Être de gauche c'est (aussi) avoir de l'estime pour ceux qui, bien que de l'autre bord, sont dévoués à la République et sensibles à la question sociale. Philippe Séguin était de ceux là. Un président de la Cour des comptes pertinent et percutant, maniant l'ironie avec délectation, qui fit de son institution un véritable contre-pouvoir républicain. Il resta tout de même bien plus proche de Nicolas Sarkozy qu'on ne le dit. Ce natif de Tunis a aussi incarné les errements du conservatisme français par rapport à la question européenne, un flirt avec l'extrême droite dissimulé sous le terme de « souverainisme ». Il fut aussi mêlé - presque malgré lui - à la décrépitude peu ragoûtante du RPR et au cynisme libéral de Jacques Chirac (à l'image du plan de rationalisation de l'Assurance maladie de 1986 lorsque qu'il fut son Ministre des Affaires sociales). Reste qu'il incarnait, au delà de ses coups de sang et de son art oratoire, une certaine droite : soucieuse de l'intérêt général et non de celui d'une caste ou des milieux financiers. L'actuel locataire de l'Élysée en a pris l'exact contre-pied, détruisant méticuleusement ce sens de l'État. La mort des idées de Philippe Séguin a en quelque sorte précédée sa propre disparition.