« Les fondamentaux des républicains sont
tels, qu'ils ont 20 ans de victoires devant eux ». Voila ce que l'on pouvait
entendre, de la part de nombreux commentateurs, au lendemain de la réélection
de Bush contre Kerry en 2004. On mesure ainsi le chemin parcouru par Obama et
les démocrates depuis. Mais alors que le monde entier se penche sur l'équipe et
la politique du nouveau président, il est pertinent de regarder du côté des
battus : la droite républicaine. Il faut reconnaitre que McCain fut tout en
dignité dans la défaite, contrastant avec une campagne dure et populiste (merci
Sarah Palin). Les « robot calls » annonçant le soutien de Fidel Castro à Obama
la veille du vote resteront dans les anales de l'histoire américaine. Mais
finalement le plus alarmant pour les républicains c'est que même en choisissant
le candidat le plus apte à capter les indépendants, le plus critique des années
Bush, ils ont subit une lourde défaite. Après cette débâcle en 2008, avec le
fiasco du néo-conservatisme, quelle nouvelle synthèse idéologique peuvent
choisir les républicains ?
« On ne tire pas sur une ambulance »
avait dit François Giroud. On ne devrait donc pas tirer sur un Navire hôpital
qui coule, c'est à dire la présidence de Nicolas Sarkozy après un an
d'exercice. L'avocat zélé et populiste d'une rupture néo-conservatrice en
France s'est transformé en vendeur de télé achat du tout et n'importe quoi
réformiste sur la forme et de la liquidation inégalitaire sur le fond. Le
hasard veut que dans l'histoire des démocrates, républicains et autres
progressistes le 6 mai soit une date sombre. Le 6 mai 1682 Louis XIV s'installe
à Versailles, le monarchisme de l'Ancien régime est à son zénith, opulent pour
les nobles et oppressant pour le Tiers état. C'est un 6 mai 1941 que Joseph
Staline prend la tête de l'URSS, les espoirs de la révolution bolchévique sont
définitivement balayés et la dégénérescence dictatoriale du régime soviétique
totale. Dans ces deux régimes dictatoriaux les forces démocratiques mirent
respectivement 107 ans et 50 ans à gagner la bataille. Bien sûr Sarkozy n'est
pas un dictateur ou un fasciste reste que dans l'apogée ou le crépuscule du
sarkozysme l'opposition de gauche commet toujours la même facilité. Elle se
place toujours par rapport à ce dernier et ne parle pas d'elle même aux
citoyens, de son projet alternatif... et court le risque de ne jamais devenir
majoritaire, elle.
C'est le triomphe du chiraquisme. Après
la « claque » des élections municipales (terme utilisé par un élu anonyme mais
lucide de l'UMP), Nicolas Sarkozy et ses valets semblent sombrer dans les mêmes
travers que Jacques Chirac : dénie des résultats électoraux, surdité politique,
grands discours « gaullistes » creux, replis sur la forteresse élyséenne,
remaniements de façade. Reste qu'il n'y pas de fusible à Matignon, car le
conservatisme provincial bon teint de François Fillon est la dernière valeur
refuge de la majorité. L'autre différence est que Nicolas Sarkozy persiste à
fleureter avec l'extrême droite en faisant des « coups » très agressifs sur les
questions d'immigration et de sécurité. Si il se lance sur le terrain
économique et (anti) social, l'attente et les injustices sont tels qu'il risque
des mouvements sociaux massifs. Comme Jacques Chirac en son temps.
Ce
samedi matin il fait un froid polaire sur le marché à Cours de Vincennes dans
le 12ème arrondissement de Paris. Jean-Marie Cavada arrive, visage fermé, ton
sec, même pas bonjour. L'ambiance est glaciale, plusieurs militants socialistes
et communistes le taquine. Une personne de l'UMP tend un tract, « je ne
vote pas pour les traîtres ! » lui répond un passant. Monsieur Cavada
s'énerve contre les militants de gauche, il dénonce confusément : les
logements, la Mairie, les socialistes ... pour rebrousser chemin,
visiblement vexé. Les militants UMP sont décontenancés, l'une demande inquiète
au téléphone « elle va venir la ministre ? » (Christine Lagarde). Il
est comme ça Jean-Marie Cavada à la fois hautain et glacial.
Balade dans le centre de Paris l'autre jour. Au détour d'une rue une foule sur une petite placette. Des drapeaux tricolores, des cheveux blancs en masse, des crânes rasés pour les plus jeunes. Cela ressemble à une manifestation d'extrême droite. Des cris haineux bien qu'un peu forcés. Une voix étrangement familière. Une estrade avec un grande banderole « Constitution trahison ! ». C'est le vieux facho et son acolyte : Jean-Marie Le Pen et Bruno Golnisch. Ce n'est pas la forme des grands soirs d'avril ou on fait trembler la France. C'est le spectacle pathétique d'une fin de règne de celui qui a réussi à rassembler l'extrême droite pour en faire une force politique majeure. Bien sûr il y a la question de la succession. Le danger existe a travers Marine Le Pen que se refonde un grand parti national-populiste en recherche de respectabilité et d'alliances avec la droite. Cela dépendra de l'aile sectaire du FN. Mais c'est plus son problème au vieux facho. Certes il a perdu électoralement et financièrement, mais il a l'air
satisfait : il a gagné idéologiquement puisque son national-populisme
s'est dissout dans le sarkozysme triomphant.
Ron Paul est un homme politique américain
original, et ce pour deux raisons. En premier lieu, il détient le record de
levé de fonds en une journée sur internet pour une campagne électorale (6,2
millions d'euros). En second lieu, il essaye de ressusciter un courant
politique américain et républicain mort : la droite libertaire. Dans chaque
État ou les primaires républicaines ont eu lieu ce politique iconoclaste a fait
entre 8% et 10% des voix tandis que le vainqueur était par quatre fois
différent. Ces résultats ne sont pas anodins, ils montrent à quel point la
droite républicaine homogène et dominante depuis l'élection de Ronald Reagan en
1980 est hétérogène et divisé sur la gestion de l'après Bush.
Qui est ce membre véhément de l'opposition ?
Qui dénonce avec une telle ardeur le pouvoir en place ? Va-t-il déposer une
motion au prochain congrès du Parti socialiste ? Veut-il prendre le leadership
de la gauche en vue des élections présidentielles de 2012 ? Non, c'est
Dominique de Villepin qui fait ses gammes anti-sarkozystes. Ce qui délicieux à
écouter l'ancien Premier ministre, c'est qu'il est un traite antique, usant de
ses tirades comme autant d'armes contre l'Élysée. Héritier désigné par le
vielle empereur Chirac, il fut écarté de la succession au pouvoir par le
perfide Sarkozy, fils rejeté. Tel un traitre au nouveau César, Galouzeau de
Villepin dénonce et poignarde sans relâche un pouvoir qu'il ne connaît que trop
bien, pour y avoir exercé longtemps comme conseiller de l'ombre. Ainsi, il est
le surmoi chiraquien, proclamant tout haut ce que l'empereur à la retraite
n'ose dire que tout bas. Son éloquence désuette mais tellement inspirée a côté
de la vulgarité de Nicolas Sarkozy, n'a d'égale que sa mauvaise foi. Car
Dominique de Villepin ne dénonce pas tant les choix du pouvoir que le fait de
ne pas être lui même au pouvoir. Il méprise tellement le suffrage universel et
la démocratie qu'il pense que les luttes politiques ne se gagnent que dans
l'ombre des officines et dans la lumière de ses envolées lyriques.
La révolte citoyenne et l'opposition contre le
texte de loi sur l'Immigration et plus spécifiquement contre les tests ADN est
plus que légitime, elle est moralement et humainement indispensable. Dans le
flot des personnalités politiques opposées à ces tests on peut comprendre
l'humanisme de certaines personnalités de droite ou l'opportunisme des
chiraquiens avide d'épingler Nicolas Sarkozy. Plus surprenante est l'opposition
de Charles Pasqua, initiateur des lois les plus répressives contre
l'immigration. Pourquoi un tel positionnement ? Tout simplement par ce que la
succession de Christian Poncelet à la présidence du Sénat va bientôt s'ouvrir
avec le renouvellement partiel de la haute assemblée en 2008. Charles Pasqua
est candidat à cette fonction. Mais pour être élu il doit rassembler au delà
des sénateurs de droite, les voix de nombreux sénateurs humanistes de
centre-gauche et de centre-droit des groupes Union centriste-UDF et RDSE (72
parlementaires). Pourtant, Charles Pasqua rattache toujours ses idées à celles
de l'ultra droite « (...) sur l'essentiel, le Front national se réclame des
mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité (parlementaire) ». Un
cynisme écœurant...





