Toute la spécificité de Barack Obama est
la. Il « est » l'histoire avant même de l'écrire. Ainsi il devient prix Nobel
de la paix 9 mois à peine après sa prise de fonction. Une distinction non pas à
postériori, mais à priori « pour ses efforts extraordinaires en faveur du
renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les
peuples ». Une récompense pour sa vision du monde et un appel à l'action bien
plus qu'une consécration. Déjà son élection en novembre 2008 était un tournant
historique surprenant. Fin symbolique du racisme qui a marqué l'histoire
étasunienne, de l'esclavage jusqu'à la relégation sociale en passant par la
ségrégation raciale. Bannissement du néo-conservatisme de Bush fils qui a
souillé à jamais la face du monde. Renouvèlement du progressisme étasunien plus
en phase avec l'Amérique admirée des idéaux révolutionnaires de 1776.
Bruno Le Maire est un homme politique
respectable. Ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin de 2005 à
2007, ce germanophone aux qualités littéraires remarquables incarne une
certaine droite sociale déformée par l’offensive du néo-libéralisme
(typiquement l’épisode du CPE). Son passage au secrétariat d'État en charge des
Affaires européennes (de décembre 2008 à juin 2009) fut largement
instrumentalisé par Nicolas Ier en vue des élections européennes et de la
nouvelle Commission européenne, mais personne ne remet en cause son européisme.
Car Bruno Le Maire est europhile autant que son successeur aux Affaires
européennes Pierre Lellouche est atlantiste. Le député UMP de Paris est en
effet un véritable ayatollah néo-conservateur, l’homme le plus bushiste de la
classe politique française.
« La campagne pour réformer le système de
santé en 2009 est le plus grand test pour notre mouvement depuis les dernières
élections ». Barack Obama mobilise avec vigueur ses troupes pour ce qui
s'annonce (déjà) comme le moment crucial de son mandat. Les 46 millions
d'américains qui sont dépourvus de couverture médicale attendent cette réforme
depuis 15 ans. En effet, Hillary Clinton mandatée par Bill Clinton pour
réformer le système de santé en 1993, avait dû céder face au harcèlement
incessant des lobbys pharmaceutiques et assurantiels dès 1994. La gauche
étasunienne va donc sans doute mener sa plus grande bataille politique depuis
la fin du mouvement des droits civiques en 1968. Les républicains, les lobbys
aiguisent leurs armes criant déjà « Non au socialisme ».
Les bombes et les missiles israéliens pleuvent
sur Gaza. Les roquettes du Hamas tombent sur le Sud d'Israël. La disproportion
guerrière de Tsahal, la violence et le désastre humain sont tels, que devant le
flot incessant et répétitif des images cela en devient banal. L'horreur
absolue, la guerre devient banale. En France, ce sont les préjugés qui
pleuvent. La bêtise extrémiste et communautariste (d'ou qu'elle vienne) à voix
au chapitre : « Dis moi qui tu es, je te dirais qui tu soutiens ». C'est ying
contre yang, noir contre blanc, bloc contre bloc, pro-israéliens contre
pro-palestiniens. Peu importe la recherche de la paix, l'important est de
s'indigner le plus possible en faveur d'un « camp », et de faire le lit des
plus extrémistes. Dans ce chaos réel (là-bas) comme verbal (ici), certains ont
le courage d'être à contre-courant. D'être des artisans de la paix et de la
justice en temps de guerre.
« Pluie d'été » contre « Plomb
durci ». Les noms des opérations militaires de Tsahal changent,
la folie guerrière reste. Les similitudes avec le conflit du Sud Liban en 2006
sont démoralisantes. La pratique de la terreur meurtrière par les tirs de
roquettes (hier du Hezbollah aujourd'hui du Hamas), les représailles d'une
violence inouïe par l'armée israélienne. Entre les deux, les
gazaouis, appauvrient par les uns pour être tués par les autres. Le
blocus, l'enclavement entre l'Égypte et Israël, le conflit Hamas / Fatah, la
guerre maintenant, tout consacre l'agonie de Gaza tout autant que la
désagrégation de l'unité palestinienne. Le Hamas pourtant affaiblit depuis son
arrivée au pouvoir, se retrouve revigoré par cette guerre. Plus simple de jouer
les martyrs terroristes en temps de guerre, que de redistribuer les richesses
et dialoguer pour faire la paix. La disproportion belliciste de Tsahal est tout
aussi alarmante. Les extrémistes va-t-en guerre israéliens comme palestiniens
semblent avoir des intérêts communs à ce conflit meurtrier.
Vu d'Europe on ne se rend pas compte à
quel point la tournée de Barack Obama sur le vieux continent est
politiquement audacieuse et périlleuse. Car c'est cette « vielle
Europe » que vilipendait Donald Rumsfeld (lorsque ses peuples s'opposaient
à la guerre en Irak), c'est cette « allure d'européen » que l'on
reprochait vertement à John Kerry en 2004 (il parlait français, comble du
snobisme de gauche de la côte Est). Il est évident que chaque présidentielle au
pays à la bannière étoilée fait émerger la même problématique : le monde a les
yeux rivés sur l'Amérique, alors que les américains ont les yeux braqués sur...
eux même, dans un nombrilisme nationaliste accentuée par le 11 septembre 2001.
Même Ronald Reagan qui avait fait sa campagne de 1981 sur une politique
étrangère dure face à l'URSS avait toujours refusé de voyager à l'étranger pour
rencontrer des dirigeants européens, encore moins des pays de l'Est. Obama
incarne donc l'espoir d'un changement vers une politique étrangère des
Etats-Unis plus ouverte et multilatérale.
Bien sûr le président Sarkozy, avec sa
vulgarité habituelle, en fait (tactiquement) des tonnes sur la libération
d'Ingrid Betancourt, pour eclipser les sujets qui fâchent. Assurément le
président Uribe sera conforté dans sa politique musclée à l'égard des FARC
alors que c'est une opération plutôt fine (du moins en apparence) qui a permis
la libération de l'otage franco-colombienne. A coup sûr, nous assistons à un
déferlement médiatique ou certains sont plus proche du voyeurisme exécrable que
du journalisme. Mais quelque part on s'en fout complètement, car quel
enthousiasme de voir Ingrid Betancourt libre ! Sa lucidité sur l'horreur
humaine absolue qu'elle a vécu, sa connaissance aigue des implications
diplomatiques de sa libération, sa pugnacité étonnante quand à l'avenir
politique colombienne, sont autant d'indices de la grandeur de cette femme
politique. Il y a six mois lors de la libération de Clara Rojas nous rêvions
tous que Ingrid Betancourt « (...) citoyenne d'honneur de Paris puisse de
nouveau arpenter les rues de cette ville symbole de la liberté ». C'est
aujourd'hui une réalité.
Cher Monsieur Blair, je me permets de vous
interpeler en tant que simple militant de gauche, « la vielle
gauche » comme vous dites. Je vais être honnête, j'ai un vieux passif avec
vous car ma rupture intellectuelle avec le courant politique qui porte votre
nom (« le blairisme ») fut inhérente à mon engagement politique. Mais
je ne veux pas seulement vous parler ici d'une rupture intellectuelle mais
surtout d'une rupture morale. Elle a commencé par votre soutien total à la
diplomatie haineuse et sanguinaire de Bush fils. Elle a continué avec ces
innombrables textes communs signés avec messieurs Aznar et Berlusconi des
hommes politiques « progressistes » comme vous dites. Elle a prit un tour plus
personnel, pour nous français, quand au printemps dernier vous avez
frénétiquement soutenu Nicolas Sarkozy contre Ségolène Royal, pourtant membre
du Parti Socialiste Européen tout comme vous, tout comme moi.





