C'est une grande bâtisse typiquement
art-nouveau, tendance anglo-saxonne des années 1930, avec une touche
exotiquement coloniale. Sa façade se veut une représentation des territoires
occupés d’antan, ces terres des Antilles, d'Océanie, d'Afrique et d'Asie. La
Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI) se dresse là, coincée
entre les boulevards maréchaux et le périphérique parisien, le vert du bois de
Vincennes et le rouge des immeubles en briques avoisinants. A l’intérieur de la
Cité, au milieu des fresques et des expositions, c'est la colère sociale qui a
pris ses quartiers. Depuis début octobre, 500 travailleurs sans-papiers
occupent symboliquement le hall d'entrée de la CNHI. Leur revendication ? La
régularisation de 6804 travailleurs franciliens qui sont en grève depuis plus
d'un an, soutenus par le syndicat CGT. Une grève oubliée.
Les élections municipales dans le 13e
arrondissement de Paris sont le théâtre d'une dérive politique inquiétante : le
communautarisme électoral. Un certain Félix Wu se présente aux suffrages de ses
concitoyens pour, selon ses affiches, « une plus juste représentation du 13e ».
Bien qu'il fasse référence à une « diversité positive », sa liste veut «
représenter la classe asiatique à la Mairie du 13e ». Il s'agit donc pour Félix
Wu de rassembler exclusivement un vote communautariste voir ethnique (je n'aime
pas utiliser ce terme mais c'est de cela qu'il s'agit). Cette candidature va à
l'encontre de trois principes fondamentaux. Un, on appartient avant tout à une
collectivité démocratique et solidaire (Ville, Région, État-nation, Europe), et
ce quelle que soit son origine. Deux, un élu exerce son mandat dans le but de
l'intérêt général de l'ensemble d'une population et non d'une communauté.
Trois, se présenter au nom d'une communauté c'est s'y limiter et être en
contradiction avec la métissage culturel.
Laurent Joffrin a dit l'autre jour au Zénith
« c'est le premier rassemblement d'opposition à Nicolas Sarkozy ». On
a envie de dire enfin. Les premières oppositions consistantes au pouvoir
néo-conservateur se font donc sentir. Mais l'ironie veut que
« l'opposition » ne soit pas le meneur principal de ces
oppositions. Les trois principaux mouvements de contestation en cours (contre
la réforme unilatérale des régimes spéciaux, le texte de loi sur l'immigration
et les franchises médicales) se sont construit, dans le salariat et chez les
citoyens, en dehors des organisations partisanes. Cette opposition trouve même
un écho acéré dans l'intelligentsia démocrate américaine et cet édito du New
York Times dénonçant « un sectarisme pseudo-scientifique en France » à
propos des tests ADN.
La révolte citoyenne et l'opposition contre le
texte de loi sur l'Immigration et plus spécifiquement contre les tests ADN est
plus que légitime, elle est moralement et humainement indispensable. Dans le
flot des personnalités politiques opposées à ces tests on peut comprendre
l'humanisme de certaines personnalités de droite ou l'opportunisme des
chiraquiens avide d'épingler Nicolas Sarkozy. Plus surprenante est l'opposition
de Charles Pasqua, initiateur des lois les plus répressives contre
l'immigration. Pourquoi un tel positionnement ? Tout simplement par ce que la
succession de Christian Poncelet à la présidence du Sénat va bientôt s'ouvrir
avec le renouvellement partiel de la haute assemblée en 2008. Charles Pasqua
est candidat à cette fonction. Mais pour être élu il doit rassembler au delà
des sénateurs de droite, les voix de nombreux sénateurs humanistes de
centre-gauche et de centre-droit des groupes Union centriste-UDF et RDSE (72
parlementaires). Pourtant, Charles Pasqua rattache toujours ses idées à celles
de l'ultra droite « (...) sur l'essentiel, le Front national se réclame des
mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité (parlementaire) ». Un
cynisme écœurant...
Le combat contre l'extrême
droite et le dégoulinement de ses idées sur la droite parlementaire est
essentiel. Mais parfois la réalité sociale rattrape les certitudes politiques.
Je discute avec un ami d'enfance peu politisé entre les deux tours de la
présidentielle. Je le bassine pour savoir pour qui il a voté. « J'ai voté
pour tonton ». Je ne comprends pas pour qui il a voté. « Pour Jean-Marie Le
Pen... pourquoi ça te choque ? ». Sur le coup je suis abasourdit par cet
extrémisme de droite « ordinaire ». Quelques temps plus tard nous
débattons des raisons pour lesquelles il a voté Front national.
Je discute avec une
jeune femme sans-papiers. Outre la descente qui a été faite dans une école de
la République il y a une semaine, elle me parle des méthodes policières
utilisés dans le nord de Paris. Fermeture des sorties d'une station de métro
pour un contrôle musclé des papiers d'identité de tous les voyageurs.
Encerclement d'un marché en pleine air pour la aussi, une vérification
agressive des papiers. Sans parler des expulsions arbitraires qui se font au
mépris des réalités familiales et des dangers encouru dans certains pays.
S'engager à gauche c'est porter un projet de société mais c'est aussi être
révolté. Je suis indigné face aux méthodes politiques et policières qui sont
employés contre les sans-papiers. Il n'y a pas de sous-hommes ou de
sous-justice. Le respect de la dignité humaine est un droit pour n'importe
qu'elle personne vivant en France.
Les propos de Georges Frêche ne
sont pas un acte anodin, une parole isolée qui irait plus loin que sa pensée.
Ils parachèvent une longue série de vociférations, de dérapages tout à fait
contrôlés et répétés qui ont une caractéristique commune : le racisme et le
mépris. Ces dires bafouent le poing qui est celui de lutte antiraciste et la
rose qui est celle de la tolérance et du
La politique
d'immigration de 





