Lingolsheim, charmante bourgade
alsacienne limitrophe de Strasbourg. Le temps est maussade en ce mardi 8
décembre 2009, mais Nicolas Sarkozy est d'humeur goguenarde. Devant un parterre
de 500 militants UMP, entourés de caciques gouvernementaux, le président de la
République tacle la gauche à la carotide (à huis clos) « Vous savez, au
fond, ce qui manque au Parti socialiste, c'est un directeur des ressources
humaines. Ils ont des talents, ils ne savent pas s'en servir. Franchement.
Donc, j'ai choisi d'être leur directeur des ressources humaines ». La
graveleuse boutade n'est pas nouvelle. Le locataire de l'Elysée s'y était
essayé lors de l'université d'été du MEDEF qui suivait son élection, alors que
l'ouverture à gauche battait son plein. La Conquête, pour reprendre le
titre du film de Xavier Durringer, c'était il y a quatre ans. Une éternité.
Désormais le PS est le nègre de Nicolas Sarkozy. L'UMP vient d'éditer un
éblouissant tract sur le sarkozysme en (ré)action intitulé "La République qui
protège, la République qui agit", ouvrage dithyrambique de 76 pages à l'appui.
La campagne socialiste (perdante) pour les législatives de juin 2007
s’intitulait "La gauche qui protège, la gauche qui agit".

« Les Italiens sont des Français de
bonne humeur » disait Jean Cocteau. Le 26 avril dernier, à Rome, lors du
vingt-neuvième sommet franco-italien, cette bonne humeur se lit sur les visages
du président de la République Nicolas Sarkozy comme du président du Conseil
Silvio Berlusconi. Le traité de Schengen ? A réviser disent d’une seule voix
les deux chefs d’États. L’OPA du groupe français Lactalis sur l’italien
Parmalat ? Les deux pays souhaitent « créer de grands groupes internationaux
franco-italiens, italo-français » répond Silvio Berlusconi. La candidature de
l’Italien Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) ? «
Nous ne le soutenons pas parce qu’il est Italien, nous le soutenons parce que
c’est un homme de qualité » affirme Nicolas Sarkozy. Un numéro digne des plus
grandes heures de la commedia dell’arte. Derrière les masques politiques, de
nombreux achoppements entre les deux cousins transalpins. Petit abécédaire.
110. C'est le nombre d'essais
politiques qui furent consacrés à Nicolas Sarkozy au cours des quatre mois qui
ont suivi son arrivée à l’Élysée. 2435. C'est la somme des ouvrages référencés
à ce jour pour les termes "Nicolas Sarkozy" par un fameux (et fumeux) site de
commerce en ligne. A la surface de cet amas littéraire gargantuesque flotte un
petit livre blanc. Point de Stéphane Hessel à la plume, mais un mystérieux
envoyé spécial au Sarkozistan. Premier livre édité par Arrêt sur
images, en partenariat avec Le Publieur, Crise au Sarkozistan
tient autant des Monty Python que du Canard enchainé. 96 pages d'un
soyeux mélange fait de journalisme d'investigation et d'un humour au second
degré foncièrement anglo-saxon. La lucidité corrosive de notre reporter -
enrichie par les illustrations drôlissimes du dessinateur Mor - nous donne
beaucoup à apprendre sur le Sarkozistan. Un voyage stupéfiant.
L'homme de gauche ne déteste pas
Dominique de Villepin. Il éprouve une vielle empathie pour l'ancien ministre
des Affaires étrangères. Elle est née le 14 février 2003 dans l'enceinte
guindée du Conseil de sécurité de l'ONU. Ce jour la, l'éloquence chevaleresque
de Galouzeau de Villepin fit mouche face aux velléités pétrolo-guerrières de
Bush fils en Irak : « Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les
gardiens d'un idéal, nous sommes les gardiens d'une conscience. La lourde
responsabilité et l'immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à
donner la priorité au désarmement dans la paix ». Derrière la vulgate
gaulliste anachronique, le plaidoyer pacifiste et multilatéraliste ne pouvait
que plaire à l'homme de gauche. Une empathie encore amplifiée par la haine d'un
Nicolas Sarkozy voulant pendre Villepin « à un crochet de boucher ».
C'est oublié la vie et l'œuvre de Dominique de Villepin, qui n'ont rien de
progressiste ou de morale.
Le rapport de la commission pour la
libération de la croissance française présidée par Jacques Attali va fêter ses
2 ans en janvier 2010. Dans l'indifférence la plus totale. 6 mois de travaux,
43 membres, plus de 450 personnes auditionnées, 245 pages de rapport. Pour un
résultat nul. Aucune des 316 « décisions fondamentales » n'a été
explicitement reprise, a quoi bon puisque il s'agit d'un « ensemble
cohérent » dans lequel on ne peut « picorer ». Le processus était biaisé
dès le départ. Une commission sans aucune légitimité démocratique et
républicaine excepté le bon vouloir de Nicolas Ier (Attali lui-même n'a jamais
affronté le suffrage universel). Un cénacle rassemblent la crème de la crème
des élites biberonnéss au libre-marché (« ceux qui savent »). Des
conclusions passéistes : sous les traits d'un futurisme de pacotille, une note
ultra-libérale salée. Mais combien a couté ce « mode d’emploi pour des
réformes urgentes et fondatrices » ? Difficile à estimer, le Sénat ayant
mis à disposition ses locaux pour les travaux de la commission. Par contre tout
le bénéfice est pour Jacques Attali. 100 000 euros d'à valoir pour l'édition
papier du rapport et un peu plus pour son égo. Son business quasi-raëlien de
prédiction économique et technologique peut continuer.
Le
PS est à la politique ce que le PSG est au football : on adore le détester.
Alors quand la « vielle maison » socialiste fait de la politique de façon
percutante il faut le souligner. C'est le cas de l'ouvrage « La France en
libertés surveillés » (
Parfois, il est utile de relire la
Déclaration des droits de l'Homme du Citoyen de 1789. Son article 11 garantit
la liberté et la pluralité d'opinion : « La libre communication des pensées et
des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme ». Ce principe est
aujourd'hui remis en cause dans le domaine de l'audiovisuel. Des pratiques
politiques qui nous paraissaient scandaleuse, il y a quelques temps encore, en
Italie voir en Russie, se dévellopent maintenant en France : mis à mal de
l'accés à l'information, limitation de l'indépendance des médias,
hyper-concentration des pouvoirs médiatiques, soutien aux grands groupes « amis
» et au tout marchand, reprise en main politique et lynchage du service public
audiovisuel. Ce dernier point est déterminent, les citoyens peuvent et doivent
se mobiliser pour « leur » service public audiovisuel. C'est pour mener ce
combat que se créer Libre écran, le collectif citoyen pour la défense de
l'audiovisuel public. Les fondements démocratiques et culturels de notre
société sont en jeu, alors agissons (
« On ne tire pas sur une ambulance »
avait dit François Giroud. On ne devrait donc pas tirer sur un Navire hôpital
qui coule, c'est à dire la présidence de Nicolas Sarkozy après un an
d'exercice. L'avocat zélé et populiste d'une rupture néo-conservatrice en
France s'est transformé en vendeur de télé achat du tout et n'importe quoi
réformiste sur la forme et de la liquidation inégalitaire sur le fond. Le
hasard veut que dans l'histoire des démocrates, républicains et autres
progressistes le 6 mai soit une date sombre. Le 6 mai 1682 Louis XIV s'installe
à Versailles, le monarchisme de l'Ancien régime est à son zénith, opulent pour
les nobles et oppressant pour le Tiers état. C'est un 6 mai 1941 que Joseph
Staline prend la tête de l'URSS, les espoirs de la révolution bolchévique sont
définitivement balayés et la dégénérescence dictatoriale du régime soviétique
totale. Dans ces deux régimes dictatoriaux les forces démocratiques mirent
respectivement 107 ans et 50 ans à gagner la bataille. Bien sûr Sarkozy n'est
pas un dictateur ou un fasciste reste que dans l'apogée ou le crépuscule du
sarkozysme l'opposition de gauche commet toujours la même facilité. Elle se
place toujours par rapport à ce dernier et ne parle pas d'elle même aux
citoyens, de son projet alternatif... et court le risque de ne jamais devenir
majoritaire, elle.





