« Moi, libéral et socialiste ». J'ai
failli m'étrangler lorsque que j'ai aperçu la citation de Bertrand Delanoë
placardé en une du Nouvel Obs sur un kiosque parisien. Bien sûr j'avais lu les
dépêches et articles qui faisait état de cette déclaration. Mais la c'est plus
qu'une phrase anéctodique c'est une ligne d'entrée en campagne pour le Congrès
du Parti socialiste. On peut souscrire au propos qui consiste à revendiquer
l'héritage du libéralisme politique des Lumières et de la Révolution Française.
Mais qu'apporte cette revendication à la gauche du 21ème siècle ? Si il s'agit
d'une ouverture au libéralisme économique, n'est ce pas un renoncement
anachronique ? Stratégiquement ça n'est pas anodin, c'est même peut être un
erreur politique symbolique qui va couter le Congrès à Bertrand Delanoë.
La gauche socialiste a longtemps été critiquée
pour son « surmoi marxiste », c'est à dire l'appréhension du
quand-dira-t'on communiste (hier) puis gauchiste (aujourd'hui). Cette peur l'a
souvent conduite à adopter un discours vulgairement et grossièrement marxiste.
Mais depuis l'élection présidentielle et à l'approche des élections municipales
un nouveau surmoi anime la gauche socialiste : « le surmoi
centriste ». La peur du quand dira-t-on centriste, le frétillement devant
l'électeur ou (plus rare) l'élu MoDem. L'adoption d'un discours platement
démocrate et le malaise sur les questions sociales. Ce comportement du PS est
pour le moins curieux. Il courtise un Mouvement Démocrate mal en point sans
même débattre clairement de cette stratégie d'alliance avec le centre.
Social-démocratie. Ce mot honni par la
gauche française est aujourd'hui sur toutes les bouches. Des écologistes qui
parlent de social-écologie aux communistes qui parlaient « d'urgence
sociale et démocrate » sur les tracts de Marie-Georges Buffet. De toutes
les tendances du PS jusqu'à son aile gauche qui définit le parti comme
« réformiste et social-démocrate depuis au moins vingt ans ». Il n'y
a peut-être guère que Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon pour ne pas avoir
ce mot à la bouche. La social-démocratie au sens large désigne l'ensemble des
organisations et hommes qui se rattachent au socialisme réformiste par
l'abandon du marxisme révolutionnaire. La majorité des citoyens de gauche
peuvent se retrouver dans cette définition, mais plus précisement, parler de
social-démocratisation pour la réinvention de la gauche française, cela a t'il
vraiment un sens ?
"L'Angleterre est le pire pays développé pour les enfants qui y
grandisse". Qui est l'auteur de ces phrases ? La Parti conservateur britannique
? L'extrême gauche anglaise ? Des anglosceptiques notoires ? Non, une étude de
l'UNICEF sur la pauvreté infantile dans les pays développés, passée inaperçue
en France, qui y place l'Angleterre au dernier rang juste derrière les
États-Unis. C'est selon moi la l'ultime démonstration de l'échec du néo
travaillisme anglais : échec social mais aussi européen et international.
C'est la défaite de cette digestion de l'héritage thatchérien par
l'institutionnalisation d'une société précaire et inégalitaire en échange de
quelques gouttes de justice sociale. C'est la défaite de l'opportunisme
politique articulé par le "spindoctoring" à outrance.
Que les choses soient
claires. Ségolène Royal a une légitimité comme n’importe quel autre camarade à
se présenter à l’investiture socialiste, on ne saurait en aucun cas mettre en
cause cette légitimité. Les réactions qui ont suivit ses déclarations
d’intentions à l’automne 2005 étaient teintés d'une misogynie scandaleuse. A
cette époque, j’ai défendu vigoureusement la candidate de
Poitou-Charentes. Mais le fait est pour moi (et pour beaucoup de socialistes)
que politiquement la voie Royal est une impasse pour la gauche de gouvernement
en général et pour le Parti Socialiste en particulier. Dans l’optique de 2007,
la gauche doit faire sur le fond quatre choix. La réhabilitation du politique
pour agir sur l’économique et transformer le social. Une ligne politique de
gauche et un socialisme réformiste. L’espoir pour le peuple de gauche et les
plus fragiles socialement. Et une réponse sérieuse au projet politique
réactionnaire de Nicolas Sarkozy.





