
Entre deux tours des primaires
citoyennes organisées par le Parti socialiste en France. Face à face, Martine
Aubry, mairie de Lille, et François Hollande, député de Corrèze. Mais quelle
place pour l’Europe dans des débats souvent très nationaux ? Les deux candidats
revendiquent l’héritage européen de Jacques Delors, président (emblématique) de
la Commission européenne de 1985 à 1994, l’une comme « fille de », l’autre
comme ex président du delorien Club témoin. Pour ce premier volet, Euros du
Village s’est entretenu avec Pervenche Berès eurodéputée reconnue, chargée
des questions européennes dans la campagne de Martine Aubry.
Jadis Joseph Staline gommait Léon
Trotsky des photos, aujourd'hui Martine Aubry efface François Hollande des
textes. Lors de la Convention nationale du projet socialiste, le 28 mai dernier
à Paris, l'actuelle Première secrétaire du PS convoque le passé et cite ses
prédécesseurs présents dans l'assistance : « Sont la ceux qui représentent
pour nous l'essentiel, c'est-à-dire les fondations de notre parti : Pierre
Mauroy, Lionel Jospin, Laurent Fabius, Henri Emmanueli, qui ont porté notre
parti et qui ont toujours gardé les principes et les valeurs qui sont les leurs
(...) ». Manque à cette liste éléphantesque, François Hollande pourtant
assis au premier rang dans le public. Consciemment ou inconsciemment la maire
de Lille fait ainsi table rase du passé hollandais du Parti socialiste. Le
député de Corrèze, lui, assume les « réussites » et les
« échecs » de cette période, mais relooké, amaigri et gominé, il abat
la carte du changement, porté vers 2012 par des vents sondagiers favorables.
C'est oublier les dix piteuses de la rue de Solférino, de 1997 à 2008.
Séducteur, Dominique Strauss-Kahn l'a toujours
été. Dans tous les sens du terme. Charismatique et brillant sur le plan
intellectuel, indéniablement DSK l'est. L'anecdote raconte qu'en 1996 il
inventa pour la gauche les 35 heures et les emplois jeunes... sur un coin de
table. En 2002 il publia La Flamme et la Cendre, aggiornamento
socialiste le plus bandant de ce début 21e siècle - qui a d'ailleurs motivé
l'engagement de nombreux strauss-kahniens. L'ancien pilier de la dream team de
Lionel Jospin surfe sur des vagues de sondages outrancièrement favorables.
Pourtant Kahn do pourrait bien boire la tasse lors de la session présidentielle
de 2012. En cause, son éloignement des messes basses du PS, son positionnement
politique et son déficit de fibre populaire.
C'est fait. Les camarades socialistes
ont fourni à la direction du PS la décoration, l’outillage et la quincaillerie
de la rénovation. Martine Aubry, telle une Valéry Damido du socialisme, à
maintenant un mandat clair pour ravaler la « vielle maison »
socialiste. La participation, enjeu de cette consultation interne, a été
décevante à Paris mais importante en province. Plus de 92 000 militants
qui se déplacent pour un projet positif, c’est un signal fort. Aucune autre
force politique française ne peut se targuer d’une telle puissance
démocratique. En nombre de militants c’est un record pour un référendum interne
depuis 1995, excepté de vote houleux sur le TCE à l’automne 2004. Les
tentatives de déstabilisation de certains barons conservateurs (sur le
non-cumul des mandats), ou autres apparatchiks (sur les primaires à gauche) ont
été balayées avec respectivement 68% et 72% des voix.
Le
PS est à la politique ce que le PSG est au football : on adore le détester.
Alors quand la « vielle maison » socialiste fait de la politique de façon
percutante il faut le souligner. C'est le cas de l'ouvrage « La France en
libertés surveillés » (
C'était à la Mutualité, quelques heures
avant l'investiture de Martine Aubry comme Première secrétaire du PS. La
pénombre, l'éclairage rouge du fond de scène, la rose au poing qui brille, la
salle aux trois quarts vide : l'ambiance est à la fois surréaliste et
intimiste. Dans le groupe de socialistes aubrystes qui s'est formée, « la
belle lilloise » est une militante parmi d'autres. On pourrait la croire
galvanisée par cette victoire qui vient de si loin, mais elle prend la parole
calmement sans triomphalisme, le temps du travail à déjà commencé. Ce moment
est à l'image de la campagne interne qui a durée pratiquement 8 mois :
collective, fraternelle, organisée... une vraie épopée militante en fait malgré
la rudesse du Congrès. D'ailleurs, un débat interne rude ne signifie pas
automatiquement un échec, au contraire : « Il faut avoir un chaos en soi-même
pour accoucher d'une étoile qui danse » comme le disait Nietzsche (et non
Royal ou Jaurès !).
A l'arrivée à Reims c'est un épais
brouillard et la pluie qui étaient au rendez-vous. Au départ c'est un ciel
blanc avec de la bruine. Une météo à l'image du Congrès du PS, pas encore un
grand souffle de changement à gauche mais des éléments rationnels pour y
croire. Bien sûr les échos médiatiques sont très sévères, car pour les
journalistes il n'y avait pas d'alternative : c'était soit le sacre, soit le
massacre de Reims. Ce fut pourtant ni l'un, ni l'autre. Pour reprendre les mots
de conclusion d'Adeline Hazan « Ce Congrès n’a été ni celui d’Epinay, ni celui
de Rennes, juste le Congrès de Reims ». Je reviens pour ma part de ce 75ème
Congrès socialiste avec un certain optimisme, il faudra que cela se confirme
dans les urnes cette semaine.
« C'est le bordel, je ne comprend rien à ce
qui se passe » voila ce que l'on entend le plus souvent dans les bouches
socialistes depuis le vote du 6 novembre. Ce scrutin a démontré l'utilité des
procédures démocratiques internes du PS, ce parti n'est pas encore la SFIO ou
le Parti radical : il bouge. Encore faut-il le bouger dans la bonne direction.
Les portes paroles de l'UMP, Frédéric Lefebvre et Dominique Paillé (la brute et
le truand du sarkozysme), peuvent déverser des torrents de communiqués de
presse insultants sur le PS, la réalité est que la droite ne comprend rien à
cette démocratie interne de parti. Laissons leurs les attributs du bonapartisme
marketing. Mais revenons au vote, selon moi il a des significations claires et
parfois contradictoires. Surtout il impose d'éviter deux impasses pour la suite
du Congrès de Reims : le présidentialisme hystérique et le retour du
hollandisme immobiliste.





