Au commencement il y avait un groupe
pharmaceutique, qui au fil des fusions et autres acquisitions devint le 5e de
son secteur au niveau mondial et leader à l'échelle de l'Europe. Une entreprise
qui fit 8,47 milliards d'euros de bénéfices en 2009 - la palme d'or du CAC 40
devant Total ! - pour qui l'explosion des ventes de vaccins contre la grippe A
n'était qu'une goutte d'eau (3,6 % du chiffre d'affaires) dans un océan de
blockbusters (petit nom donné aux médicaments au retour sur investissement
faramineux). Dans le même temps, le directeur général de Sanofi Aventis,
Christopher Viehbacher, confirma un brutal plan de réorganisation de
l'activité de l'entreprise visant à réaliser 2 milliards d'euros d'économies en
2013 par rapport à 2008. « Nous sommes en avance sur notre
calendrier » confia t-il même avec délectation. Traduction dans l'hexagone
: 4 sites fermés, « 3000 emplois sont supprimés, dont 1300 en
recherche » selon l'estimation des syndicats, sans compter les 900
chercheurs « volontaires au départ » qui ont déjà quitté Sanofi. Fin
du conte de fée industriel. Début de la boucherie sociale.
Le lion du Sénat
est mort. Ted Edward Kennedy, frère de John et de Robert, est mort à l'âge de
77 ans d'une tumeur du cerveau près d'un demi siècle après sa première élection
au Sénat des États-Unis d'Amérique. Quand « Teddy » est élu en 1962 comme
sénateur du Massachusetts, John Fitzgerald Kennedy est à la Maison Blanche
depuis un an et lance la conquête spatiale par son discours « Nous avons choisi
d'aller sur la lune ». L'Amérique est encore largement ségrégationniste et
raciste, même si le mouvement des droits civiques emmené par Martin Luther King
obtient ses première victoires. JFK renforce l'engagement militaire étasunien
dans la guerre du Viêt Nam, semant les graines du pacifisme étudiant et la
nouvelle gauche des années 1970. Quand Ted Kennedy décède en 2009, les USA ont
un président métisse progressiste, veulent retourner sur la Lune pour un jour
marcher sur Mars et se désengagent du « nouveau Viêt Nam » irakien. Entre ces
deux dates, 46 ans de lutte pour la justice sociale et contre la pauvreté.
Deux salariés côte à côte place de la Bastille.
Le premier avec un autocollant CGT 94 engage la conversation : « vous êtes de
Flins ? Courage ! » (l'usine Renault de Flins tourne au ralenti depuis
décembre). Le second vêtu d'un gilet FO Flins lui répond « oui, mais cela ne
dépend plus de nous ». Le cégétiste conclut « bon... en tout cas on est
avec vous les gars ». Échange anodin mais qui en dit long sur le
changement d'atmosphère sociale. Les mobilisations locales (parfois dures) des
salariés n'ont pas manquées en 2007-2008, mais il n'y avait pas de
« conjonction des luttes », de sens commun. Ce 29 janvier 2009 les
mouvements sociaux ont dépassés leurs spécificités catégorielles pour devenir
« le » mouvement social. « Énièmes manifs », « rituel
de la grève » pour les libéraux-conservateurs et les réactionnaires.
Pourtant, au delà de son opposition massive au sarkozysme, ce mouvement social
a des caractéristiques inédites.
Raul Solis et Juana Sequeira-Solis forment
un souriant couple de retraités. Lui est originaire du Mexique, elle du
Nicaragua. Tous deux ont émigrés aux États-Unis, ou ils se sont rencontrés puis
mariés en 1953. Ils ont longuement travaillés comme ouvriers, lui dans une
usine de recyclage, elle sur les chaînes de montage de Mattel. Très engagés
dans les syndicats Teamsters et United Rubber Workers, ils n'ont jamais cessé
de croire en une Amérique plus juste et généreuse. Alors quand Barack Obama et
son administration rentrent à la Maison Blanche ce 20 janvier 2009, ils sont
très émus. Doublement émus même, car leur fille Hilda Solis devient à 51 ans la
secrétaire au Travail des États-Unis d’Amérique.
« Ils ne représentent que 8,2 % de la
population, et ils prennent en otage les français », voilà l'approche dite
« Café du commerce » de la représentativité syndicale et de la démocratie
sociale en France. On se penche donc toujours du côté des syndicats ouvriers et
salariés, avec surtout la volonté de les affaiblir. Pourtant la
représentativité des syndicats patronaux est un véritable scandale. Le CNPF
transformé en MEDEF prétend depuis 60 ans représenter seul tous les chefs
d'entreprises. Un oligopole chez les tenants de la libre concurrence et du
« fanatisme de marché ». Qui élit ces représentants des chefs
entreprises ? Personne. Résultat, ils défendent caricaturalement les
intérêts du capital, et sont finalement assez proche de la pensée patronale
oppressante du 19ème siècle : quelle modernité ! Le MEDEF ne réfléchit
clairement pas à la réalité des entreprises, encore moins à celle du monde du
travail. Sur le plan démocratique, c'est en réalité plus un lobby (historique)
qu'un syndicat, car il ne représente personne à part lui-même.
Après une phase de grèves de pratiquement une
semaine, le terme « d'usagers pris en otage » a du être utilisé
plusieurs centaines de fois. On peut d'ailleurs s'interroger sur des médias
(audiovisuels) qui n'ont pas traités les tensions sociales sur le fond se
contentent de descriptions plus ou moins fleuries de « la galère ».
Faut il rappeler que l'exercice syndical et la grève sont des droits
constitutionnels prévus aux articles 6 et 7 du préambule de 1946. Une prise
d'otage (avec une triste actualité) est une violence physique et psychologique.
Mélanger les deux est une confusion réactionnaire assez inquiétante. De plus,
c'est bien Nicolas Sarkozy qui à conduit à cette situation en jouant les
« dures » face à des syndicats « négociateurs ». Et quel quelque
part n'a t'il pas été élu pour cela ? Pour entamer une révolution
thatchérienne, pour aller au rapport de force quasi physique avec les
syndicats.
Social-démocratie. Ce mot honni par la
gauche française est aujourd'hui sur toutes les bouches. Des écologistes qui
parlent de social-écologie aux communistes qui parlaient « d'urgence
sociale et démocrate » sur les tracts de Marie-Georges Buffet. De toutes
les tendances du PS jusqu'à son aile gauche qui définit le parti comme
« réformiste et social-démocrate depuis au moins vingt ans ». Il n'y
a peut-être guère que Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon pour ne pas avoir
ce mot à la bouche. La social-démocratie au sens large désigne l'ensemble des
organisations et hommes qui se rattachent au socialisme réformiste par
l'abandon du marxisme révolutionnaire. La majorité des citoyens de gauche
peuvent se retrouver dans cette définition, mais plus précisement, parler de
social-démocratisation pour la réinvention de la gauche française, cela a t'il
vraiment un sens ?






