C'est une grande bâtisse typiquement
art-nouveau, tendance anglo-saxonne des années 1930, avec une touche
exotiquement coloniale. Sa façade se veut une représentation des territoires
occupés d’antan, ces terres des Antilles, d'Océanie, d'Afrique et d'Asie. La
Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI) se dresse là, coincée
entre les boulevards maréchaux et le périphérique parisien, le vert du bois de
Vincennes et le rouge des immeubles en briques avoisinants. A l’intérieur de la
Cité, au milieu des fresques et des expositions, c'est la colère sociale qui a
pris ses quartiers. Depuis début octobre, 500 travailleurs sans-papiers
occupent symboliquement le hall d'entrée de la CNHI. Leur revendication ? La
régularisation de 6804 travailleurs franciliens qui sont en grève depuis plus
d'un an, soutenus par le syndicat CGT. Une grève oubliée.
Croix imposante, prêtres en tenus, hauts
parleurs et chants pieux... c'est le défilé chrétien pour le moins démonstratif
qui a lieu tous les dimanches dans le parc de Bercy à Paris. Le tout est
organisé par la paroisse adjacente de Lachambaudie, réputé comme étant l'une
des plus conservatrices de la capitale. Ce prosélytisme régulier et agressif
dans un lieu public (surement pas un cas isolé en France) constitue une
atteinte banale mais avérée au principe de laïcité car contraire à l'article 28
de la loi de 1905 : « Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun
signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement
public que ce soit (...) ». L'absence de réactions à ce genre de cérémonies
démontre l'emprise encore forte de la culture catholique sur la sphère publique
française. Imaginez les exclamations si une Synagogue ou une Mosquée organisait
pareil évènement dans un espace public à Paris ! La laïcité est précieuse,
moderne et essentielle pour la conscience individuelle et la vie collective, il
faut donc continuer à la faire respecter, même dans la banalité du
quotidien...
Sans doute la majorité de ceux qui ne vivent
pas dans le 12ème arrondissement de Paris ne connaissent toujours pas Michèle
Blumenthal. Pour la plupart des médias c'était « la candidate socialiste » ou «
la maire sortante socialiste » qui se présentait face au transfuge du siècle
Jean-Marie Cavada. A l'heure des petites phrases saignantes, des parachutages
clinquants, de la communication outrancière, Michèle Blumenthal est une
exception. A l'image de cette soirée de présentation de la liste municipale «
Un temps d'avance pour le 12ème ». Quelques journalistes lui pose des questions
et y répondre semblait être pour elle au mieux lassant, au pire un fardeau.
Tout au long de la campagne, alors qu'on l'interrogait souvent sur telle ou
telle polémique elle répondait innocemment « est ce que je peux vous parler de
mon projet pour le 12ème ? ».
Ce
samedi matin il fait un froid polaire sur le marché à Cours de Vincennes dans
le 12ème arrondissement de Paris. Jean-Marie Cavada arrive, visage fermé, ton
sec, même pas bonjour. L'ambiance est glaciale, plusieurs militants socialistes
et communistes le taquine. Une personne de l'UMP tend un tract, « je ne
vote pas pour les traîtres ! » lui répond un passant. Monsieur Cavada
s'énerve contre les militants de gauche, il dénonce confusément : les
logements, la Mairie, les socialistes ... pour rebrousser chemin,
visiblement vexé. Les militants UMP sont décontenancés, l'une demande inquiète
au téléphone « elle va venir la ministre ? » (Christine Lagarde). Il
est comme ça Jean-Marie Cavada à la fois hautain et glacial.
Les temps sont durs pour la gauche.
Malgré une bonne tenue lors des législatives, la défaite est la. Le sarkozysme
étouffant sévit sur les ondes. Le débauchage écoeurant gronde. L'incertitude et
la division anime le camp du progrès quand à son avenir. Pourtant il y a des
pays ou l'espoir et la victoire ne sont pas que des rêves pour la gauche. Le
12ème arrondissement de Paris en fait partie. La socialiste Sandrine Mazetier y
a largement battu le très sarkozyste Arno Klarsfeld dans une circonscription
qui vote depuis cinquante ans à droite... Cette victoire tout comme les scores
en constant progrès de la gauche à Paris témoignent de la construction d'un
nouveau progressisme face à un conservatisme qui allie vielles pratiques et
nouvelles arrogances.





