Couleurs chatoyantes dans les tons
mauve-bordeaux-pistache, spots savamment disposés, mobilier ovalisant et
affiches criardes qui vantent Amsterdam, Paris ou la Bretagne. Pas à pas,
parfois sournoisement, souvent avec notre consentement, la Société nationale
des chemins de fer français (SNCF) se mue en vulgaire agence de voyages.
L'usager se transforme en consommateur. Le cheminot (re)devient l'ouvrier
spécialisé d'avant l'unification de 1938. C'est cette corrosion que compte le
documentaire Cheminots de Luc Joulé et Sébastien Jousse. Avec brio.
Point d’aiguillage idéologique sur la voie qu'empruntent les deux réalisateurs.
Ils partent du quotidien de la myriade de métiers qui font la SNCF pour
replacer les cheminots dans le cours de l'histoire. En cinq mots : du Karl Marx
sur rails.
Pour le fan de football dépourvu de Canal
+, les week-end télévisuels c'est un peu l'aventure. Plusieurs solutions
s'offrent à lui. Option un, il a un voisin avenant, abonné à la chaine crypté,
qui est prêt à le tolérer tous les samedi et dimanche (un ami, un cousin peut
aussi faire l'affaire). Option deux, il existe en bas de chez lui un bar
sympathique ou l'on supporte la même équipe que lui. Option 3, il pirate ladite
chaine numéro 4 par le biais du web. Option quatre, il est sensible au charme
du commentaire sportif à la radio et attendra patiemment pour voir les buts à
la télévision. Alors pour que n'importe quel amoureux du ballon rond puisse
regarder la Ligue 1, faut-il nationaliser la diffusion de celle-ci ?
Entre Roland Garros, l'Euro et les Jeux
Olympiques on peut dire que l'été 2008 est riche en évènements sportifs. Malgré
les turpitudes et les aléas propre au sport, la France demeure un grand pays
dans ce domaine. Grâce principalement à la prise en charge du sport par la
puissance publique (États et collectivités), couplé à la force associative (264
700 associations en 2005). Ces deux piliers qui se structurent au sein des
fédérations permettaient depuis le Front populaire de tendre vers le but voulu
par Léo Lagrange « (...) tout en ne négligeant pas le côté spectacle et la
création du champion, c’est du côté des grandes masses qu’il faut porter le
plus grand effort ». Cette force est enviée en Europe de l'Est ou les champions
sont formés aux États-Unis et le sport de masse décrépit voir corrompu. Car la
marchandisation a malheureusement gangréné le sport. Aujourd'hui, même le
système fédéral français est remis en cause par la concurrence de filières
privés, à l'image du « Team Lagardère ».
Le néolibéralisme serait l'incarnation du
pragmatisme et du réalisme, il aurait un sens inébranlable de l'intérêt général
guidé par la main invisible du marché. Pourtant si l'on étudie les
libéralisations récentes qui ont eu lieu dans différents secteurs économiques,
force est de constater qu'il n'en est rien. Ce sont bien des intérêts privées
et la perspective de retour sur investissement permit par de nouveaux marchés
qui ont étés déterminantes. Le service rendu à l'usager, l'inscription dans une
démarche collective de vivre ensemble et même la viabilité économique ont été
bafoués par ces choix. Trois exemples le démontrent largement : la
privatisation-segmentation des transports collectifs à Londres dans les années
1990, la libéralisation du service de renseignement téléphonique en France en
2006, la libéralisation du marché de l'électricité en France en 2007.
Quand on pense à la privatisation, la
libéralisation ou la diminution des services postaux au niveau européen, on se
place souvent du côté de l'usager. Pourtant un tel mouvement a aussi des
conséquences extrêmement préoccupantes du côté de petits structures essentiels
à la diversité culturelle, à l'accès à la culture pour tous, à la contestation
par les idées aussi : les libraires et les éditeurs indépendants voir même les
bibliothèques publics. Fermeture de bureaux dans des zones moins fréquentés,
libéralisation d'une partie des services notamment le colis, abandon d'une
tarification réfléchie pour une grille simpliste et moins « coûteuse ».
Ces transformations récentes de La Poste en France sont très préoccupantes pour
ces petites structures qui utilisent beaucoup ces services. 





