Le
PS est à la politique ce que le PSG est au football : on adore le détester.
Alors quand la « vielle maison » socialiste fait de la politique de façon
percutante il faut le souligner. C'est le cas de l'ouvrage « La France en
libertés surveillés » (le télécharger). Du côté
des conservateurs on s'époumone, un « tract » (Jean François Copé) venant d'un
« groupuscule d’extrême gauche » (Frédéric Lefebvre). Coordonné par
Marie-Pierre De La Gontrie, ce livre est bien écrit, factuel et argumenté. Il
donne une lecture globale à une kyrielles d'événements révoltants, déconnectés
(en apparence) les uns des autres. Il démontre méthodiquement comment le
sarkozysme fait reculer les libertés et corsète la société. C'est aussi une
rénovation de la pensée du PS en matière de libertés publiques, rompant avec la
logique « chevènementiste » voir sécuritaire du colloque de Villepinte en 1997.
Ce livre incarne l'opposition de gauche telle qu'elle devrait être en
permanence. En mouvement.
Nous sommes, en ce début d'année 2009,
à un moment charnière de la présidence Sarkozy. La tension sociale est
palpable, c'est rien de le dire. La jeunesse hésite entre radicalité et
résignation, un mouvement social massif peut démarrer à la moindre étincelle.
La gauche réformiste est (enfin) entrée dans une opposition frontale au
sarkozysme. Le PS a une nouvelle direction bosseuse et renouvelée, la nouvelle
Première secrétaire s'oppose de façon intelligente et efficace, les contre-vœux
en sont une illustration parmi d'autres. Le PS va objectivement mieux qu'il y a
six mois. Dans ce contexte, la ligne de Ségolène Royal est tout simplement
anachronique et kamikaze. Elle est rentrée dans une stratégie de friction
interne permanente au PS alors que la situation du pays et du monde exige la
mobilisation unitaire de la gauche. Son équipe s'exprime comme en plein Congrès
alors que la phase démocratique interne est terminé depuis longtemps. Son
courant qui devrait être à l'avant garde de la rénovation, mène une bataille
d'arrière garde façon « vieux PS ». Quel décalage par rapport à la
réalité politique et sociale !
C'était à la Mutualité, quelques heures
avant l'investiture de Martine Aubry comme Première secrétaire du PS. La
pénombre, l'éclairage rouge du fond de scène, la rose au poing qui brille, la
salle aux trois quarts vide : l'ambiance est à la fois surréaliste et
intimiste. Dans le groupe de socialistes aubrystes qui s'est formée, « la
belle lilloise » est une militante parmi d'autres. On pourrait la croire
galvanisée par cette victoire qui vient de si loin, mais elle prend la parole
calmement sans triomphalisme, le temps du travail à déjà commencé. Ce moment
est à l'image de la campagne interne qui a durée pratiquement 8 mois :
collective, fraternelle, organisée... une vraie épopée militante en fait malgré
la rudesse du Congrès. D'ailleurs, un débat interne rude ne signifie pas
automatiquement un échec, au contraire : « Il faut avoir un chaos en soi-même
pour accoucher d'une étoile qui danse » comme le disait Nietzsche (et non
Royal ou Jaurès !).
A l'arrivée à Reims c'est un épais
brouillard et la pluie qui étaient au rendez-vous. Au départ c'est un ciel
blanc avec de la bruine. Une météo à l'image du Congrès du PS, pas encore un
grand souffle de changement à gauche mais des éléments rationnels pour y
croire. Bien sûr les échos médiatiques sont très sévères, car pour les
journalistes il n'y avait pas d'alternative : c'était soit le sacre, soit le
massacre de Reims. Ce fut pourtant ni l'un, ni l'autre. Pour reprendre les mots
de conclusion d'Adeline Hazan « Ce Congrès n’a été ni celui d’Epinay, ni celui
de Rennes, juste le Congrès de Reims ». Je reviens pour ma part de ce 75ème
Congrès socialiste avec un certain optimisme, il faudra que cela se confirme
dans les urnes cette semaine.
« C'est le bordel, je ne comprend rien à ce
qui se passe » voila ce que l'on entend le plus souvent dans les bouches
socialistes depuis le vote du 6 novembre. Ce scrutin a démontré l'utilité des
procédures démocratiques internes du PS, ce parti n'est pas encore la SFIO ou
le Parti radical : il bouge. Encore faut-il le bouger dans la bonne direction.
Les portes paroles de l'UMP, Frédéric Lefebvre et Dominique Paillé (la brute et
le truand du sarkozysme), peuvent déverser des torrents de communiqués de
presse insultants sur le PS, la réalité est que la droite ne comprend rien à
cette démocratie interne de parti. Laissons leurs les attributs du bonapartisme
marketing. Mais revenons au vote, selon moi il a des significations claires et
parfois contradictoires. Surtout il impose d'éviter deux impasses pour la suite
du Congrès de Reims : le présidentialisme hystérique et le retour du
hollandisme immobiliste.
Ce Congrès du PS n'est pas si mal engagé
qu'on le dit. Certains sont peut-être un peu gênés par la faiblesse de leur
texte face à la crise du capitalisme et préféraient reporter le Congrès de
Reims, mais le socialisme doit être une analyse implacable du monde actuel et
une méthode réformiste radicale pour le transformer, alors tant pis pour eux.
Bien sûr comme je l'ai déjà dit il y a la plupart du temps une
surpersonnalisation des débats, d'un côté les « Bertrand il est
sympa », « Ségolène elle est fraternelle », « Martine
elle est bosseuse » et de l'autre les « Bertrand il est
cassant », « Ségolène elle est inconsistante », « Martine
elle est dure ». Même l'aile gauche socialiste, soit disant allergique au
présidentialisme, croit avoir trouvée en Benoit Hamon une sorte de Barack Obama
à la française, une dose de pseudo marxisme en plus. J'ai envie de dire que
toutes ces considérations personnelles on s'en fout, l'important étant
l'approche que l'on va choisir pour remettre la gauche au travail et
transformer la société.
Quand on me demande comment va le PS, je
réponds systématiquement par une moue désabusée : « mal ». Soyons
honnêtes depuis l’élection de Nicolas Sarkozy la gauche est lamentable. De ce
point de vue les victoires municipales et sénatoriales sont un bien pour un
mal : elles confortent une baronite électoraliste et donc une opposition
de confort, à minima. Car en réalité les socialistes sont pris en tenaille dans
une double problématique. Celle commune à la gauche européenne, quel projet
socialiste réformiste face au « capitalisme fou » du 21ème
siècle ? Celle spécifique à la gauche française, comment sortir du
présidentialisme destructeur de la 5ème République ? Celui la même qu’a
imposé « de force » François Mitterrand au PS et qui fut fatal à
Lionel Jospin. C’est à cette tenaille que doit remédier le PS au Congrès de
Reims.
Cette édition 2008 de l'Université
d'été du PS est de l'avis des « commentateurs » un échec, mais de
quand date la dernière rentrée socialiste de La Rochelle perçue comme un succès
? De mémoire c'était celle de 1997 ou le nouveau Premier ministre Lionel Jospin
venait de gagner brillament les législatives en pleine vague rose européenne.
Deux mois après François Hollande devenait Premier secrétaire du PS, simple
coïncidence ou symbole de son échec immobiliste ? Finalement l'élu corrézien
aura été le Jacques Chirac de la gauche. Foncièrement sympathique, cultivant
une bonhomie provinciale qui plaît (encore) aux militants socialistes, il a
tous les trais du baron radical-socialiste façon IIIème République. Incapable
de trancher sur le fond, de donner un sens à son « réformisme de
gauche », il fut de toutes les batailles et avec tous les courants du PS
pour maintenir le statut quo. La tactique de ce fan de football fut de rester
au centre du PS pour être au centre du jeu solférinesque. Ne jamais se faire
déborder ni sur son couloir droit, ni sur son couloir gauche. Ne jamais prendre
de but quitte à ce que la « vielle maison » socialiste ne marque jamais. Sans
être à la même échelle, Hollande a excellé comme Chirac dans la conquête et le
maintien au pouvoir, mais pour faire quoi ?





