Les critiques sont aussi violentes à
l'égard de Barack Obama que les louanges furent excessives. L'Obama-bashing a
en quelque sorte suppléé l'Obamamania dans les élites médiatiques de l'autre
coté de l'Atlantique - comme de ce côté ci d'ailleurs. Les bénéficiaires de ce
caricatural retournage de veste sont tout trouvés : les plus extrémistes des
conservateurs américains qui a défaut d'être les plus nombreux s'avèrent les
plus virulents, le mouvement Tea Party contre la couverture maladie universelle
en a fait l'éclatante démonstration. Les nantis capitalistes de Wall
Street se réjouissent aussi de cette période de turbulences pour
l'administration démocrate, ils gagnent un temps précieux et peuvent ainsi
intensifier leur lobbying au Sénat, à la Chambre des représentants et à la
Maison Blanche. Indéniablement ce premier discours sur l'état de l'Union devant
les deux chambres réunies au Capitol arrivait à point nommé pour un orateur
aussi brillant et politique que Barack Obama. A l'écoute de cette adresse au
peuple américain, force est de constater que la volonté de changer les
États-Unis est toujours la.
Le lion du Sénat
est mort. Ted Edward Kennedy, frère de John et de Robert, est mort à l'âge de
77 ans d'une tumeur du cerveau près d'un demi siècle après sa première élection
au Sénat des États-Unis d'Amérique. Quand « Teddy » est élu en 1962 comme
sénateur du Massachusetts, John Fitzgerald Kennedy est à la Maison Blanche
depuis un an et lance la conquête spatiale par son discours « Nous avons choisi
d'aller sur la lune ». L'Amérique est encore largement ségrégationniste et
raciste, même si le mouvement des droits civiques emmené par Martin Luther King
obtient ses première victoires. JFK renforce l'engagement militaire étasunien
dans la guerre du Viêt Nam, semant les graines du pacifisme étudiant et la
nouvelle gauche des années 1970. Quand Ted Kennedy décède en 2009, les USA ont
un président métisse progressiste, veulent retourner sur la Lune pour un jour
marcher sur Mars et se désengagent du « nouveau Viêt Nam » irakien. Entre ces
deux dates, 46 ans de lutte pour la justice sociale et contre la pauvreté.
« La campagne pour réformer le système de
santé en 2009 est le plus grand test pour notre mouvement depuis les dernières
élections ». Barack Obama mobilise avec vigueur ses troupes pour ce qui
s'annonce (déjà) comme le moment crucial de son mandat. Les 46 millions
d'américains qui sont dépourvus de couverture médicale attendent cette réforme
depuis 15 ans. En effet, Hillary Clinton mandatée par Bill Clinton pour
réformer le système de santé en 1993, avait dû céder face au harcèlement
incessant des lobbys pharmaceutiques et assurantiels dès 1994. La gauche
étasunienne va donc sans doute mener sa plus grande bataille politique depuis
la fin du mouvement des droits civiques en 1968. Les républicains, les lobbys
aiguisent leurs armes criant déjà « Non au socialisme ».
Raul Solis et Juana Sequeira-Solis forment
un souriant couple de retraités. Lui est originaire du Mexique, elle du
Nicaragua. Tous deux ont émigrés aux États-Unis, ou ils se sont rencontrés puis
mariés en 1953. Ils ont longuement travaillés comme ouvriers, lui dans une
usine de recyclage, elle sur les chaînes de montage de Mattel. Très engagés
dans les syndicats Teamsters et United Rubber Workers, ils n'ont jamais cessé
de croire en une Amérique plus juste et généreuse. Alors quand Barack Obama et
son administration rentrent à la Maison Blanche ce 20 janvier 2009, ils sont
très émus. Doublement émus même, car leur fille Hilda Solis devient à 51 ans la
secrétaire au Travail des États-Unis d’Amérique.
Surprise en ouvrant ma boite aux lettres
l’autre jour, je reçois une enveloppe officielle de vote à distance de mon
bureau électoral de Belmont (banlieue de Boston) dans le Massachusetts. Je
croyais que c'était (déjà) le vote par correspondance pour la présidentielle
US, en fait non. C'était en réalité pour les primaires du 16 septembre de
désignation des candidats démocrates à plusieurs élections. En effet le 4
novembre beaucoup d'institutions sont renouvelés outre la Maison Blanche : la
totalité de la Chambre des Représentants, un tiers du Sénat, un cinquième des
Gouverneurs et beaucoup d'autres mandats locaux. Or le Massachusetts est un
bastion indéboulonnable du Parti démocrate (les 13 élus au Congrès sont tous
membres du Parti de l'âne), c'est l'État qui à la gouvernance la plus
progressiste des États-Unis. La peine de mort comme la libre circulation des
armes y est proscrite et un système d'assurance maladie socialisé a été mise en
place en 2006. Tout cela pour dire que les primaires démocrates de l'État sont
en réalité l'élection la plus importante (débats télévisés, meetings...)
puisque le vainqueur est pratiquement sûr d'être élu au 111ème Congrès.
Howard Dean doit s'arracher les cheveux
depuis quelques mois. En tant que président du Democratic National Comitee
(DNC), c'est à dire l'instance de direction des démocrates, il est charger de
veiller à l'unité de son camp. Pas facile dans des primaires lapidaires, qui
passent allègrement d'une polémique à l'autre, qui mettent en cause de façon
plus ou moins scabreuse les deux protagonistes. Dans ce magma politique peu
ragoûtant il émerge quelques pépites comme le discours d'Obama sur « les races
en Amérique » ou les propositions solides des deux candidats en matière de
régulation économique. Reste que les démocrates tardent à désigner un candidat
face au vieux roublard républicain qu'est McCain. Cerise sur le gâteau, il
est possible avec les super-délégués qu'un candidat soit désigné sans la
majorité des suffrages. Le Parti démocrate contre la démocratie ? Dans cette
situation la direction démocrate ne doit-elle pas trancher en obligeant les
barons à choisir celui qui aura le plus de votes populaires ?
Les médias américains n'ont eu qu'un seul
mot à la bouche pendant le Super Tuesday : « to close to call », c'est à dire
trop serré pour donner un vainqueur. Finalement ce mardi dont on parle depuis
des mois voir des années comme la plus grosse (et la plus déterminante) journée
de primaires de l'histoire des Etats-Unis n'aura servit à rien sauf à conforter
l'égalité entre les deux protagonistes démocrates. Quoi qu'il en soi qui aurait
imaginer que Obama en arrive la ? Comme dit un militant démocrate « il y a
quatre ans c'est le candidat dont on n'osait même pas rêver ». Trop métissé,
pas assez noir. Trop à gauche, pas assez pragmatique. Trop idéaliste, pas assez
expérimenté. Les obstacles et les critiques ont fusés, reste qu'il fait
aujourd'hui jeu égal avec une Hillary Clinton qui a plusieurs éléments qui
jouent en sa défaveur pour la fin des primaires.
Ça y est, j'ai envoyé mon dossier et mon
bulletin de vote au « board of elections » de Belmont dans la
banlieue de Boston (Massachusetts). Dans quelques jours je voterais pour la
primaire des démocrates de l'étranger (« global primary »). La question est de
savoir lequel de mes deux votes sera comptabilisé pour le Super Tuesday. J'ai
évidemment voté Barack Obama et j'avoue que c'est un vrai plaisir de participer
à des élections ou les enjeux politiques sont passionnants. La campagne est
toujours haletante, le retrait d'Edwards n'est pas une surprise mais la
question est de savoir si son soutien à Obama sera implicite (une majorité des
électeurs d'Edwards se reporteront sur lui) ou explicite. Mais pour moi
l'évènement du moment c'est le soutien de Ted Kennedy à Obama. Le sénateur du
Massachusetts est une icône authentiquement de gauche des démocrates. Il
partage avec le jeune sénateur cette démarquation avec « Billary
Clinton ». D'un côté un pragmatisme centriste et un style agressif, de
l'autre une alliance entre un positionnement plus à gauche et une faculté de
compromis au nom de l'efficacité progressiste. C'est tout l'enjeu de cette
primaire.





