« Faire traverser l'océan à un jeune pour le
faire taper dans un ballon, j'appelle cela un trafic d'enfants ». Michel
Platini, président de l'UEFA, a dit avec vigueur au Parlement européen sa
volonté d'interdire les transferts de mineurs dans le football européen. Une
mesure impopulaire. Si elle était en vigueur Lionel « la pulga » Messi ne
jouerait pas au FC Barcelone. Mais mesure courageuse et indispensable. Le
contraste est saisissant avec le cas de Madin Koroghli, petit garçon de sept
ans qui vit à Roubaix. Comme des millions d'enfants Madin adore jouer au foot.
Sauf que ses prouesses techniques précoces ont été diffusées sur Internet,
entrainant un délire médiatique et financier autour de son (éventuel) avenir
professionnel.
Des journaux télévisés, en passant par le Café
du coin, jusque dans les hautes sphères politico-financières le mot « crise » a
remplacé partout le terme « pouvoir d'achat », prédominant depuis deux ans. A
l'heure ou bizarrement le citoyen lambda se tient informé quotidienement des
convulsions boursières alors que jusqu'ici il n'en avait rien foutre (excepté
une caste d'illuminés du marché à la Jean-Marc Sylvestre). Au moment ou il est
possible de trouver des centaines de milliards d'euros pour renflouer voir
nationaliser des banques, alors qu'hier il était impossible de trouver quelques
milliards d'euros pour assurer la pérennité des services publics et pour aider
les salariés précarisés, surendettés voir expulsés de leur logement. Bref à
l'instant ou le capitalisme le plus « libéré » montre toute l'étendu de sa
folie et de sa violence, des millionnaires vont se mettre en grève. En effet le
week-end du 24 au 26 octobre, l'Union nationale des footballeurs professionnels
(UNFP) appelle à une grève des joueurs pro sur les terrains de France.
Précisons d'emblée que la moyenne de salaire en L1 est de 48 000 euros mais que
de nombreux joueurs de ligues inférieurs vivotent avec des revenus ordinaires
pour une carrière courte.
Matraqué par les publicitaires, embarrassant
pour les politiques, central pour les salariés, le pouvoir d'achat est partout.
L'omniprésence de ce thème est telle qu'on en vient à confondre promesses
électorales et slogans d'hypermarchés. Les deux ne font qu'un quand le
gouvernement lance sa campagne pour promouvoir ses mesures en « faveur » de ce
pouvoir d'achat. Suivant les opinions on la trouvera totalement grotesque ou
carrèment cynique, car non seulement cette droite est caricaturalement dévouée
aux classes possédantes mais petit à petit elle se met à le revendiquer
fièrement (suivant ainsi le chemin tracé par les républicains américains). Mais
revenons au pouvoir d'achat de l'ensemble de la population, est-ce un terme et
un concept pertinent ? De surplus d'un point de vue de gauche ?
Le
temps est à la nation. Henri Guaino refait avec Nicolas Sarkozy le coup du
nationalisme cocardier voir du néocolonialisme comme jadis le duo
Garaud-Juillet l'avait fait avec Jacques Chrirac. Il y a six mois, Ségolène
Royal dégaine (à la stupéfaction générale) le drapeau tricolore, la
Marseillaise et rengaine le drapeau européen comme l'Internationale. Même le
rugby sport collectif et solidaire par essence, est réduit à un magma de
chauvinisme par le rouleau compresseur TF1. Le temps est à la nation et au
nationalisme. Il faut donc plus que jamais parler d'Europe et porter un nouvel
idéal européen : progressiste, social et démocratique.
Le néolibéralisme serait l'incarnation du
pragmatisme et du réalisme, il aurait un sens inébranlable de l'intérêt général
guidé par la main invisible du marché. Pourtant si l'on étudie les
libéralisations récentes qui ont eu lieu dans différents secteurs économiques,
force est de constater qu'il n'en est rien. Ce sont bien des intérêts privées
et la perspective de retour sur investissement permit par de nouveaux marchés
qui ont étés déterminantes. Le service rendu à l'usager, l'inscription dans une
démarche collective de vivre ensemble et même la viabilité économique ont été
bafoués par ces choix. Trois exemples le démontrent largement : la
privatisation-segmentation des transports collectifs à Londres dans les années
1990, la libéralisation du service de renseignement téléphonique en France en
2006, la libéralisation du marché de l'électricité en France en 2007.
Spectateurs assidus du petit
écran, la profusion des programmes du PAF ne doit pas endormir votre sens
critique et votre vigilance par rapport à la télévision. Personnellement, j’ai
été très choqué par l’émission « C’est quoi l’amour ? » présenté par Carole
Rousseau diffusé le vendredi 15.05.04 et rediffusé dans le courant de l’été
2004. Ce programme traité de façon spectaculaire d’une maladie orpheline
terrible. C’est un puissant révélateur des méthodes journalistiques
scandaleuses de TF1.





