 5 jours à peine après son accouchement par césarienne. Manœuvre
grossière d'une disgraciée du sarkozysme dont les prérogatives (et l'agenda) se
réduisaient comme peau de chagrin au ministère de la justice. Aujourd'hui l'ex
garde des Sceaux est une ultra-cumularde. Maire du 7e arrondissement, elle est
aussi députée européenne. Ses négligences républicaines n'ont d'égales que ses
caprices politiques, qui visent à s'arroger toujours plus de pouvoir. Mais les
11 863 euros par mois qu'elle touche de ses mandats, avant impôts, ne suffisent
pas à couvrir son train de vie mondain. Alors Rachida Dati fait du
« conseil » et se lance même dans l'humanitaire. Un seul mot d'ordre
: mes intérêts particuliers avant l'intérêt général.
Dans son numéro du samedi 31 janvier 2008
l'hebdomadaire le Figaro Magazine a fait dans le lourd. De le page 22 à 26
c'est un véritable publireportage en faveur du plan de relance du gouvernement
qui a été imprimé. Ce dossier intitulé « Plan de relance, c'est parti ! » est
pour le moins partisan, sans nuances, dénué d'opinions alternatives. C'est très
critiquable sur le plan du travail journalistique mais c'est le droit le plus
strict du « Fig mag ». La ou le bas blesse c'est que chaque page est agrémentée
d'un énorme logo gouvernemental « Plan de relance » avec adresse du site
officiel en prime. Imaginons que Libération fasse la même chose avec le visuel
« Agir vraiment contre la crise » du PS. Ridicule ! Le propriétaire du Figaro
magazine, Serge Dassault, s'est il « coordonné » avec Patrick Devejian ? Est-ce
une commande directe du gouvernement et de son communicateur en chef Thierry
Saussez ?





