Couleurs chatoyantes dans les tons
mauve-bordeaux-pistache, spots savamment disposés, mobilier ovalisant et
affiches criardes qui vantent Amsterdam, Paris ou la Bretagne. Pas à pas,
parfois sournoisement, souvent avec notre consentement, la Société nationale
des chemins de fer français (SNCF) se mue en vulgaire agence de voyages.
L'usager se transforme en consommateur. Le cheminot (re)devient l'ouvrier
spécialisé d'avant l'unification de 1938. C'est cette corrosion que compte le
documentaire Cheminots de Luc Joulé et Sébastien Jousse. Avec brio.
Point d’aiguillage idéologique sur la voie qu'empruntent les deux réalisateurs.
Ils partent du quotidien de la myriade de métiers qui font la SNCF pour
replacer les cheminots dans le cours de l'histoire. En cinq mots : du Karl Marx
sur rails.
Le néolibéralisme serait l'incarnation du
pragmatisme et du réalisme, il aurait un sens inébranlable de l'intérêt général
guidé par la main invisible du marché. Pourtant si l'on étudie les
libéralisations récentes qui ont eu lieu dans différents secteurs économiques,
force est de constater qu'il n'en est rien. Ce sont bien des intérêts privées
et la perspective de retour sur investissement permit par de nouveaux marchés
qui ont étés déterminantes. Le service rendu à l'usager, l'inscription dans une
démarche collective de vivre ensemble et même la viabilité économique ont été
bafoués par ces choix. Trois exemples le démontrent largement : la
privatisation-segmentation des transports collectifs à Londres dans les années
1990, la libéralisation du service de renseignement téléphonique en France en
2006, la libéralisation du marché de l'électricité en France en 2007.
Quand on pense à la privatisation, la
libéralisation ou la diminution des services postaux au niveau européen, on se
place souvent du côté de l'usager. Pourtant un tel mouvement a aussi des
conséquences extrêmement préoccupantes du côté de petits structures essentiels
à la diversité culturelle, à l'accès à la culture pour tous, à la contestation
par les idées aussi : les libraires et les éditeurs indépendants voir même les
bibliothèques publics. Fermeture de bureaux dans des zones moins fréquentés,
libéralisation d'une partie des services notamment le colis, abandon d'une
tarification réfléchie pour une grille simpliste et moins « coûteuse ».
Ces transformations récentes de La Poste en France sont très préoccupantes pour
ces petites structures qui utilisent beaucoup ces services. 





