Être de gauche c'est (aussi) avoir de
l'estime pour ceux qui, bien que de l'autre bord, sont dévoués à la République
et sensibles à la question sociale. Philippe Séguin était de ceux là. Un
président de la Cour des comptes pertinent et percutant, maniant l'ironie avec
délectation, qui fit de son institution un véritable contre-pouvoir
républicain. Il resta tout de même bien plus proche de Nicolas Sarkozy qu'on ne
le dit. Ce natif de Tunis a aussi incarné les errements du conservatisme
français par rapport à la question européenne, un flirt avec l'extrême droite
dissimulé sous le terme de « souverainisme ». Il fut aussi mêlé - presque
malgré lui - à la décrépitude peu ragoûtante du RPR et au cynisme libéral de
Jacques Chirac (à l'image du plan de rationalisation de l'Assurance maladie de
1986 lorsque qu'il fut son Ministre des Affaires sociales). Reste qu'il
incarnait, au delà de ses coups de sang et de son art oratoire, une certaine
droite : soucieuse de l'intérêt général et non de celui d'une caste ou des
milieux financiers. L'actuel locataire de l'Élysée en a pris l'exact
contre-pied, détruisant méticuleusement ce sens de l'État. La mort des idées de
Philippe Séguin a en quelque sorte précédée sa propre disparition.
Cette édition 2008 de l'Université
d'été du PS est de l'avis des « commentateurs » un échec, mais de
quand date la dernière rentrée socialiste de La Rochelle perçue comme un succès
? De mémoire c'était celle de 1997 ou le nouveau Premier ministre Lionel Jospin
venait de gagner brillament les législatives en pleine vague rose européenne.
Deux mois après François Hollande devenait Premier secrétaire du PS, simple
coïncidence ou symbole de son échec immobiliste ? Finalement l'élu corrézien
aura été le Jacques Chirac de la gauche. Foncièrement sympathique, cultivant
une bonhomie provinciale qui plaît (encore) aux militants socialistes, il a
tous les trais du baron radical-socialiste façon IIIème République. Incapable
de trancher sur le fond, de donner un sens à son « réformisme de
gauche », il fut de toutes les batailles et avec tous les courants du PS
pour maintenir le statut quo. La tactique de ce fan de football fut de rester
au centre du PS pour être au centre du jeu solférinesque. Ne jamais se faire
déborder ni sur son couloir droit, ni sur son couloir gauche. Ne jamais prendre
de but quitte à ce que la « vielle maison » socialiste ne marque jamais. Sans
être à la même échelle, Hollande a excellé comme Chirac dans la conquête et le
maintien au pouvoir, mais pour faire quoi ?
Qui est ce membre véhément de l'opposition ?
Qui dénonce avec une telle ardeur le pouvoir en place ? Va-t-il déposer une
motion au prochain congrès du Parti socialiste ? Veut-il prendre le leadership
de la gauche en vue des élections présidentielles de 2012 ? Non, c'est
Dominique de Villepin qui fait ses gammes anti-sarkozystes. Ce qui délicieux à
écouter l'ancien Premier ministre, c'est qu'il est un traite antique, usant de
ses tirades comme autant d'armes contre l'Élysée. Héritier désigné par le
vielle empereur Chirac, il fut écarté de la succession au pouvoir par le
perfide Sarkozy, fils rejeté. Tel un traitre au nouveau César, Galouzeau de
Villepin dénonce et poignarde sans relâche un pouvoir qu'il ne connaît que trop
bien, pour y avoir exercé longtemps comme conseiller de l'ombre. Ainsi, il est
le surmoi chiraquien, proclamant tout haut ce que l'empereur à la retraite
n'ose dire que tout bas. Son éloquence désuette mais tellement inspirée a côté
de la vulgarité de Nicolas Sarkozy, n'a d'égale que sa mauvaise foi. Car
Dominique de Villepin ne dénonce pas tant les choix du pouvoir que le fait de
ne pas être lui même au pouvoir. Il méprise tellement le suffrage universel et
la démocratie qu'il pense que les luttes politiques ne se gagnent que dans
l'ombre des officines et dans la lumière de ses envolées lyriques.
Un bilan politique de la
5e République montre qu'elle s'est construite contre l'alternance politique et
au mépris de la démocratie. Sur les 54 années de mandatures de 1958 à 2012, on
compte 40 ans de présidence conservatrice, bientôt autant à l'Assemblée
nationale, sans parler d'un Sénat de tous temps ancré à droite. Nicolas Sarkozy
se fait le champion des excès de cette 5e République et de la concentration des
pouvoirs politiques, financiers et médiatiques. La gauche reste mal à l'aise
avec la personnalisation forcé qu'entraine ce régime qui va à l'encontre d'une
exigence collective et démocratique. Nous devons donc continuer à porter une 6e
République des citoyens, avec des contres pouvoirs et « gouvernable »
institutionnellement.
Malmenés, démentis, piétinés
ceux qui réclament et qui agissent pour la paix au Proche Orient. La situation
tant au Liban que dans la bande de Gaza s’empire de jour en jour, tandis que
l’espoir de la paix diminue de façon inquiétante. Je pense à ces camardes
progressistes, palestiniens et israéliens, qui se seraient la main il y a huit
mois de cela avec l’ambition d'une paix juste pour toutes les populations du
Proche Orient. Je pense à mes ami(e)s libanais, qui travaillaient dur pour
enfin vivre en paix et en liberté dans leur pays. Tous ces espoirs, toutes ces
ambitions, sont aujourd'hui réduient en cendres par le fracas des canons et les
tirs de missiles. Certains, à la lecture des réflexions, céderont à la
classification facile et fausse de pro-arabe ou pro-israélien. Mais face à
l'oppression envers les plus faibles, face aux extrémistes de tous bords, ceux
qui ont du sang sur les mains comme sur leurs consciences nous devons ensemble
choisir qu’un seul camp : le camp de la paix et de la justice.
« Les programmes
scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française
outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Cet extrait de l’article 4 de la loi
du 23 février 2005 montre à quel point la majorité actuelle se complet dans un
néocolonialisme répugnant. Car la démocratie, le pouvoir législatif ne peut
prétendre établir une vérité positive ou négative d’un évènement ou d’une
période, tout ce qui importe c’est la vérité historique. Jacques Chirac qui
paraît aujourd’hui s’émouvoir de ce texte l’a pourtant contresigné pour le
promulguer, la droite reste finalement une caricature d’elle-même, prompte à
considérer une population, une culture, voir une civilisation supérieure à une
autre. Ce fait est d’autant plus écœurant que nous n’avons jamais fait le
travail critique de mémoire et d’histoire qui s’impose concernant la période de
la colonisation et de la décolonisation.





