
Les Argentins en ont rêvé, le gouvernement
argentin l'a fait. Le 20 août 2009, la présidente Cristina Kirchner a signé un
accord avec la Fédération argentine de football (AFA), concédant pour une
décennie la diffusion de la première division argentine à la télévision
publique. Mme Kirchner n'a pas fait les choses à moitié, à l'époque, quitte à
verser dans le populisme. 110 millions d'euros alignés par l'État, grand raout
aux côtés de Diego "El Pibe de Oro" Maradona, trémolos dans la voix et
comparaison avec la dictature militaire de 1976-1983 : « Ils te
séquestrent les buts jusqu'au dimanche comme ils te séquestrent les images et
les mots. Comme ils ont séquestré trente mille Argentins ». Mais seule
compte la vérité du terrain : désormais tous les argentins peuvent voir à la
télévision, sans verser un centime, le clásico opposant à Buenos Aires
Boca Juniors à River Plate.

Et la Cinecittà brûla. Un dépôt de
matériel, un court-circuit, des flammes hautes de 30 à 40 mètres et 4 000 m2 de
studios qui partent en fumée sur les 40 hectares que compte l'antre mythique du
cinéma italien. Bien sûr, cette nuit ravageuse du 9 au 10 août 2007 ne marque
pas matériellement la fin de l'Italie sur grand écran mais le symbole est fort,
l'image crépusculaire. Car le cinéma transalpin fut grand, immense, écrasant le
Vieux Continent de sa superbe. Les studios de la Cinecittà fêteront en
avril 2012 leurs 75 ans d'existence, pour 4 000 films produits. "L'usine à
rêves" a été érigée en 1937 dans le sud-est de Rome, coincée entre autoroutes
et rails. D'inspiration mussolinienne, l'idée d'un lieu majeur de création
culturelle populaire ne devint succès qu'après la seconde guerre mondiale... et
la disparition du régime fasciste.
Traitement à la marge de
l'actualité européenne par les médias traditionnels, difficile appréhension des
institutions de l'Union, frilosité des rédactions, endormissement des
correspondants bruxellois, autant d'obstacles à « la construction d’un espace
public à l’échelle de l’Europe ». Et si l'émergence de cette information
européenne empruntait des chemins alternatifs ? Grand reporter « de Brest à
Diyarbakir, du Cap Nord à Gibraltar » pendant 25 ans, Renaud de Chazournes est
le co-fondateur et directeur de la rédaction du site d'information
myEurop.info. Une ambition : « regarder ailleurs pour comprendre ici »
et un regard aiguisé sur le travail des médias mainstream.
10 Juin 1998, Clairefontaine, avant veille du
premier match des bleus à la Coupe du monde. Aimé Jacquet, alors coach très
décrié de l'équipe de France de football, délivre sa causerie d'avant match.
Tel un père s'adressant à son fils, il interpelle Robert Pirès :
« Muscle ton jeu ! muscle ton jeu Robert ! ». Le futur joueur de
l'OM, bien que très technique, est trop peu physique au milieu d'une cohorte de
joueurs évoluant dans le calcio italien (Blanc, Boghossian, Candela, Desailly,
Deschamps, Djorkaeff, Thuram, Zidane). Jacquet renchérit : « Si tu ne
muscles pas ton jeu, fait attention. Je t'assure, tu vas voir, tu vas avoir des
déconvenues par ce que tu es trop gentil ». Un avertissement qui pourrait
s'adresser à Dominique Strauss-Kahn, actuel meneur de jeu du Fonds monétaire
international (FMI) et hypothétique attaquant de pointe du Parti socialiste
(PS).
110. C'est le nombre d'essais
politiques qui furent consacrés à Nicolas Sarkozy au cours des quatre mois qui
ont suivi son arrivée à l’Élysée. 2435. C'est la somme des ouvrages référencés
à ce jour pour les termes "Nicolas Sarkozy" par un fameux (et fumeux) site de
commerce en ligne. A la surface de cet amas littéraire gargantuesque flotte un
petit livre blanc. Point de Stéphane Hessel à la plume, mais un mystérieux
envoyé spécial au Sarkozistan. Premier livre édité par Arrêt sur
images, en partenariat avec Le Publieur, Crise au Sarkozistan
tient autant des Monty Python que du Canard enchainé. 96 pages d'un
soyeux mélange fait de journalisme d'investigation et d'un humour au second
degré foncièrement anglo-saxon. La lucidité corrosive de notre reporter -
enrichie par les illustrations drôlissimes du dessinateur Mor - nous donne
beaucoup à apprendre sur le Sarkozistan. Un voyage stupéfiant.
Couleurs délavées, image tremblante, vue
subjective, son oppressant, jeune militaire casqué et viril... La
bande annonce du dernier blockbuster guerrier de l'industrie vidéo-ludique ?
Non, la nouvelle campagne de l'armée de terre matraquée par ondes numériques et
analogiques. "Devenez-vous même" qu'ils disent. Par ce que la guerre c'est
"fun" et que depuis la première guerre en Irak en 1991 c'est même
"propre". Déchiqueté, amputé et tué on l'est, mais seulement dans le camp d'en
face. Du "bon" côté de la ligne de front on réapparait à l'infini, comme dans
tout bon jeu de tir à la première personne qui se respecte. Une violente
distorsion de la réalité. A l'été 2008, 10 soldats français meurent dans la
vallée d'Uzbeen en Afghanistan. La France réalise alors que la guerre tue
(encore) et qu'elle a envoyé 3000 soldats dans la chienlit afghane. La Grande
Muette continue elle son ramdam cynique. Bien plus que sa
professionnalisation , c'est son américanisation qui en cours depuis la
fin du service militaire en 1996 - à quand des stands dans les supermarchés ?
Drôle d’État qui préfère que ses jeunes balancent des grenades en Afghanistan
plutôt que des pavés place de la Bastille.
Banderoles, drapeaux, piquets, autocollants et
fumigènes... Le rite de la manifestation à la française est bien établit.
Nouveauté de cette cuvée 2010 : les vuvuzelas et un mouvement social contre la
réforme des retraites qui atteint un paroxysme historique. La bonhomie
(actuelle) des cortèges contraste avec une situation objectivement tendue. Les
ponts de la négociation ayant été coupés par l’autiste gouvernement Fillon dès
juin (MEDEF et syndicats sont d'ailleurs dans le même bateau), l'embouchure à
se fleuve social semble plus que ardue à trouver. Il est donc de bonne aloi de
se plonger dans la presse britannique. Oui allons voir ce qu'en pense le
Royaume-Uni, contrée du travaillisme old school et du welfare
state pendant les années d'après guerre, mis à l'amende à partir de 1979
par la révolution conservatrice de Margaret Thatcher. Pays ou le dernier
mouvement social significatif fut celui contre la poll tax en 1990.
Tournant à l'émeute il entraina, ironie de l'histoire, la fin de Maggie et de
la contestation sociale à la britannique.
Naviguer dans les eaux glacées de
l'Antarctique pendant plus de trois mois. S'aventurer dans une nature grandiose
mais féroce bien au delà des 40e rugissants et des 50e hurlants. Effectuer une
course-poursuite incertaine de plus de 17 000 miles nautiques. Tout cela dans
le but (d'essayer) de trouver et de contrecarrer une flotte de baleiniers
japonais qui chasse avec brutalité des cétacés protégés - en invoquant sans
coup frémir la recherche scientifique. Dans l'excellent documentaire « Milles
Baleines - Le combat de Greenpeace » , l'allemande Angela Grass nous fait vivre
cette aventure de l'intérieur à bord de l'Esperenza, l'un des navires de
l'organisation écologiste Greenpeace. Ni bêtement partisan, ni lourdement
racoleur, le film tire de cette auberge espagnole flottante une fine mosaïque
de portraits.





