C'est un matin très froid et humide de
janvier 2008 dans l’Illinois, les températures sont négatives et David Plouffe
comme David Axelrod, têtes pensantes de la campagne d'Obama, sont refroidies.
Le National Journal, vénérable magazine politique américain, vient de publier
sa 27ème étude annuelle sur les parlementaires américains. Le résultat est sans
appel : elle place le sénateur Obama comme le plus à gauche des États-Unis sur
la base de ses votes en 2007. Soi-disant un handicap incompressible pour se
faire élire dans ce pays ou le mot « liberal » (de gauche) est revendiqué par
20 % des américains contre 40 % qui se disent « conservative ». Jusqu'à
l'élection, le staff démocrate a passé sous silence cette étude pour
privilégier à côté du discours de gauche de transformation (« change »), une
image modérée. Cela n’a pas empêché une « landslide victory » d'Obama ce 4
novembre, historique depuis 1976 (pour les démocrates) et depuis 1908 (pour la
participation). Dans ce moment émouvant, la période noire des années Bush
défile en nous. Un cycle ultra-conservateur entamé en 1980 se referme, faire le
changement devient possible. Pourtant il y a toujours cette question
essentielle : qui sera le prochain président américain ? Docteur Barack qui
renouvelle le progressisme américain ou Mister Obama rassembleur centriste
?
Étrange sensation que celle de voter par
anticipation, 21 jours avant la « big election night ». La règle est simple :
l'enveloppe contenant le bulletin de vote doit arriver avant la fermeture de
son bureau de vote référant aux États-Unis le 4 novembre. 30% des américains
auraient optés pour ce mode de vote en avance. Avec des sondages aujourd'hui
très favorables à Obama, il y a de quoi encore creuser le trou dans lequel
s'enfonce le ticket Palin-McCain. Rétrospectivement on peut diviser la campagne
du démocrate en 3 phases : l'outsider fascinant (février 2007 - janvier 2008),
l'icône politique (février 2008 - août 2008) et le régulateur crédible
(septembre 2008 - novembre 2008). C'est bien sûr la transition entre la phase 2
et 3 qui fut la plus délicate pour le canidat progressiste. Aprés cette longue
campagne, ces 1,36 milliards de dollars levés, ces arguments valeureux comme
crasseux échangés, tout a été dit. Les américians vont voter plus informés que
jamais, surinformés même. Les États-Unis sont à la veille d'un point de rupture
de leur histoire. Les démocrates peuvent obtenir une « landslide victory »
inédite qui changerait à coup sûr la face du pays (avec toutes les difficultés
et désillusions que cela implique). En perdant ils pourraient aussi enfoncer
les USA dans une crise totale (un pays « qui vire au noir » selon l’économiste
Paul Krugman), l'une des plus graves depuis 1776. A chacun d'être
responsable.
Le système politique américain si complexe
est simple dans au moins un domaine : les partis. Le bipartisme fonctionne à
fond, avec depuis les années 1890 un Parti démocrate grosso-modo progressiste
contre un Parti républicain clairement conservateur. Ce schéma joue toujours
pleinement en 2008, avec une présidentielle opposant Barack Obama à John
McCain. Pourtant revient régulièrement le spectre d'un troisième candidat
brouillant le duel classique. Le dernier en date fut Ralph Nader, qui en 2000
avec un fond politique contestataire, ancré à gauche et écologiste avait tout
de même rassemblé 2,7% des suffrages et près de 3 millions de voix. Assez pour
qu'après l'entourloupe anti-démocratique de la Floride le camp démocrate d'Al
Gore crie à la trahison. Alors qui sont les « petits candidats » les plus
significatifs en 2008 ? Pourquoi une véritable triangulaire est peu probable le
4 novembre ?
Étrange sensation que procure cette fin de
primaires démocrates. Obama va gagner l'investiture au bout d'un marathon
inédit dans l'histoire américaine. Clinton feint, elle, de ne pas être
disqualifiée et a fait perdre trois mois à son camp. On a l'impression que
c'est le rideau tombe, qu'on a tout vécu dans cette pièce politico-dramatique,
du pire (les dires du Pasteur Wright, les attaques de Bill Clinton) au meilleur
(le discours de Obama sur « Les races en Amérique », les
« come-backs » d'Hillary Clinton). Or il n'en est rien. Le combat le
plus dur, celui contre les républicains et leur machiavélisme électoral n'a pas
vraiment commencé. Le bushisme qui paraît si rejeté, si dépassé en Europe ne
l'est pas complètement aux États-Unis. Alors quelles sont les forces et
faiblesses respectives de Barack Obama et John McCain pour la vraie course qui
s'engage jusqu'au 4 novembre 2008 ?





