Nous sommes, en ce début d'année 2009,
à un moment charnière de la présidence Sarkozy. La tension sociale est
palpable, c'est rien de le dire. La jeunesse hésite entre radicalité et
résignation, un mouvement social massif peut démarrer à la moindre étincelle.
La gauche réformiste est (enfin) entrée dans une opposition frontale au
sarkozysme. Le PS a une nouvelle direction bosseuse et renouvelée, la nouvelle
Première secrétaire s'oppose de façon intelligente et efficace, les contre-vœux
en sont une illustration parmi d'autres. Le PS va objectivement mieux qu'il y a
six mois. Dans ce contexte, la ligne de Ségolène Royal est tout simplement
anachronique et kamikaze. Elle est rentrée dans une stratégie de friction
interne permanente au PS alors que la situation du pays et du monde exige la
mobilisation unitaire de la gauche. Son équipe s'exprime comme en plein Congrès
alors que la phase démocratique interne est terminé depuis longtemps. Son
courant qui devrait être à l'avant garde de la rénovation, mène une bataille
d'arrière garde façon « vieux PS ». Quel décalage par rapport à la
réalité politique et sociale !
A l'arrivée à Reims c'est un épais
brouillard et la pluie qui étaient au rendez-vous. Au départ c'est un ciel
blanc avec de la bruine. Une météo à l'image du Congrès du PS, pas encore un
grand souffle de changement à gauche mais des éléments rationnels pour y
croire. Bien sûr les échos médiatiques sont très sévères, car pour les
journalistes il n'y avait pas d'alternative : c'était soit le sacre, soit le
massacre de Reims. Ce fut pourtant ni l'un, ni l'autre. Pour reprendre les mots
de conclusion d'Adeline Hazan « Ce Congrès n’a été ni celui d’Epinay, ni celui
de Rennes, juste le Congrès de Reims ». Je reviens pour ma part de ce 75ème
Congrès socialiste avec un certain optimisme, il faudra que cela se confirme
dans les urnes cette semaine.
« Moi, libéral et socialiste ». J'ai
failli m'étrangler lorsque que j'ai aperçu la citation de Bertrand Delanoë
placardé en une du Nouvel Obs sur un kiosque parisien. Bien sûr j'avais lu les
dépêches et articles qui faisait état de cette déclaration. Mais la c'est plus
qu'une phrase anéctodique c'est une ligne d'entrée en campagne pour le Congrès
du Parti socialiste. On peut souscrire au propos qui consiste à revendiquer
l'héritage du libéralisme politique des Lumières et de la Révolution Française.
Mais qu'apporte cette revendication à la gauche du 21ème siècle ? Si il s'agit
d'une ouverture au libéralisme économique, n'est ce pas un renoncement
anachronique ? Stratégiquement ça n'est pas anodin, c'est même peut être un
erreur politique symbolique qui va couter le Congrès à Bertrand Delanoë.
Quelle est l'identité politique de
Ségolène Royal ? L'idée est répandu depuis les primaires socialistes de 2006
qu'elle n'en n'aurait pas vraiment, parfois par machisme. Il est vrai que
l'utilisation à des fins politiques de sa vie privée, les annonces plus ou
moins agaçantes de l'ancienne candidate PS aux présidentielles ont brouillés
les pistes. Le « royalisme » ou le « ségolénisme » est
complexe, parfois difficile à cerner, comme le démontre les 10 questions
adressés aux militants socialistes. Mais cela constitue bien un corpus
idéologique. Si on devait résumer cette identité politique en un mot je
retiendrais volontiers le terme de « péronisme à la française »
qu'ont utilisé en premiers les socialistes Pierre Kanuty et Jean-Christophe
Cambadélis. Il existe en effet de nombreux points communs entre le péronisme
argentin et le socialisme façon Ségolène Royal.
Il y a encore quelques mois quand je
disais être socialiste j'éprouvais une certaine fierté quand à mon engagement.
Aujourd'hui, non que j'en ai honte, mais j'ai une sorte pincement au coeur car
le PS comme la gauche sont dans une léthargie qui me révolte. Les personnalités
qui la représente donnent l'impression de "dormir". La clarté du néo
conservatisme sarkozyste est entouré d'un halot de confusion (l'ouverture, la
cacophonie gouvernementale, le présidentialisme total) qui déstabilise jusque
dans l'opposition. Seul Besancenot avec un discours tranché (mais trompeur et
très travaillé) surnage dans ce marasme. Le député Jean-Jacques Urvoas a cette
analyse « le PS des années 2000 c'est la SFIO des années 1960 moins la
guerre d'Algérie ».
Un étrange ballet avait lieu à chaque meeting
de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, une sorte de concurrence
libre (mais faussée) à celui qui sera le plus visible et le plus bruyant entre
le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) et la Ségosphère. Entre les jeunes
socialistes en rouge et les jeunes ségolénistes en mauve. Mise à part ce
spectacle parfois cocasse, on peut se demander concrètement à quoi a servi et à
quoi sert la Ségosphère ? Un partisan de Ségolène Royal en Poitou-Charentes
avait répondu il y a quelques mois à cette question : « il faut arrêter avec la
Ségosphère, ils ne servent à rien, c'est le rien politique... ».
Ouverture des portes du stade Charléty, une
vague continue d'humanité remplie les gradins et la pelouse. Le flot est
important, enthousiaste, populaire, jeune, familiale. L'ensemble forme un
peuple à l'image de la France « arc en ciel » que nous voulons. On est à milles
lieu de Nicolas Sarkozy, de sa haine et même du combat politique... on est à
milles lieux de tout ça. Et quelque part on s'en fout un peu. Alors qu'une
campagne est faite de tension, on vit un moment de fraternité presque crédule,
un être ensemble un peu bordélique. Les paroles de Kery James résonnent dans
Charléty « y a pas de couleur pour souffrir, pas de couleur pour sourire ».
C'est une date historique, celle de la fête des travailleurs, c'est un lieu
historique, celui du rassemblement étudiant de mai 1968, mais oui on est la
pour sourire ensemble.
« C'est en quelque sorte un 3ème tour de
l'élection présidentielle de 2002 » me déclare un camarade. Mais depuis ce
dimanche 22 avril a commençé un « Dallas politique » autour du
positionnement de François Bayrou. Face à notre cher Nicolas Sarkozy, sorte de
JR du néo conservatisme nous avons Ségolène Royal, la Su Ellen du socialisme
réformiste. Toute la question est de savoir si François Bayrou, ira jusqu'à
s'allier avec la famille de la gauche, si il retournera avec la bonne vielle
famille de la droite, ou si (le plus probable) il attendra son heure pour faire
prospérer son Parti démocrate sur les ruines de telle ou telle défaite. Cette
situation et l'habilité de François Bayrou à en jouer ne doit pas occulter la
nécessité du débat démocratique. Le choix entre deux modèles sociétés, le
développement solidaire contre la cassure libérale.





