La reconstitution historique a
tous les attributs du théâtre emmerdant : décors kitchs, jeu minimaliste ou
outrancier (c'est au choix), spectacle lénifiant... De ce point de vue
« l'Hermine noire » est renversante. Cette pièce de théâtre jouée a
maintes reprises cet été sur la presqu'ile Guérandaise (région à la lisière de
la Bretagne et des Pays de la Loire) met en scène l'histoire de Anne Bretgane
et les péripéties du rattachement (ou de la résistance diront certains) de la
Bretagne à la France. Emmerdant ? Pourtant le cocktail est pétaradant : sex,
war and politics au Pays Bigoudin. On couche, on flingue et on conspire à tour
de bras. Le tout donne une sorte de Tontons flingueurs sur planches ou de
Tarantino au Moyen Age, tant pour les dialogues que pour les fusillades.
L'existentialisme c'est
d'abord une claque. Lire la philosophie de Jean-Paul Sartre - comme ce fut le
cas pour moi à l'âge de 18 ans - c'est s'ouvrir le champ des possibles.
Face à des pensées rigides (Marx, Kant), angoissées (Pascal, Kirkegaard) ou qui
apparaissant comme passéistes, l'existentialisme se révèle être une doctrine
vivifiante, une dialectique de la liberté et de l'engagement. En cela
l'existentialisme est un humanisme plein et entier, loin du sens classique
qu'on le donne à ce terme. « L'Existentialisme est un humanisme » c'est
d'ailleurs le nom d'une conférence que Sartre a donné le 29 octobre 1945 à la
salle des Centraux dans une ambiance électrique - décrite par Boris Vian dans «
L'Écume des jours » - qui devint ensuite un livre. Ce condensé
philosophique outrepasse la richesse abrupte et inaccessible de « L'Être et le
néant » pour aller à l'essentiel tout en répondant aux critiques acerbes.
Sartre, lui même prendra par la suite distance avec le texte, considérant que
l'exposé philosophique n'y était que trop sommaire.
Toute la spécificité de Barack Obama est
la. Il « est » l'histoire avant même de l'écrire. Ainsi il devient prix Nobel
de la paix 9 mois à peine après sa prise de fonction. Une distinction non pas à
postériori, mais à priori « pour ses efforts extraordinaires en faveur du
renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les
peuples ». Une récompense pour sa vision du monde et un appel à l'action bien
plus qu'une consécration. Déjà son élection en novembre 2008 était un tournant
historique surprenant. Fin symbolique du racisme qui a marqué l'histoire
étasunienne, de l'esclavage jusqu'à la relégation sociale en passant par la
ségrégation raciale. Bannissement du néo-conservatrice de Bush fils qui a
souillé à jamais la face du monde. Renouvèlement du progressisme étasunien plus
en phase avec l'Amérique admirée des idéaux révolutionnaires de 1776.
La
dernière grande campagne du Mouvement des jeunes socialistes ? Un bide passé
sous silence. « C’est pas notre guerre !!! », contre l’envoi supplémentaire de
troupes françaises en Afghanistan a tout juste récolté quelques centaines de
signatures. Aujourd’hui le site de la campagne a fermé, sans laisser de traces,
même chez l'agence Zenhysteria qui l'a conçu. Une erreur politique isolée ?
Non. Le journal officiel du MJS, « Le temps des conquêtes », ne fonctionne
plus. Tout juste sert-il à envoyer les textes officiels des congrès. Le
président du mouvement depuis 2007, Antoine Detourné, est transparent. Les
trois quarts des socialistes sont incapables de citer son nom. Le MJS fondé en
1993 se meurt-il ?
Étrange sensation que celle de voter par
anticipation, 21 jours avant la « big election night ». La règle est simple :
l'enveloppe contenant le bulletin de vote doit arriver avant la fermeture de
son bureau de vote référant aux États-Unis le 4 novembre. 30% des américains
auraient optés pour ce mode de vote en avance. Avec des sondages aujourd'hui
très favorables à Obama, il y a de quoi encore creuser le trou dans lequel
s'enfonce le ticket Palin-McCain. Rétrospectivement on peut diviser la campagne
du démocrate en 3 phases : l'outsider fascinant (février 2007 - janvier 2008),
l'icône politique (février 2008 - août 2008) et le régulateur crédible
(septembre 2008 - novembre 2008). C'est bien sûr la transition entre la phase 2
et 3 qui fut la plus délicate pour le canidat progressiste. Aprés cette longue
campagne, ces 1,36 milliards de dollars levés, ces arguments valeureux comme
crasseux échangés, tout a été dit. Les américians vont voter plus informés que
jamais, surinformés même. Les États-Unis sont à la veille d'un point de rupture
de leur histoire. Les démocrates peuvent obtenir une « landslide victory »
inédite qui changerait à coup sûr la face du pays (avec toutes les difficultés
et désillusions que cela implique). En perdant ils pourraient aussi enfoncer
les USA dans une crise totale (un pays « qui vire au noir » selon l’économiste
Paul Krugman), l'une des plus graves depuis 1776. A chacun d'être
responsable.
« On ne tire pas sur une ambulance »
avait dit François Giroud. On ne devrait donc pas tirer sur un Navire hôpital
qui coule, c'est à dire la présidence de Nicolas Sarkozy après un an
d'exercice. L'avocat zélé et populiste d'une rupture néo-conservatrice en
France s'est transformé en vendeur de télé achat du tout et n'importe quoi
réformiste sur la forme et de la liquidation inégalitaire sur le fond. Le
hasard veut que dans l'histoire des démocrates, républicains et autres
progressistes le 6 mai soit une date sombre. Le 6 mai 1682 Louis XIV s'installe
à Versailles, le monarchisme de l'Ancien régime est à son zénith, opulent pour
les nobles et oppressant pour le Tiers état. C'est un 6 mai 1941 que Joseph
Staline prend la tête de l'URSS, les espoirs de la révolution bolchévique sont
définitivement balayés et la dégénérescence dictatoriale du régime soviétique
totale. Dans ces deux régimes dictatoriaux les forces démocratiques mirent
respectivement 107 ans et 50 ans à gagner la bataille. Bien sûr Sarkozy n'est
pas un dictateur ou un fasciste reste que dans l'apogée ou le crépuscule du
sarkozysme l'opposition de gauche commet toujours la même facilité. Elle se
place toujours par rapport à ce dernier et ne parle pas d'elle même aux
citoyens, de son projet alternatif... et court le risque de ne jamais devenir
majoritaire, elle.
Qui est ce membre véhément de l'opposition ?
Qui dénonce avec une telle ardeur le pouvoir en place ? Va-t-il déposer une
motion au prochain congrès du Parti socialiste ? Veut-il prendre le leadership
de la gauche en vue des élections présidentielles de 2012 ? Non, c'est
Dominique de Villepin qui fait ses gammes anti-sarkozystes. Ce qui délicieux à
écouter l'ancien Premier ministre, c'est qu'il est un traite antique, usant de
ses tirades comme autant d'armes contre l'Élysée. Héritier désigné par le
vielle empereur Chirac, il fut écarté de la succession au pouvoir par le
perfide Sarkozy, fils rejeté. Tel un traitre au nouveau César, Galouzeau de
Villepin dénonce et poignarde sans relâche un pouvoir qu'il ne connaît que trop
bien, pour y avoir exercé longtemps comme conseiller de l'ombre. Ainsi, il est
le surmoi chiraquien, proclamant tout haut ce que l'empereur à la retraite
n'ose dire que tout bas. Son éloquence désuette mais tellement inspirée a côté
de la vulgarité de Nicolas Sarkozy, n'a d'égale que sa mauvaise foi. Car
Dominique de Villepin ne dénonce pas tant les choix du pouvoir que le fait de
ne pas être lui même au pouvoir. Il méprise tellement le suffrage universel et
la démocratie qu'il pense que les luttes politiques ne se gagnent que dans
l'ombre des officines et dans la lumière de ses envolées lyriques.
Le
31 juillet 1914, Jean Jaurès père du socialisme humaniste français est
assassiné au Café du croissant. Le militant de la droite nationaliste
Raoul Villain anéanti l'espoir de la paix en tuant Jaurès. Les socialistes
se rallient à l'Union sacrée, la guerre commence trois jours pus tard. Le 14
janvier 2007, presque 100 ans après la mort du géant Jaurès, le petit Sarkozy
champion de cette droite haineuse cite à trois reprises le
socialiste dans son discours d'investiture autocratique en se demandant
"pourquoi la gauche n’entend-elle plus la voix de Jaurès ?". Espérons que Jean
Jaurès n'entende pas la voix de cette droite sarkozyste, cette droite
décomplexée qui assassine l'esprit du socialisme jauressien.





