Le
triomphe de Silvio Berlusconi en Italie démontre à qui ne voulait pas
l'entendre que la gauche européenne est malade. Majoritairement dans
l'opposition au sein de l'Union européenne, elle oscille entre attitude
défensive, timidité et renoncement, même la ou elle est au pouvoir. Tout
l'inverse d'une Amérique du Sud quasi intégralement rose-rouge aujourd'hui. Que
de chemin parcouru depuis les années 1970 ou les opposants progressistes aux
régimes autoritaires latino-américains venaient se réfugier chez leurs
camarades européens. La victoire de Fernando Lugo au Paraguay est une
excellente nouvelle pour la gauche mondiale, et quand on voit en action les
Sarkozy, Blocher et autre Berlusconi en Europe on aurait presque envie d'aller
se réfugier à notre tour en Amérique du Sud.
« Ce
qui est rétrograde c’est qu’une seule personne gagne 100 milliards de dollars
pendant que 1,3 milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour
». Luiz Inácio da Silva est au premier Forum Social Mondial en 2001, la scène
est à la fois surréaliste et chaleureuse… C’est une sortie agité et médiatisé
de l’enceinte de Porto Allegre. Les protagonistes sont en sueur, Lula est
combattif et pugnace tandis que les journalistes l’interview avec pertinence et
fascination. Le propos est net, la formule est bien trouvée, ses qualités de
tribuns hérités de son militantisme syndical sont à l’œuvre. C’est déjà un
homme politique aguerri et fascinant pour la foule compact qui l’entoure. Mais
personne présent ce jour la n’imagine les soubresauts et les convulsions qui
accompagneront Lula et le Parti des Travailleurs (PT) dans l’exercice du
pouvoir. Une expérience entre consécration et désillusion qui renvoie aux
exigences sociales, démocratiques et éthiques qui doivent accompagner toute
force de gauche quand elle prend des responsabilités politiques.





