Banderoles, drapeaux, piquets, autocollants et
fumigènes... Le rite de la manifestation à la française est bien établit.
Nouveauté de cette cuvée 2010 : les vuvuzelas et un mouvement social contre la
réforme des retraites qui atteint un paroxysme historique. La bonhomie
(actuelle) des cortèges contraste avec une situation objectivement tendue. Les
ponts de la négociation ayant été coupés par l’autiste gouvernement Fillon dès
juin (MEDEF et syndicats sont d'ailleurs dans le même bateau), l'embouchure à
se fleuve social semble plus que ardue à trouver. Il est donc de bonne aloi de
se plonger dans la presse britannique. Oui allons voir ce qu'en pense le
Royaume-Uni, contrée du travaillisme old school et du welfare
state pendant les années d'après guerre, mis à l'amende à partir de 1979
par la révolution conservatrice de Margaret Thatcher. Pays ou le dernier
mouvement social significatif fut celui contre la poll tax en 1990.
Tournant à l'émeute il entraina, ironie de l'histoire, la fin de Maggie et de
la contestation sociale à la britannique.

La question écologique opposée à la question
sociale ? C'est contre cette idée reçue que l'Agence de l'Environnement et de
la Maîtrise de l'Énergie et l'Université de Nantes ont mené une étude sur les
salariés et le développement durable. Une enquête d'une ampleur inédite : plus
de 1700 salariés ont été interrogés à cette occasion. L'aspiration des salariés
est claire : ils veulent du concret et du participatif en matière écologique.
94% des personnes interrogées se déclarent pour le tri, le recyclage et la
diminution des déchets. Pratiquement autant de travailleurs se disent
favorables à l'optimisation de leurs consommations d'énergie. Le salarié veut
prolonger sur son lieu de travail la chasse au gaspillage qu'il effectue déjà
chez lui. Un éco-citoyen partout, tout le temps en somme. Pour Séverine Millet,
consultante en sociologie de l'environnement : « L'écologie n'est plus
uniquement vue comme une catastrophe ni une contrainte, mais bien aussi comme
une véritable opportunité de mieux vivre ensemble, de changement social profond
et comme une solution de sortie de crise ». Reste à mettre en musique cette
belle partition écologique dans les entreprises (
Deux salariés côte à côte place de la Bastille.
Le premier avec un autocollant CGT 94 engage la conversation : « vous êtes de
Flins ? Courage ! » (l'usine Renault de Flins tourne au ralenti depuis
décembre). Le second vêtu d'un gilet FO Flins lui répond « oui, mais cela ne
dépend plus de nous ». Le cégétiste conclut « bon... en tout cas on est
avec vous les gars ». Échange anodin mais qui en dit long sur le
changement d'atmosphère sociale. Les mobilisations locales (parfois dures) des
salariés n'ont pas manquées en 2007-2008, mais il n'y avait pas de
« conjonction des luttes », de sens commun. Ce 29 janvier 2009 les
mouvements sociaux ont dépassés leurs spécificités catégorielles pour devenir
« le » mouvement social. « Énièmes manifs », « rituel
de la grève » pour les libéraux-conservateurs et les réactionnaires.
Pourtant, au delà de son opposition massive au sarkozysme, ce mouvement social
a des caractéristiques inédites.
« Ils ne représentent que 8,2 % de la
population, et ils prennent en otage les français », voilà l'approche dite
« Café du commerce » de la représentativité syndicale et de la démocratie
sociale en France. On se penche donc toujours du côté des syndicats ouvriers et
salariés, avec surtout la volonté de les affaiblir. Pourtant la
représentativité des syndicats patronaux est un véritable scandale. Le CNPF
transformé en MEDEF prétend depuis 60 ans représenter seul tous les chefs
d'entreprises. Un oligopole chez les tenants de la libre concurrence et du
« fanatisme de marché ». Qui élit ces représentants des chefs
entreprises ? Personne. Résultat, ils défendent caricaturalement les
intérêts du capital, et sont finalement assez proche de la pensée patronale
oppressante du 19ème siècle : quelle modernité ! Le MEDEF ne réfléchit
clairement pas à la réalité des entreprises, encore moins à celle du monde du
travail. Sur le plan démocratique, c'est en réalité plus un lobby (historique)
qu'un syndicat, car il ne représente personne à part lui-même.
Matraqué par les publicitaires, embarrassant
pour les politiques, central pour les salariés, le pouvoir d'achat est partout.
L'omniprésence de ce thème est telle qu'on en vient à confondre promesses
électorales et slogans d'hypermarchés. Les deux ne font qu'un quand le
gouvernement lance sa campagne pour promouvoir ses mesures en « faveur » de ce
pouvoir d'achat. Suivant les opinions on la trouvera totalement grotesque ou
carrèment cynique, car non seulement cette droite est caricaturalement dévouée
aux classes possédantes mais petit à petit elle se met à le revendiquer
fièrement (suivant ainsi le chemin tracé par les républicains américains). Mais
revenons au pouvoir d'achat de l'ensemble de la population, est-ce un terme et
un concept pertinent ? De surplus d'un point de vue de gauche ?
Après une phase de grèves de pratiquement une
semaine, le terme « d'usagers pris en otage » a du être utilisé
plusieurs centaines de fois. On peut d'ailleurs s'interroger sur des médias
(audiovisuels) qui n'ont pas traités les tensions sociales sur le fond se
contentent de descriptions plus ou moins fleuries de « la galère ».
Faut il rappeler que l'exercice syndical et la grève sont des droits
constitutionnels prévus aux articles 6 et 7 du préambule de 1946. Une prise
d'otage (avec une triste actualité) est une violence physique et psychologique.
Mélanger les deux est une confusion réactionnaire assez inquiétante. De plus,
c'est bien Nicolas Sarkozy qui à conduit à cette situation en jouant les
« dures » face à des syndicats « négociateurs ». Et quel quelque
part n'a t'il pas été élu pour cela ? Pour entamer une révolution
thatchérienne, pour aller au rapport de force quasi physique avec les
syndicats.
Monsieur De Villepin, qui se
présente comme le chevalier servant de notre modèle républicain n’est en fait
qu’un saltimbanque libéral qui agite le social comme un pompon médiatique. Son
souci de la « concertation sociale » est infirmé par son utilisation de la
procédure parlementaire d’urgence pour avorter le débat de fond. Son discours
de modération politique est démenti par la dureté pratique de ses mesures :
diminution scandaleuse de l’imposition des plus aisés, précarisation de la vie
professionnelle avec le CNE et le CPE. Ses affirmations sur la baisse du
chômage ne trouve d’échos que dans les radiations de l’ANPE : les chômeurs
seraint donc des erreurs statistiques ? Celui qui a bénéficié de la
bienveillance de certains de nos concitoyens, à en fait le même souci de la
morale politique que son éminent monarque en fin de règne Jacques Chirac 2nd :
l'art du décalage abyssale entre parole et vérité. Notre mobilisation contre le
Contrat Première Embauche et pour la solidarité, la durabilité sociale doit
donc être totale.





