Couleurs chatoyantes dans les tons mauve-bordeaux-pistache, spots savamment disposés, mobilier ovalisant et affiches criardes qui vantent Amsterdam, Paris ou la Bretagne. Pas à pas, parfois sournoisement, souvent avec notre consentement, la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) se mue en vulgaire agence de voyages. L'usager se transforme en consommateur. Le cheminot (re)devient l'ouvrier spécialisé d'avant l'unification de 1938. C'est cette corrosion que compte le documentaire Cheminots de Luc Joulé et Sébastien Jousse. Avec brio. Point d’aiguillage idéologique sur la voie qu'empruntent les deux réalisateurs. Ils partent du quotidien de la myriade de métiers qui font la SNCF pour replacer les cheminots dans le cours de l'histoire. En cinq mots : du Karl Marx sur rails.