Nous sommes, en ce début d'année 2009,
à un moment charnière de la présidence Sarkozy. La tension sociale est
palpable, c'est rien de le dire. La jeunesse hésite entre radicalité et
résignation, un mouvement social massif peut démarrer à la moindre étincelle.
La gauche réformiste est (enfin) entrée dans une opposition frontale au
sarkozysme. Le PS a une nouvelle direction bosseuse et renouvelée, la nouvelle
Première secrétaire s'oppose de façon intelligente et efficace, les contre-vœux
en sont une illustration parmi d'autres. Le PS va objectivement mieux qu'il y a
six mois. Dans ce contexte, la ligne de Ségolène Royal est tout simplement
anachronique et kamikaze. Elle est rentrée dans une stratégie de friction
interne permanente au PS alors que la situation du pays et du monde exige la
mobilisation unitaire de la gauche. Son équipe s'exprime comme en plein Congrès
alors que la phase démocratique interne est terminé depuis longtemps. Son
courant qui devrait être à l'avant garde de la rénovation, mène une bataille
d'arrière garde façon « vieux PS ». Quel décalage par rapport à la
réalité politique et sociale !
C'était à la Mutualité, quelques heures
avant l'investiture de Martine Aubry comme Première secrétaire du PS. La
pénombre, l'éclairage rouge du fond de scène, la rose au poing qui brille, la
salle aux trois quarts vide : l'ambiance est à la fois surréaliste et
intimiste. Dans le groupe de socialistes aubrystes qui s'est formée, « la
belle lilloise » est une militante parmi d'autres. On pourrait la croire
galvanisée par cette victoire qui vient de si loin, mais elle prend la parole
calmement sans triomphalisme, le temps du travail à déjà commencé. Ce moment
est à l'image de la campagne interne qui a durée pratiquement 8 mois :
collective, fraternelle, organisée... une vraie épopée militante en fait malgré
la rudesse du Congrès. D'ailleurs, un débat interne rude ne signifie pas
automatiquement un échec, au contraire : « Il faut avoir un chaos en soi-même
pour accoucher d'une étoile qui danse » comme le disait Nietzsche (et non
Royal ou Jaurès !).
A l'arrivée à Reims c'est un épais
brouillard et la pluie qui étaient au rendez-vous. Au départ c'est un ciel
blanc avec de la bruine. Une météo à l'image du Congrès du PS, pas encore un
grand souffle de changement à gauche mais des éléments rationnels pour y
croire. Bien sûr les échos médiatiques sont très sévères, car pour les
journalistes il n'y avait pas d'alternative : c'était soit le sacre, soit le
massacre de Reims. Ce fut pourtant ni l'un, ni l'autre. Pour reprendre les mots
de conclusion d'Adeline Hazan « Ce Congrès n’a été ni celui d’Epinay, ni celui
de Rennes, juste le Congrès de Reims ». Je reviens pour ma part de ce 75ème
Congrès socialiste avec un certain optimisme, il faudra que cela se confirme
dans les urnes cette semaine.
« C'est le bordel, je ne comprend rien à ce
qui se passe » voila ce que l'on entend le plus souvent dans les bouches
socialistes depuis le vote du 6 novembre. Ce scrutin a démontré l'utilité des
procédures démocratiques internes du PS, ce parti n'est pas encore la SFIO ou
le Parti radical : il bouge. Encore faut-il le bouger dans la bonne direction.
Les portes paroles de l'UMP, Frédéric Lefebvre et Dominique Paillé (la brute et
le truand du sarkozysme), peuvent déverser des torrents de communiqués de
presse insultants sur le PS, la réalité est que la droite ne comprend rien à
cette démocratie interne de parti. Laissons leurs les attributs du bonapartisme
marketing. Mais revenons au vote, selon moi il a des significations claires et
parfois contradictoires. Surtout il impose d'éviter deux impasses pour la suite
du Congrès de Reims : le présidentialisme hystérique et le retour du
hollandisme immobiliste.
Ce Congrès du PS n'est pas si mal engagé
qu'on le dit. Certains sont peut-être un peu gênés par la faiblesse de leur
texte face à la crise du capitalisme et préféraient reporter le Congrès de
Reims, mais le socialisme doit être une analyse implacable du monde actuel et
une méthode réformiste radicale pour le transformer, alors tant pis pour eux.
Bien sûr comme je l'ai déjà dit il y a la plupart du temps une
surpersonnalisation des débats, d'un côté les « Bertrand il est
sympa », « Ségolène elle est fraternelle », « Martine
elle est bosseuse » et de l'autre les « Bertrand il est
cassant », « Ségolène elle est inconsistante », « Martine
elle est dure ». Même l'aile gauche socialiste, soit disant allergique au
présidentialisme, croit avoir trouvée en Benoit Hamon une sorte de Barack Obama
à la française, une dose de pseudo marxisme en plus. J'ai envie de dire que
toutes ces considérations personnelles on s'en fout, l'important étant
l'approche que l'on va choisir pour remettre la gauche au travail et
transformer la société.
Quand on me demande comment va le PS, je
réponds systématiquement par une moue désabusée : « mal ». Soyons
honnêtes depuis l’élection de Nicolas Sarkozy la gauche est lamentable. De ce
point de vue les victoires municipales et sénatoriales sont un bien pour un
mal : elles confortent une baronite électoraliste et donc une opposition
de confort, à minima. Car en réalité les socialistes sont pris en tenaille dans
une double problématique. Celle commune à la gauche européenne, quel projet
socialiste réformiste face au « capitalisme fou » du 21ème
siècle ? Celle spécifique à la gauche française, comment sortir du
présidentialisme destructeur de la 5ème République ? Celui la même qu’a
imposé « de force » François Mitterrand au PS et qui fut fatal à
Lionel Jospin. C’est à cette tenaille que doit remédier le PS au Congrès de
Reims.
Bien sûr cela contrariait beaucoup de
monde qu'elle ait lieu cette réunion des Reconstructeurs. Surtout les deux qui
ne veulent ni de trois motions ni d'un Congrès à quatre roues (avec l'aile
gauche). Alors on a raillé « la troisième force impossible », « les carpes et
des lapins », reste que cela avait de la gueule. Chacun a laissé les vielles
rancœurs à l'entrée (ça devait être une sacrée bagarre dans le vestiaire) et
les nouveaux égos en sourdine. Du coup on a pu débattre collectivement, avec un
bon niveau d'idées. La disposition de la salle faisait que militants comme
caciques étaient écoutés (les médias ont eux seulement entendu Martine Aubry)
sans que cela tourne aux doléances individualistes ou aux discours fleuves des
chefs. Cela a ressemblé au parti tel que l'on voudrait qu'il soit, une agora
d'idées avec un destin forgé par des sensibilités différentes, celui de
construire « une gauche joyeuse » car réaliste et ambitieuse. Espérons que
chacun soit responsable, que cette entreprise de reconstruction continue à son
rythme. Car dans un PS qui parait mourant sur le plan des idées, il y avait de
la vie ce 1er juin boulevard de l'Hôpital.








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