Qui connaît Philippe Poutou ? Personne ou
presque. Dans l’indifférence générale, aux premiers jours de l'été, cet ouvrier
Girondin de 44 ans a été choisi pour porter les couleurs du Nouveau parti
anticapitaliste (NPA) à l'élection présidentielle de 2012. Une intronisation
teintée de scepticisme au sein même de la formation trotskiste. Un quart des
délégués du parti n'ont pas pris part à ce vote de désignation à Nanterre les
25 et 26 juin dernier, tandis qu'un autre quart s'est opposé à cette
candidature. Un embarra dut à la défection de dernière minute du postier rouge
Olivier Besancenot, « Ça aurait été plus simple que ce soit encore
Olivier, il est très populaire » a résumé Alain Krivine, pilier de
l’extrême gauche et de l'ex LCR. Car si Philippe Poutou, syndicaliste CGT chez
Ford, a l'aura du sans grade altruiste, sa candidature est porteuse
d'ostracisme. Preuve que le NPA se meurt déjà à petit feu.
Bonnet enfoncé sur la tête, barbe de
trois jours trahissant un tropisme boboïsant et l'Huma Dimanche fièrement mis
au devant de la poitrine. Sur un marché parisien, ce militant communiste, la
trentaine, a l'assurance et le calme de ceux dont les convictions sont
inébranlables. Cet idéalisme quasi-béa n'empêche en rien l'ultra-réalisme
électoral, au contraire : « Il faut être honnête, le Parti de gauche nous
sert juste a grappiller les 1 ou 2 points qui nous manquent pour être sûr
d'être au dessus de la barre des 5% ». Après une pause, il poursuit :
« Ce sont rien d'autre que des chieurs, il faut voir comment ils nous ont
emmerdé pour les listes aux régionales, résultat c'est un bordel
incompréhensible ». Depuis sa création en février 2009, le Parti de gauche (PG)
a fait de « l'union de l'autre gauche » la mère de toutes les
batailles. Dans les faits, partout ou il passe, la gauche radicale – et même la
gauche tout court – est encore un peu plus morcelée.
L'extrême gauche trotskiste, exception
politique française, est-elle en train de changer ? La LCR s'adapte à l'ère de
la personnalisation et de la communication politique aiguë en se transformant
en NPA. Lutte ouvrière change de visage. Certes, LO diffuse toujours les mêmes
affiches sépia à base de rouge, de noir et de jaune. Mais point de Arlette
Laguiller sur les murs des villes. Une nouvelle photo remplace celle de la
« petite fiancée de Trotski ». Celle de Nathalie Arthaud, 39 ans,
nouvelle égérie de la très fermée Union communiste (véritable nom de LO). Car
même si Arlette Laguiller a du mal a lâcher le job et son parti l'aura
médiatique qui va avec, elle est bien la nouvelle porte-parole du parti
trotskyste depuis décembre 2008.
L'édition 2009 du Forum social mondial (FSM) qui a
eu lieu à Belém au Brésil aura démontrée au moins deux choses. D'abord, que
c'est bien en Amérique latine que la gauche se façonne en ce début de 21ème
siècle. A l'image du débat final du Forum réunissant le « club des
5 » de la gauche sud-américaine (Lula, Chávez, Morales, Correa, Lugo).
Ensuite, que l'altermondialisme est encore vivace sur le plan international. Le
nombre élevé de participants (135 000) témoigne d'une vraie réussite en
comparaison du terne Forum économique de Davos. Difficile de prolonger ce
constat à la France, qui fut pourtant le berceau du terme altermondialise (par
le biais d'ATTAC notamment). Le rouge des altermondialistes français est
aujourd'hui bien palot. Au lendemain du 29 mai 2005, ils contestaient le
leadership idéologique, politique du PS sur sa gauche, ils aimantaient une
gauche radicale (communiste, trotskiste, écologiste) en mal d'unité. C'était il
y a une éternité.
Le Parti communiste à bien changé et on ne s'en rend pas compte. La
candidate Marie-George Buffet se définit comme celle de la gauche populaire et
antilibérale, le terme communiste n'est que peu présent.. Le rouge typographié,
le souffle des affiches d'hier à laissé place à la multiplicité des couleurs et
à un côté réaliste, proche du peuple (qui allait de soit auparavant). Se ne
sont pas seuls des communistes qui ont fait le programme mais aussi "des
socialistes, des associatifs, des écologistes" disent les tracts. La lutte des
classes, la dictature du prolétariat a laissé place à la lutte (légitime)
contre le libéralisme, à la sauvergarde du communisme municipal et
parlementaire. Le contraste est vif entre les troskistes et les socialistes qui
ont connu le grand PCF hégémonique à gauche et nous qui voyons ce parti au
mieux comme un simple allié, au pire comme une nostalgie pereclitante. Oui le
Parti communiste à bien changé mais la question est arrivera t'il à se
transformer ?
Depuis bientôt un an,
un nouvel ensemble politique a fait son apparition la gauche dite
"antilibérale". Dénomination portée par ceux qui la compose et reprise comme
norme étymologique par l'ensemble des médias. L'origine du terme est
l'altermondialisme qui dénonce (à juste titre) le néolibéralisme mondialisé.
L'acte fondateur est la victoire du Non au référendum qui délimiterait une
tranchée entre la gauche antilibérale et le reste de la gauche qui serait
social-libérale. Or la vérité est que ce terme de gauche "antilibérale" est
totalement faux comme inadapté pour définir cette autre gauche. L'étude des
forces politiques qui la compose, des idées qui l'anime et de la réalité
politique de la gauche le démontre pleinement.
« Les programmes
scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française
outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Cet extrait de l’article 4 de la loi
du 23 février 2005 montre à quel point la majorité actuelle se complet dans un
néocolonialisme répugnant. Car la démocratie, le pouvoir législatif ne peut
prétendre établir une vérité positive ou négative d’un évènement ou d’une
période, tout ce qui importe c’est la vérité historique. Jacques Chirac qui
paraît aujourd’hui s’émouvoir de ce texte l’a pourtant contresigné pour le
promulguer, la droite reste finalement une caricature d’elle-même, prompte à
considérer une population, une culture, voir une civilisation supérieure à une
autre. Ce fait est d’autant plus écœurant que nous n’avons jamais fait le
travail critique de mémoire et d’histoire qui s’impose concernant la période de
la colonisation et de la décolonisation.





