
Grands yeux bleus, cheveux courts, jean et
veste de sport américaine, Nicolas (le prénom a été modifié) a aujourd'hui 27
ans. Il y a dix ans, il intégrait un groupe de supporters ultras d'un club de
football français : « Je faisais partie de ce qu'on appelle le noyau du groupe,
c'est-à-dire les membres importants ». Cette entrée dans le monde du
supporterisme tout autant que dans un groupe de jeunes coïncide avec un échec
au baccalauréat et des atermoiements quant à son orientation. Ce n'est pas la
testostérone d'une escouade très masculine qui lui plaît mais plutôt un
sentiment d'épanouissement collectif : « Je me sentais bien auprès du groupe et
j'y ai découvert des amis de tous horizons et à l'époque il y avait vraiment
une bonne ambiance ». Le groupe de jeunes gens a sa maison (le local), ses
rites (les préparatifs, les déplacements), mais aussi ses turpitudes :
altercations, bagarres, caillassages. « La violence? Oui, j'y ai été confronté
mais pas aussi souvent qu'on pourrait le penser », précise Nicolas. Des
brutalités pour s'affirmer vis-à-vis de l’extérieur mais aussi pour souder la
bande en interne.
IUT. Trois lettres pour désigner les Instituts
universitaires de technologie. Longtemps ces établissements furent méprisés,
assimilés à des sous-universités prolongeant dans le supérieur la médiocrité
(supposée) des filières technologiques du secondaire. En 44 ans d'existence,
les Instituts ont péniblement redorés leur blason avec un argument
imparable : un taux d'insertion professionnel qui rivalise avec la caste des
écoles de commerce ou d'ingénieur. Au sortir d'un IUT, il faut en moyenne 3
mois et demi pour trouver un emploi et plus de 76% des contrats signés sont des
CDI. De plus, les passerelles vers d'autres formations fonctionnent à plein
régime. L'excellence universitaire en somme alors qu'en France, 23,3% des moins
de 25 ans sont au chômage. Seule fausse note dans cette belle partition, les
IUT pourraient disparaître corps et bien. Un effet collatéral de la loi
relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU). Un drame
éducationnel (quasi-cinématographique) en 4 étapes.
Les entreprises humaines sont vouées à
disparaître, les organisations politiques peut-être plus que les autres. Le
Mouvement des jeunes socialistes créé en 1993 est au bord du gouffre. Parler
des jeunes socialistes, c'est déjà s'adresser à un public extrêmement
restreint, une « niche » politique de 5300 militants aujourd’hui
alors que l'organisation affirmait en avoir 10 000 au lendemain du mouvement
anti-CPE. Au congrès de Grenoble les 20, 21 et 22 novembre dernier le MJS avait
l'ambition de porter « la gauche au sommet ». Mieux, depuis lors sa
nouvelle présidente Laurianne Deniaud prétend faire table rase du passé au sein
de l'organisation, jouant à fond la partition du « plus rénovateur que moi
tu meurs ». Les jeunes socialistes peuvent-ils vraiment se rénover ?
La
dernière grande campagne du Mouvement des jeunes socialistes ? Un bide passé
sous silence. « C’est pas notre guerre !!! », contre l’envoi supplémentaire de
troupes françaises en Afghanistan a tout juste récolté quelques centaines de
signatures. Aujourd’hui le site de la campagne a fermé, sans laisser de traces,
même chez l'agence Zenhysteria qui l'a conçu. Une erreur politique isolée ?
Non. Le journal officiel du MJS, « Le temps des conquêtes », ne fonctionne
plus. Tout juste sert-il à envoyer les textes officiels des congrès. Le
président du mouvement depuis 2007, Antoine Detourné, est transparent. Les
trois quarts des socialistes sont incapables de citer son nom. Le MJS fondé en
1993 se meurt-il ?
Entre Roland Garros, l'Euro et les Jeux
Olympiques on peut dire que l'été 2008 est riche en évènements sportifs. Malgré
les turpitudes et les aléas propre au sport, la France demeure un grand pays
dans ce domaine. Grâce principalement à la prise en charge du sport par la
puissance publique (États et collectivités), couplé à la force associative (264
700 associations en 2005). Ces deux piliers qui se structurent au sein des
fédérations permettaient depuis le Front populaire de tendre vers le but voulu
par Léo Lagrange « (...) tout en ne négligeant pas le côté spectacle et la
création du champion, c’est du côté des grandes masses qu’il faut porter le
plus grand effort ». Cette force est enviée en Europe de l'Est ou les champions
sont formés aux États-Unis et le sport de masse décrépit voir corrompu. Car la
marchandisation a malheureusement gangréné le sport. Aujourd'hui, même le
système fédéral français est remis en cause par la concurrence de filières
privés, à l'image du « Team Lagardère ».
Un étrange ballet avait lieu à chaque meeting
de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, une sorte de concurrence
libre (mais faussée) à celui qui sera le plus visible et le plus bruyant entre
le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) et la Ségosphère. Entre les jeunes
socialistes en rouge et les jeunes ségolénistes en mauve. Mise à part ce
spectacle parfois cocasse, on peut se demander concrètement à quoi a servi et à
quoi sert la Ségosphère ? Un partisan de Ségolène Royal en Poitou-Charentes
avait répondu il y a quelques mois à cette question : « il faut arrêter avec la
Ségosphère, ils ne servent à rien, c'est le rien politique... ».
Monsieur De Villepin, qui se
présente comme le chevalier servant de notre modèle républicain n’est en fait
qu’un saltimbanque libéral qui agite le social comme un pompon médiatique. Son
souci de la « concertation sociale » est infirmé par son utilisation de la
procédure parlementaire d’urgence pour avorter le débat de fond. Son discours
de modération politique est démenti par la dureté pratique de ses mesures :
diminution scandaleuse de l’imposition des plus aisés, précarisation de la vie
professionnelle avec le CNE et le CPE. Ses affirmations sur la baisse du
chômage ne trouve d’échos que dans les radiations de l’ANPE : les chômeurs
seraint donc des erreurs statistiques ? Celui qui a bénéficié de la
bienveillance de certains de nos concitoyens, à en fait le même souci de la
morale politique que son éminent monarque en fin de règne Jacques Chirac 2nd :
l'art du décalage abyssale entre parole et vérité. Notre mobilisation contre le
Contrat Première Embauche et pour la solidarité, la durabilité sociale doit
donc être totale.
Jean Jaurès avait
dit que « Sans la République, le socialisme est impuissant et sans le
socialisme la République est vide ». Nous vivons un moment de la vie politique
ou notre parole comme notre volonté d’action en tant que jeunes socialistes
sera cruciale. Notre capacité à enclencher une dynamique sera décisive tant
pour l’avenir du Mouvement des Jeunes Socialistes que pour nos futures
batailles politiques. Trois conditions doivent être réunies pour que nous
puissions réussir ce combat : l’affirmation de notre identité, l’éthique du
débat démocratique et l’ouverture puit le rassemblement.





