IUT. Trois lettres pour désigner les Instituts
universitaires de technologie. Longtemps ces établissements furent méprisés,
assimilés à des sous-universités prolongeant dans le supérieur la médiocrité
(supposée) des filières technologiques du secondaire. En 44 ans d'existence,
les Instituts ont péniblement redorés leur blason avec un argument
imparable : un taux d'insertion professionnel qui rivalise avec la caste des
écoles de commerce ou d'ingénieur. Au sortir d'un IUT, il faut en moyenne 3
mois et demi pour trouver un emploi et plus de 76% des contrats signés sont des
CDI. De plus, les passerelles vers d'autres formations fonctionnent à plein
régime. L'excellence universitaire en somme alors qu'en France, 23,3% des moins
de 25 ans sont au chômage. Seule fausse note dans cette belle partition, les
IUT pourraient disparaître corps et bien. Un effet collatéral de la loi
relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU). Un drame
éducationnel (quasi-cinématographique) en 4 étapes.
Banderoles, drapeaux, piquets, autocollants et
fumigènes... Le rite de la manifestation à la française est bien établit.
Nouveauté de cette cuvée 2010 : les vuvuzelas et un mouvement social contre la
réforme des retraites qui atteint un paroxysme historique. La bonhomie
(actuelle) des cortèges contraste avec une situation objectivement tendue. Les
ponts de la négociation ayant été coupés par l’autiste gouvernement Fillon dès
juin (MEDEF et syndicats sont d'ailleurs dans le même bateau), l'embouchure à
se fleuve social semble plus que ardue à trouver. Il est donc de bonne aloi de
se plonger dans la presse britannique. Oui allons voir ce qu'en pense le
Royaume-Uni, contrée du travaillisme old school et du welfare
state pendant les années d'après guerre, mis à l'amende à partir de 1979
par la révolution conservatrice de Margaret Thatcher. Pays ou le dernier
mouvement social significatif fut celui contre la poll tax en 1990.
Tournant à l'émeute il entraina, ironie de l'histoire, la fin de Maggie et de
la contestation sociale à la britannique.
Mieux que les Experts de Las Vegas, Miami ou New
York, il y a les agents de la Commission européenne et de la Banque centrale
européenne (BCE) en Grèce. Depuis 3 semaines, main dans la main avec ceux du
Fonds monétaire international (FMI), ils effectuent des descentes dans les
ministères grecques « dépensiers ». Ces limiers épluchent les
comptes, dissèquent les dépenses et font la traque au gaspillage. Car le plan
d'austérité du gouvernement de George Papandreou - qui obéit aux
recommandations du FMI et de l'UE – vise à économiser 30 milliards d'euros sur
3 ans. Soit une réduction du déficit budgétaire de 8,1% du PIB aujourd'hui à
2,6% du PIB en 2013. L'Europe se fait ainsi gardienne du temple de l'orthodoxie
budgétaire grecque. Un réveil bien tardif.
La
dernière grande campagne du Mouvement des jeunes socialistes ? Un bide passé
sous silence. « C’est pas notre guerre !!! », contre l’envoi supplémentaire de
troupes françaises en Afghanistan a tout juste récolté quelques centaines de
signatures. Aujourd’hui le site de la campagne a fermé, sans laisser de traces,
même chez l'agence Zenhysteria qui l'a conçu. Une erreur politique isolée ?
Non. Le journal officiel du MJS, « Le temps des conquêtes », ne fonctionne
plus. Tout juste sert-il à envoyer les textes officiels des congrès. Le
président du mouvement depuis 2007, Antoine Detourné, est transparent. Les
trois quarts des socialistes sont incapables de citer son nom. Le MJS fondé en
1993 se meurt-il ?
Deux salariés côte à côte place de la Bastille.
Le premier avec un autocollant CGT 94 engage la conversation : « vous êtes de
Flins ? Courage ! » (l'usine Renault de Flins tourne au ralenti depuis
décembre). Le second vêtu d'un gilet FO Flins lui répond « oui, mais cela ne
dépend plus de nous ». Le cégétiste conclut « bon... en tout cas on est
avec vous les gars ». Échange anodin mais qui en dit long sur le
changement d'atmosphère sociale. Les mobilisations locales (parfois dures) des
salariés n'ont pas manquées en 2007-2008, mais il n'y avait pas de
« conjonction des luttes », de sens commun. Ce 29 janvier 2009 les
mouvements sociaux ont dépassés leurs spécificités catégorielles pour devenir
« le » mouvement social. « Énièmes manifs », « rituel
de la grève » pour les libéraux-conservateurs et les réactionnaires.
Pourtant, au delà de son opposition massive au sarkozysme, ce mouvement social
a des caractéristiques inédites.
Des journaux télévisés, en passant par le Café
du coin, jusque dans les hautes sphères politico-financières le mot « crise » a
remplacé partout le terme « pouvoir d'achat », prédominant depuis deux ans. A
l'heure ou bizarrement le citoyen lambda se tient informé quotidienement des
convulsions boursières alors que jusqu'ici il n'en avait rien foutre (excepté
une caste d'illuminés du marché à la Jean-Marc Sylvestre). Au moment ou il est
possible de trouver des centaines de milliards d'euros pour renflouer voir
nationaliser des banques, alors qu'hier il était impossible de trouver quelques
milliards d'euros pour assurer la pérennité des services publics et pour aider
les salariés précarisés, surendettés voir expulsés de leur logement. Bref à
l'instant ou le capitalisme le plus « libéré » montre toute l'étendu de sa
folie et de sa violence, des millionnaires vont se mettre en grève. En effet le
week-end du 24 au 26 octobre, l'Union nationale des footballeurs professionnels
(UNFP) appelle à une grève des joueurs pro sur les terrains de France.
Précisons d'emblée que la moyenne de salaire en L1 est de 48 000 euros mais que
de nombreux joueurs de ligues inférieurs vivotent avec des revenus ordinaires
pour une carrière courte.
Après une phase de grèves de pratiquement une
semaine, le terme « d'usagers pris en otage » a du être utilisé
plusieurs centaines de fois. On peut d'ailleurs s'interroger sur des médias
(audiovisuels) qui n'ont pas traités les tensions sociales sur le fond se
contentent de descriptions plus ou moins fleuries de « la galère ».
Faut il rappeler que l'exercice syndical et la grève sont des droits
constitutionnels prévus aux articles 6 et 7 du préambule de 1946. Une prise
d'otage (avec une triste actualité) est une violence physique et psychologique.
Mélanger les deux est une confusion réactionnaire assez inquiétante. De plus,
c'est bien Nicolas Sarkozy qui à conduit à cette situation en jouant les
« dures » face à des syndicats « négociateurs ». Et quel quelque
part n'a t'il pas été élu pour cela ? Pour entamer une révolution
thatchérienne, pour aller au rapport de force quasi physique avec les
syndicats.
Laurent Joffrin a dit l'autre jour au Zénith
« c'est le premier rassemblement d'opposition à Nicolas Sarkozy ». On
a envie de dire enfin. Les premières oppositions consistantes au pouvoir
néo-conservateur se font donc sentir. Mais l'ironie veut que
« l'opposition » ne soit pas le meneur principal de ces
oppositions. Les trois principaux mouvements de contestation en cours (contre
la réforme unilatérale des régimes spéciaux, le texte de loi sur l'immigration
et les franchises médicales) se sont construit, dans le salariat et chez les
citoyens, en dehors des organisations partisanes. Cette opposition trouve même
un écho acéré dans l'intelligentsia démocrate américaine et cet édito du New
York Times dénonçant « un sectarisme pseudo-scientifique en France » à
propos des tests ADN.





