« Une triste soirée pour la
social-démocratie » selon Martin Schultz, président du groupe socialiste
au Parlement européen. Un euphémisme, même à froid. La gauche social-démocrate
européenne est en lambeaux (21,5% des voix), tandis que la gauche ex-communiste
rétrécie (4,3%) comme peau de chagrin et que les écologistes pèsent encore peu
(7,2%). Un raz de marée bleu aux reflets gris a déferlé partout en Europe à
l’exception de la Grèce, Malte, le Danemark et la Suède qui flottent tels des
radeaux de survie rose. Le PPE libéral-conservateur, culmine à 35,9% des voix,
tiré vers la droite par le sarko-berlusconisme et une extrême droite europhobe
qui fait une percée aux alentours de 12,5%. On ne saurait élucider la défaite
encore plus cruelle du PS en France par de simples explications nationales. Les
mines déconfites des camardes socialistes, les séances d’auto-flagellation des
cadres du PS sont le reflet d’une gauche européenne profondément en crise.
Cher Monsieur Blair, je me permets de vous
interpeler en tant que simple militant de gauche, « la vielle
gauche » comme vous dites. Je vais être honnête, j'ai un vieux passif avec
vous car ma rupture intellectuelle avec le courant politique qui porte votre
nom (« le blairisme ») fut inhérente à mon engagement politique. Mais
je ne veux pas seulement vous parler ici d'une rupture intellectuelle mais
surtout d'une rupture morale. Elle a commencé par votre soutien total à la
diplomatie haineuse et sanguinaire de Bush fils. Elle a continué avec ces
innombrables textes communs signés avec messieurs Aznar et Berlusconi des
hommes politiques « progressistes » comme vous dites. Elle a prit un tour plus
personnel, pour nous français, quand au printemps dernier vous avez
frénétiquement soutenu Nicolas Sarkozy contre Ségolène Royal, pourtant membre
du Parti Socialiste Européen tout comme vous, tout comme moi.
"L'Angleterre est le pire pays développé pour les enfants qui y
grandisse". Qui est l'auteur de ces phrases ? La Parti conservateur britannique
? L'extrême gauche anglaise ? Des anglosceptiques notoires ? Non, une étude de
l'UNICEF sur la pauvreté infantile dans les pays développés, passée inaperçue
en France, qui y place l'Angleterre au dernier rang juste derrière les
États-Unis. C'est selon moi la l'ultime démonstration de l'échec du néo
travaillisme anglais : échec social mais aussi européen et international.
C'est la défaite de cette digestion de l'héritage thatchérien par
l'institutionnalisation d'une société précaire et inégalitaire en échange de
quelques gouttes de justice sociale. C'est la défaite de l'opportunisme
politique articulé par le "spindoctoring" à outrance.





