Les entreprises humaines sont vouées à
disparaître, les organisations politiques peut-être plus que les autres. Le
Mouvement des jeunes socialistes créé en 1993 est au bord du gouffre. Parler
des jeunes socialistes, c'est déjà s'adresser à un public extrêmement
restreint, une « niche » politique de 5300 militants aujourd’hui
alors que l'organisation affirmait en avoir 10 000 au lendemain du mouvement
anti-CPE. Au congrès de Grenoble les 20, 21 et 22 novembre dernier le MJS avait
l'ambition de porter « la gauche au sommet ». Mieux, depuis lors sa
nouvelle présidente Laurianne Deniaud prétend faire table rase du passé au sein
de l'organisation, jouant à fond la partition du « plus rénovateur que moi
tu meurs ». Les jeunes socialistes peuvent-ils vraiment se rénover ?
C'est fait. Les camarades socialistes
ont fourni à la direction du PS la décoration, l’outillage et la quincaillerie
de la rénovation. Martine Aubry, telle une Valéry Damido du socialisme, à
maintenant un mandat clair pour ravaler la « vielle maison »
socialiste. La participation, enjeu de cette consultation interne, a été
décevante à Paris mais importante en province. Plus de 92 000 militants
qui se déplacent pour un projet positif, c’est un signal fort. Aucune autre
force politique française ne peut se targuer d’une telle puissance
démocratique. En nombre de militants c’est un record pour un référendum interne
depuis 1995, excepté de vote houleux sur le TCE à l’automne 2004. Les
tentatives de déstabilisation de certains barons conservateurs (sur le
non-cumul des mandats), ou autres apparatchiks (sur les primaires à gauche) ont
été balayées avec respectivement 68% et 72% des voix.
Éloquence de l'avocat, œil charmeur et
accent bourgeois. On a tendance à ne voir en Arnaud Montebourg qu'un ambitieux
éléphanteau socialiste de plus. Pourtant il ressemble terriblement au François
Mitterrand dénonçant en 1964 « Le Coup d'État permanent » gaulliste.
Surtout le député de Saône-et-Loire a mené en 10 ans trois combats qui ont
revigorés la gauche : la Convention pour la 6e République (C6R), la mission
parlementaire contre le blanchiment d'argent en Europe, le rapport pour des
primaires « ouvertes et populaires » à gauche. Malgré ses
« bifurcations » politiques, Arnaud Montebourg est utile à la gauche
et indispensable au PS. Le « jeune lion » socialiste doit donc respecter le
mandat unique parlementaire en démissionnant de la présidence du conseil
général de Saône-et-Loire.
« Une triste soirée pour la
social-démocratie » selon Martin Schultz, président du groupe socialiste
au Parlement européen. Un euphémisme, même à froid. La gauche social-démocrate
européenne est en lambeaux (21,5% des voix), tandis que la gauche ex-communiste
rétrécie (4,3%) comme peau de chagrin et que les écologistes pèsent encore peu
(7,2%). Un raz de marée bleu aux reflets gris a déferlé partout en Europe à
l’exception de la Grèce, Malte, le Danemark et la Suède qui flottent tels des
radeaux de survie rose. Le PPE libéral-conservateur, culmine à 35,9% des voix,
tiré vers la droite par le sarko-berlusconisme et une extrême droite europhobe
qui fait une percée aux alentours de 12,5%. On ne saurait élucider la défaite
encore plus cruelle du PS en France par de simples explications nationales. Les
mines déconfites des camardes socialistes, les séances d’auto-flagellation des
cadres du PS sont le reflet d’une gauche européenne profondément en crise.
Les élections européennes c’est un peu
comme l’histoire de la poule et de l’œuf. On ne sait qui des citoyens ou des
médias se sont désintéressés en premier de ce scrutin. Mais la réalité
démocratique est la. Depuis la première élection directe du Parlement européen
l’abstention n’a eu de cesse d’augmenter : de 39,3% en 1979 à 57,2% en
2004. Ce phénomène n’est pas spécifique à la France puisque lors de ces
dernières élections l’abstention était de 55,5% en moyenne dans l’Union
européenne. Pourtant l’enjeu est crucial à l’aune d’une crise capitaliste d’une
rare violence, particulièrement pour les salariés et la jeunesse européenne. Il
y a urgence à renouer avec le fil d’une Europe sociale et démocratique, à
combattre le fanatisme libéral, qui sous les bons mots est toujours aussi
virulent en Europe. Voici 4 raisons de voter pour les listes du Parti
socialiste européen le 7 juin.
Ah, le nombre de soirées passées à fulminer
contre les positions droitières de Manuel Valls ! À s'égosiller contre le
tressage de lauriers pro-Sarkozy du député-maire d'Evry. À être vert de rage
après le torpillage en règle du Printemps des libertés du PS et mort de honte
du fait de sa présence dans le cortège d'un 1er mai tout sauf honteux pour les
socialistes. Alors quand Valls a raison autant le dire. Oui la gauche doit
devenir « post-Lang » en matière de culture. Le droit d'inventaire du
mitterandisme ne souffre d'aucune exception. Assez de cette bien pensance issue
des années 1980 qui conduit à soutenir l'inique loi HADOPI en 2009. Comme l'a
dit l'association RéSo « (...) ce texte porte frontalement atteinte aux
libertés individuelles et n’apporte aucune solution aux problèmes posés au
monde culturel par les évolutions technologiques ». Le vrai combat de gauche
c'est celui pour une culture des créations qui s'émancipe du carcan du marché.
Le vrai combat de gauche c'est celui pour des cultures accesibles à tous,
notamment aux classes populaires.
Dans son éditorial du 4 mai 2009 dans Libération,
Laurent Joffrin est limpide: le Parti socialiste doit s’allier avec le MoDem
dans une « grande coalition de l’après sarkozysme ». Cette stratégie en dehors
d’une « combinaison d’appareils », qui intégrerait aussi les gaullistes sociaux
et les écologistes serait la seule à même d’empêcher un second mandat de
Nicolas Sarkozy. Mieux, par l’adoption d’une stratégie verticale peuple contre
élites, en lieu et place d’une opposition horizontale gauche contre droite, on
abattrait le néo-libéralisme chancelant. Le côté « pavé dans le mare » de cet
édito ne doit pas effacer sa principale portée. Le retour anachronique de la
stratégie du radis façon radical-socialisme. Le rouge dehors (l’après Sarkozy,
l’après libéralisme), blanc dedans (le pot-pourri politique, le centrisme).
La
dernière grande campagne du Mouvement des jeunes socialistes ? Un bide passé
sous silence. « C’est pas notre guerre !!! », contre l’envoi supplémentaire de
troupes françaises en Afghanistan a tout juste récolté quelques centaines de
signatures. Aujourd’hui le site de la campagne a fermé, sans laisser de traces,
même chez l'agence Zenhysteria qui l'a conçu. Une erreur politique isolée ?
Non. Le journal officiel du MJS, « Le temps des conquêtes », ne fonctionne
plus. Tout juste sert-il à envoyer les textes officiels des congrès. Le
président du mouvement depuis 2007, Antoine Detourné, est transparent. Les
trois quarts des socialistes sont incapables de citer son nom. Le MJS fondé en
1993 se meurt-il ?





