Au commencement il y avait un groupe
pharmaceutique, qui au fil des fusions et autres acquisitions devint le 5e de
son secteur au niveau mondial et leader à l'échelle de l'Europe. Une entreprise
qui fit 8,47 milliards d'euros de bénéfices en 2009 - la palme d'or du CAC 40
devant Total ! - pour qui l'explosion des ventes de vaccins contre la grippe A
n'était qu'une goutte d'eau (3,6 % du chiffre d'affaires) dans un océan de
blockbusters (petit nom donné aux médicaments au retour sur investissement
faramineux). Dans le même temps, le directeur général de Sanofi Aventis,
Christopher Viehbacher, confirma un brutal plan de réorganisation de
l'activité de l'entreprise visant à réaliser 2 milliards d'euros d'économies en
2013 par rapport à 2008. « Nous sommes en avance sur notre
calendrier » confia t-il même avec délectation. Traduction dans l'hexagone
: 4 sites fermés, « 3000 emplois sont supprimés, dont 1300 en
recherche » selon l'estimation des syndicats, sans compter les 900
chercheurs « volontaires au départ » qui ont déjà quitté Sanofi. Fin
du conte de fée industriel. Début de la boucherie sociale.
« La campagne pour réformer le système de
santé en 2009 est le plus grand test pour notre mouvement depuis les dernières
élections ». Barack Obama mobilise avec vigueur ses troupes pour ce qui
s'annonce (déjà) comme le moment crucial de son mandat. Les 46 millions
d'américains qui sont dépourvus de couverture médicale attendent cette réforme
depuis 15 ans. En effet, Hillary Clinton mandatée par Bill Clinton pour
réformer le système de santé en 1993, avait dû céder face au harcèlement
incessant des lobbys pharmaceutiques et assurantiels dès 1994. La gauche
étasunienne va donc sans doute mener sa plus grande bataille politique depuis
la fin du mouvement des droits civiques en 1968. Les républicains, les lobbys
aiguisent leurs armes criant déjà « Non au socialisme ».
En huit semaines, même pas un printemps, le
monde a basculé dans la peur-panique quant à l'éventualité d'une pandémie
massive et historique causée par la grippe A. Communiqués officiels alarmistes,
décisions politiques radicales, tourbillons médiatiques, ruées sur les boîtes
de Tamiflu. Le contraste est saisissant avec des chiffres faisant état d'une
propagation « modeste » deux mois après le premier cas avéré de grippe A au
Mexique : 22 000 cas confirmés dans 65 pays de par le monde et 125 décès sur
l'ensemble du globe selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En France
on compte 58 cas avérés d'après l'Institut de veille sanitaire (IVS). La
question de la réalité et de la dangerosité de cette pandémie est donc
clairement posée.





