Jadis Joseph Staline gommait Léon
Trotsky des photos, aujourd'hui Martine Aubry efface François Hollande des
textes. Lors de la Convention nationale du projet socialiste, le 28 mai dernier
à Paris, l'actuelle Première secrétaire du PS convoque le passé et cite ses
prédécesseurs présents dans l'assistance : « Sont la ceux qui représentent
pour nous l'essentiel, c'est-à-dire les fondations de notre parti : Pierre
Mauroy, Lionel Jospin, Laurent Fabius, Henri Emmanueli, qui ont porté notre
parti et qui ont toujours gardé les principes et les valeurs qui sont les leurs
(...) ». Manque à cette liste éléphantesque, François Hollande pourtant
assis au premier rang dans le public. Consciemment ou inconsciemment la maire
de Lille fait ainsi table rase du passé hollandais du Parti socialiste. Le
député de Corrèze, lui, assume les « réussites » et les
« échecs » de cette période, mais relooké, amaigri et gominé, il abat
la carte du changement, porté vers 2012 par des vents sondagiers favorables.
C'est oublier les dix piteuses de la rue de Solférino, de 1997 à 2008.
Nous sommes en 2011, toute l'Union
européenne est dirigée par des capitalistes… Toute ? Non ! Car une
île peuplée d'irréductibles collectivistes résistent encore et toujours à
l'impérialisme et au capitalisme. La République de Chypre, ses 780 500
habitants, sa superficie proche de celle de la Corse… et son pouvoir
communiste. Le Parti progressiste des travailleurs (AKEL) et son poing auréolé
d'un marteau, dominent depuis une décennie la scène politique de Chypre, l'île
au drapeau orné de deux branches d’oliviers et d'une carte couleur cuivre. Le
président Dimitris Christofias, élu aux élections présidentielles de février
2008, est le seul et unique chef d’État communiste au sein de l'Union
européenne. Un vestige soviétisant au milieu de la Méditerranée.
Une écologiste en safari aux derniers jours
d'aout. Eva Joly sort son fusil et tire sans sommation sur deux éléphants
socialistes. La première salve est pour le maire de Paris Bertrand Delanoë à
propos de l'accord passé avec l'UMP sur les emplois fictifs de l'ère Chirac :
« C’est un mauvais deal au très haut niveau qui traduit une fois encore un
mépris de la justice ». La seconde rafale est pour le directeur général du
Fond monétaire international : « Je connais bien Dominique Strauss-Kahn, je
l’ai mis en examen ». Cette boutade, auréolée du prix humour et politique
2010, ne fait pas rire tout le monde. Martine Aubry recadre vertement Cécile
Duflot pour qu'elle tienne Joly. En vain ? « Il faut qu’ils comprennent
qu’elle n’est pas sous tutelle, notamment des appareils Verts ou PS »
clame l'eurodéputé - et proche d'Eva Joly - Yannick Jadot. La mue des Verts en
Europe écologie n'est pas un long fleuve tranquille, ça n'est point un scoop.
Mais le vrai talon d'Achille d'Eva Joly est ailleurs : sa faiblesse en matière
économique et sociale.
Le vert est à nouveau tendance. Alors
qu'il y a encore deux ans les Verts étaient une espèce en voie de disparition
politique, il sont aujourd'hui dans un cycle de régénération depuis leur
éclosion électorale au sein d'Europe écologie (EE) lors des européennes du
printemps dernier (16,28 % simplement à 0,2% du Parti socialiste). Fini les
querelles intestines à n'en plus finir des Verts. Au diable les divisions
historiques du mouvement écologiste entre : associatifs et politiques,
apolitiques et progressistes, réalistes et radicaux. Les écologistes en général
et les Verts en particulier sont sur un petit nuage, qui plane très haut dans
le ciel politique français. Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, nie
toute ébriété électorale prônant « beaucoup de modestie, beaucoup de
responsabilité ». Et les écolos en auront besoin car ils font face à une
véritable quadrature du cercle.
Le lion du Sénat
est mort. Ted Edward Kennedy, frère de John et de Robert, est mort à l'âge de
77 ans d'une tumeur du cerveau près d'un demi siècle après sa première élection
au Sénat des États-Unis d'Amérique. Quand « Teddy » est élu en 1962 comme
sénateur du Massachusetts, John Fitzgerald Kennedy est à la Maison Blanche
depuis un an et lance la conquête spatiale par son discours « Nous avons choisi
d'aller sur la lune ». L'Amérique est encore largement ségrégationniste et
raciste, même si le mouvement des droits civiques emmené par Martin Luther King
obtient ses première victoires. JFK renforce l'engagement militaire étasunien
dans la guerre du Viêt Nam, semant les graines du pacifisme étudiant et la
nouvelle gauche des années 1970. Quand Ted Kennedy décède en 2009, les USA ont
un président métisse progressiste, veulent retourner sur la Lune pour un jour
marcher sur Mars et se désengagent du « nouveau Viêt Nam » irakien. Entre ces
deux dates, 46 ans de lutte pour la justice sociale et contre la pauvreté.
« Une triste soirée pour la
social-démocratie » selon Martin Schultz, président du groupe socialiste
au Parlement européen. Un euphémisme, même à froid. La gauche social-démocrate
européenne est en lambeaux (21,5% des voix), tandis que la gauche ex-communiste
rétrécie (4,3%) comme peau de chagrin et que les écologistes pèsent encore peu
(7,2%). Un raz de marée bleu aux reflets gris a déferlé partout en Europe à
l’exception de la Grèce, Malte, le Danemark et la Suède qui flottent tels des
radeaux de survie rose. Le PPE libéral-conservateur, culmine à 35,9% des voix,
tiré vers la droite par le sarko-berlusconisme et une extrême droite europhobe
qui fait une percée aux alentours de 12,5%. On ne saurait élucider la défaite
encore plus cruelle du PS en France par de simples explications nationales. Les
mines déconfites des camardes socialistes, les séances d’auto-flagellation des
cadres du PS sont le reflet d’une gauche européenne profondément en crise.
Ah, le nombre de soirées passées à fulminer
contre les positions droitières de Manuel Valls ! À s'égosiller contre le
tressage de lauriers pro-Sarkozy du député-maire d'Evry. À être vert de rage
après le torpillage en règle du Printemps des libertés du PS et mort de honte
du fait de sa présence dans le cortège d'un 1er mai tout sauf honteux pour les
socialistes. Alors quand Valls a raison autant le dire. Oui la gauche doit
devenir « post-Lang » en matière de culture. Le droit d'inventaire du
mitterandisme ne souffre d'aucune exception. Assez de cette bien pensance issue
des années 1980 qui conduit à soutenir l'inique loi HADOPI en 2009. Comme l'a
dit l'association RéSo « (...) ce texte porte frontalement atteinte aux
libertés individuelles et n’apporte aucune solution aux problèmes posés au
monde culturel par les évolutions technologiques ». Le vrai combat de gauche
c'est celui pour une culture des créations qui s'émancipe du carcan du marché.
Le vrai combat de gauche c'est celui pour des cultures accesibles à tous,
notamment aux classes populaires.
Dans son éditorial du 4 mai 2009 dans Libération,
Laurent Joffrin est limpide: le Parti socialiste doit s’allier avec le MoDem
dans une « grande coalition de l’après sarkozysme ». Cette stratégie en dehors
d’une « combinaison d’appareils », qui intégrerait aussi les gaullistes sociaux
et les écologistes serait la seule à même d’empêcher un second mandat de
Nicolas Sarkozy. Mieux, par l’adoption d’une stratégie verticale peuple contre
élites, en lieu et place d’une opposition horizontale gauche contre droite, on
abattrait le néo-libéralisme chancelant. Le côté « pavé dans le mare » de cet
édito ne doit pas effacer sa principale portée. Le retour anachronique de la
stratégie du radis façon radical-socialisme. Le rouge dehors (l’après Sarkozy,
l’après libéralisme), blanc dedans (le pot-pourri politique, le centrisme).





