De la gauche à la droite de
l'échiquier politique, le terme de régulation est devenu un incontournable. Un
quasi totem. Sur ce point, il y a clairement un avant et un après crise -
une dépression économico-financière qui a débutée il y a maintenant
pratiquement 2 ans. Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, résume clairement
le constat en vigueur : « Laisser le marché tout régler ne fonctionne
pas ». Si dans le discours tout le monde s'accorde sur cette idée, même
ceux qui furent des plus néo-libéraux, dans les actes la chose est moins aisée.
Illustration de cette chimère régulatrice : la libéralisation des jeux d'argent
en ligne.
Le « front office », le « carry trade », le
« tick » et autres joyeusetés boursières sont pour vous un gloubi-boulga
abracadabrantesque ? D’anciens caïds des salles de marchés, affreusement
poussés au chômage et à la grande pauvreté par la grande crise débutée en
septembre 2008, se feront un plaisir de vous éclairer sur ces voluptueuses
notions financières - et sur leur responsabilité dans cette hérésie économique
? - lors de votre prochain séjour dans la ville de New York. En vous acquittant
charitablement de la somme de 45 dollars par personne (soit environ 30 euros)
et à condition d'être au moins au nombre de deux, vous aurez le plaisir
légèrement masochiste de participer au « Tour de la Crise
Financière ».
Le rapport de la commission pour la
libération de la croissance française présidée par Jacques Attali va fêter ses
2 ans en janvier 2010. Dans l'indifférence la plus totale. 6 mois de travaux,
43 membres, plus de 450 personnes auditionnées, 245 pages de rapport. Pour un
résultat nul. Aucune des 316 « décisions fondamentales » n'a été
explicitement reprise, a quoi bon puisque il s'agit d'un « ensemble
cohérent » dans lequel on ne peut « picorer ». Le processus était biaisé
dès le départ. Une commission sans aucune légitimité démocratique et
républicaine excepté le bon vouloir de Nicolas Ier (Attali lui-même n'a jamais
affronté le suffrage universel). Un cénacle rassemblent la crème de la crème
des élites biberonnéss au libre-marché (« ceux qui savent »). Des
conclusions passéistes : sous les traits d'un futurisme de pacotille, une note
ultra-libérale salée. Mais combien a couté ce « mode d’emploi pour des
réformes urgentes et fondatrices » ? Difficile à estimer, le Sénat ayant
mis à disposition ses locaux pour les travaux de la commission. Par contre tout
le bénéfice est pour Jacques Attali. 100 000 euros d'à valoir pour l'édition
papier du rapport et un peu plus pour son égo. Son business quasi-raëlien de
prédiction économique et technologique peut continuer.
Combattre le néo-libéralisme par l'absurde, tel
est le leitmotiv des Yes Men. Il y a chez Andy Bichlbaum et Mike Bonannodu de
la candeur militante à la manière d'un Michael Moore, du burlesque visuel façon
Jacques Tati, de l'inventivité loufoque dans le veine du professeur Tournesol.
Le principe de ces deux trublions est simple : monter de faux sites internet de
multinationales (Dow Chemicals, Halliburton, Exxon Mobil) pour se faire inviter
dans les médias ou à de prestigieuses conférences. Vient ensuite le canular,
sur le mode du discours trop beau pour être vrai ou de présentations ubuesques
très « visuelles ». Les assistances biberonnées à la recherche du profit n'y
voient que du feu. Le voile tombe, découvrant un cynisme total. A l'image de ce
représentant d'une banque filmé en caméra caché après un canular : « Quoi que
l'on fasse cela va couter des vies. Mais si cela rapporte de l'argent c'est
acceptable ». Devant les péripéties des Yes Men on est plié de rire, révolté
mais aussi revigoré. Le plafond de verre indestructible du tout marché vole en
milles morceaux, le néo-libéralisme apparait alors pour ce qu'il est :
absurde.
Le
temps est à la nation. Henri Guaino refait avec Nicolas Sarkozy le coup du
nationalisme cocardier voir du néocolonialisme comme jadis le duo
Garaud-Juillet l'avait fait avec Jacques Chrirac. Il y a six mois, Ségolène
Royal dégaine (à la stupéfaction générale) le drapeau tricolore, la
Marseillaise et rengaine le drapeau européen comme l'Internationale. Même le
rugby sport collectif et solidaire par essence, est réduit à un magma de
chauvinisme par le rouleau compresseur TF1. Le temps est à la nation et au
nationalisme. Il faut donc plus que jamais parler d'Europe et porter un nouvel
idéal européen : progressiste, social et démocratique.
Le néolibéralisme serait l'incarnation du
pragmatisme et du réalisme, il aurait un sens inébranlable de l'intérêt général
guidé par la main invisible du marché. Pourtant si l'on étudie les
libéralisations récentes qui ont eu lieu dans différents secteurs économiques,
force est de constater qu'il n'en est rien. Ce sont bien des intérêts privées
et la perspective de retour sur investissement permit par de nouveaux marchés
qui ont étés déterminantes. Le service rendu à l'usager, l'inscription dans une
démarche collective de vivre ensemble et même la viabilité économique ont été
bafoués par ces choix. Trois exemples le démontrent largement : la
privatisation-segmentation des transports collectifs à Londres dans les années
1990, la libéralisation du service de renseignement téléphonique en France en
2006, la libéralisation du marché de l'électricité en France en 2007.
Quand on pense à la privatisation, la
libéralisation ou la diminution des services postaux au niveau européen, on se
place souvent du côté de l'usager. Pourtant un tel mouvement a aussi des
conséquences extrêmement préoccupantes du côté de petits structures essentiels
à la diversité culturelle, à l'accès à la culture pour tous, à la contestation
par les idées aussi : les libraires et les éditeurs indépendants voir même les
bibliothèques publics. Fermeture de bureaux dans des zones moins fréquentés,
libéralisation d'une partie des services notamment le colis, abandon d'une
tarification réfléchie pour une grille simpliste et moins « coûteuse ».
Ces transformations récentes de La Poste en France sont très préoccupantes pour
ces petites structures qui utilisent beaucoup ces services.
Il y a quelques semaines lors d'un débat informel
sur la Chine avec deux adhérents de l'UMP, l'un me déclarait que l'état des
droits humains et sociaux dans ce pays n'avait que peu d'importance. L'autre me
disait que ça n'était pas grave « tant qu'ils travaillaient... ». On
expose le miracle économique chinois comme un modèle. On pavoise quand la
France passe des contrats commerciaux avec la Chine. Pourtant le régime de la
République populaire est bien une dictature violente. L'absence démocratique
est empiré par des tensions et des inégalités sociales grandissantes. Nous
devons nous en préoccuper.





