10 Juin 1998, Clairefontaine, avant veille du
premier match des bleus à la Coupe du monde. Aimé Jacquet, alors coach très
décrié de l'équipe de France de football, délivre sa causerie d'avant match.
Tel un père s'adressant à son fils, il interpelle Robert Pirès :
« Muscle ton jeu ! muscle ton jeu Robert ! ». Le futur
joueur de l'OM, bien que très technique, est trop peu physique au milieu d'une
cohorte de joueurs évoluant dans le calcio italien (Blanc, Boghossian, Candela,
Desailly, Deschamps, Djorkaeff, Thuram, Zidane). Jacquet renchérit :
« Si tu ne muscles pas ton jeu, fait attention. Je t'assure, tu vas
voir, tu vas avoir des déconvenues par ce que tu es trop gentil ». Un
avertissement qui pourrait s'adresser à Dominique Strauss-Kahn, actuel meneur
de jeu du Fonds monétaire international (FMI) et hypothétique attaquant de
pointe du Parti socialiste (PS).
Séducteur, Dominique Strauss-Kahn l'a toujours
été. Dans tous les sens du terme. Charismatique et brillant sur le plan
intellectuel, indéniablement DSK l'est. L'anecdote raconte qu'en 1996 il
inventa pour la gauche les 35 heures et les emplois jeunes... sur un coin de
table. En 2002 il publia La Flamme et la Cendre, aggiornamento
socialiste le plus bandant de ce début 21e siècle - qui a d'ailleurs motivé
l'engagement de nombreux strauss-kahniens. L'ancien pilier de la dream team de
Lionel Jospin surfe sur des vagues de sondages outrancièrement favorables.
Pourtant Kahn do pourrait bien boire la tasse lors de la session présidentielle
de 2012. En cause, son éloignement des messes basses du PS, son positionnement
politique et son déficit de fibre populaire.
Il y a encore quelques mois quand je
disais être socialiste j'éprouvais une certaine fierté quand à mon engagement.
Aujourd'hui, non que j'en ai honte, mais j'ai une sorte pincement au coeur car
le PS comme la gauche sont dans une léthargie qui me révolte. Les personnalités
qui la représente donnent l'impression de "dormir". La clarté du néo
conservatisme sarkozyste est entouré d'un halot de confusion (l'ouverture, la
cacophonie gouvernementale, le présidentialisme total) qui déstabilise jusque
dans l'opposition. Seul Besancenot avec un discours tranché (mais trompeur et
très travaillé) surnage dans ce marasme. Le député Jean-Jacques Urvoas a cette
analyse « le PS des années 2000 c'est la SFIO des années 1960 moins la
guerre d'Algérie ».
Aujourd'hui ma
gauche a la gueule de bois. Dur de s'être battu pendant des semaines, des mois,
des années et de ne pas réussir à faire vivre plus fort notre conception du
socialisme. Dur mais réconfortant de se voir réagir collectivement :
déceptions, larmes, colères, motivations... Dans ces moments ou l'amertume est
à la hauteur de l'espoir qu'a suscité Dominique Strauss-Kahn il faut que nous
honorions la réflexion de
Je suis
par sentiment, par affection, par nostalgie (peut être) jospiniste. Non
seulement pour l'homme mais pour ses idées. Un volontarisme de gauche, un
socialisme réformiste assumé qui ne cède ni aux sirènes du social-libéralisme
ni au surmoi révolutionnaire. Une éthique, une verité dans la pratique
démocratique. C'est en me référant, en puisant dans ces idéaux que je me suis
engagé pour DSK. Pour une certaine idée du socialisme, pour faire gagner et
surtout réussir la gauche. Oui Dominique Strauss-Kahn incarne l'espoir mais
aussi l'inventivité, la responsabilité et l'ouverture nécessaires pour
s'attaquer aux inégalités, pour répondre aux besoins de ceux qui souffrent, et
qui aspirent au changement. Pour que la gauche soit capable de dire la verité,
d'être ancré dans la réalité pour transformer la société, profondément,
durablement. Pour "faire en sorte que l'espoir change de camp" face au
libéralisme et au populisme.








and One Dj