Les médias américains n'ont eu qu'un seul
mot à la bouche pendant le Super Tuesday : « to close to call », c'est à dire
trop serré pour donner un vainqueur. Finalement ce mardi dont on parle depuis
des mois voir des années comme la plus grosse (et la plus déterminante) journée
de primaires de l'histoire des Etats-Unis n'aura servit à rien sauf à conforter
l'égalité entre les deux protagonistes démocrates. Quoi qu'il en soi qui aurait
imaginer que Obama en arrive la ? Comme dit un militant démocrate « il y a
quatre ans c'est le candidat dont on n'osait même pas rêver ». Trop métissé,
pas assez noir. Trop à gauche, pas assez pragmatique. Trop idéaliste, pas assez
expérimenté. Les obstacles et les critiques ont fusés, reste qu'il fait
aujourd'hui jeu égal avec une Hillary Clinton qui a plusieurs éléments qui
jouent en sa défaveur pour la fin des primaires.
Ça y est, j'ai envoyé mon dossier et mon
bulletin de vote au « board of elections » de Belmont dans la
banlieue de Boston (Massachusetts). Dans quelques jours je voterais pour la
primaire des démocrates de l'étranger (« global primary »). La question est de
savoir lequel de mes deux votes sera comptabilisé pour le Super Tuesday. J'ai
évidemment voté Barack Obama et j'avoue que c'est un vrai plaisir de participer
à des élections ou les enjeux politiques sont passionnants. La campagne est
toujours haletante, le retrait d'Edwards n'est pas une surprise mais la
question est de savoir si son soutien à Obama sera implicite (une majorité des
électeurs d'Edwards se reporteront sur lui) ou explicite. Mais pour moi
l'évènement du moment c'est le soutien de Ted Kennedy à Obama. Le sénateur du
Massachusetts est une icône authentiquement de gauche des démocrates. Il
partage avec le jeune sénateur cette démarquation avec « Billary
Clinton ». D'un côté un pragmatisme centriste et un style agressif, de
l'autre une alliance entre un positionnement plus à gauche et une faculté de
compromis au nom de l'efficacité progressiste. C'est tout l'enjeu de cette
primaire.
Il
faut l'avouer la vie politique américaine est un marathon et la machine
électorale clintonienne est taillée pour cela. Enterrée depuis la victoire de
Barack Obama dans l'Iowa, Hillary Clinton revient telle une « comeback
kid » avec sa victoire sur le fil dans le New Hampshire. Le camp Clinton a
tantôt joué l'émotion - les larmes de la sénatrice de New York - tantôt
l'attaque frontale - Bill Clinton dénonçant l'opposition à la guerre en Irak
d'Obama comme « un conte de fée » -. L'électorat du New Hampshire, le plus
conservateur de la Nouvelle-Angleterre (bastion démocrate) a réussi à l'ex
First lady qui a su mobiliser sur son « expérience » l'électorat
féminin et modeste. Reste que sur plus de 213 000 votants côté démocrate, Obama
n'a que 7500 voix de retard, un score inespéré il y a encore une semaine. Sur
le papier le sénateur de l'Illinois a 25 délégués contre 24 pour Hillary
Clinton et 18 pour John Edwards. La suite des primaires va être rude mais
quelques grandes tendances se dégagent déjà.
Vu de France l'affaire semble entendue.
Hillary Clinton sera « drafté » comme la candidate démocrate pour les
prochaines présidentielles américaines de 2008, et a de fait, de grandes
chances de devenir la prochaine présidente des États-Unis. Vu d'Amérique
l'issue de l'investiture du Parti démocrate, principalement entre Clinton et
Obama est en réalité totalement incertaine. Les primaires démocrates sont
intenses et tendus. C'est sans doute la phase politique la plus intéressante
pour le camp progressiste américain depuis 20 ans. Si l'on énumère précisément
les différents aspects de cette campagne, la situation chez les démocrates se
révèle complexe, et un avantage global peut même se dessiner en faveur de
Barack Obama pour les mois à venir.
« Aujourd'hui nous avons fait
l'histoire, maintenant construisons le progrès ». La chef de file des
démocrates à la Chambre Nancy Pelosi peut le dire. Après 12 ans de domination
républicaine au Congrès, deux débâcles aux présidentielles en 2000 et 2004, un
projet politique proche du néant, les démocrates américains savourent leur
première victoire électorale depuis 1994. Leur premier succès politique depuis
le début de l'aire néoconservatrice de Bush junior. Mais ce succès cache mal
les deux grandes stratégies qui tiraillent le Parti Démocrate : se scléroser en
penchant plus à droite, se renouveler en réaffirmant ses valeurs de gauche.
Il est à peu près 23 heures dans cette longue nuit du 2 au 3 novembre 2004. Une
première tendance donne les démocrates majoritaires, fort taux de
participation, John Forbes Kerry est projeté vainqueur grâce aux « balance
States ». L’émotion me submerge, est ce la fin d’une période noire pour
l’Amérique ? Les néoconservateurs s’agitent sur les plateaux, ils reconnaissent
leur défaite électorale, la tendance se confirme. Il est maintenant
pratiquement 3 heures du matin, nouvelles estimations et retournement de
situation. Les républicains sont largement en avance, la carte électorale
tourne au rouge, les bastions démocrates sont les seuls à rester bleues. La
déception est vive. Quelques tergiversations sur les votes de l’Iowa et
l’expression démocratique est sans appel. A 6 heures du matin George Walker
Bush est réélu président des Etats-Unis d’Amérique avec 286 grands électeurs et
3,4 millions de voix d’avance sur son adversaire. La déception puit les doutes
m’emparent. Pour quelles raisons l’émergence d’une force « liberal » (de
gauche) gouvernante est-elle si difficile aux Etats Unis d’Amérique ?





