Une écologiste en safari aux derniers jours
d'aout. Eva Joly sort son fusil et tire sans sommation sur deux éléphants
socialistes. La première salve est pour le maire de Paris Bertrand Delanoë à
propos de l'accord passé avec l'UMP sur les emplois fictifs de l'ère Chirac :
« C’est un mauvais deal au très haut niveau qui traduit une fois encore un
mépris de la justice ». La seconde rafale est pour le directeur général du
Fond monétaire international : « Je connais bien Dominique Strauss-Kahn, je
l’ai mis en examen ». Cette boutade, auréolée du prix humour et politique
2010, ne fait pas rire tout le monde. Martine Aubry recadre vertement Cécile
Duflot pour qu'elle tienne Joly. En vain ? « Il faut qu’ils comprennent
qu’elle n’est pas sous tutelle, notamment des appareils Verts ou PS »
clame l'eurodéputé - et proche d'Eva Joly - Yannick Jadot. La mue des Verts en
Europe écologie n'est pas un long fleuve tranquille, ça n'est point un scoop.
Mais le vrai talon d'Achille d'Eva Joly est ailleurs : sa faiblesse en matière
économique et sociale.
Le vert est à nouveau tendance. Alors
qu'il y a encore deux ans les Verts étaient une espèce en voie de disparition
politique, il sont aujourd'hui dans un cycle de régénération depuis leur
éclosion électorale au sein d'Europe écologie (EE) lors des européennes du
printemps dernier (16,28 % simplement à 0,2% du Parti socialiste). Fini les
querelles intestines à n'en plus finir des Verts. Au diable les divisions
historiques du mouvement écologiste entre : associatifs et politiques,
apolitiques et progressistes, réalistes et radicaux. Les écologistes en général
et les Verts en particulier sont sur un petit nuage, qui plane très haut dans
le ciel politique français. Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, nie
toute ébriété électorale prônant « beaucoup de modestie, beaucoup de
responsabilité ». Et les écolos en auront besoin car ils font face à une
véritable quadrature du cercle.
Dans son éditorial du 4 mai 2009 dans Libération,
Laurent Joffrin est limpide: le Parti socialiste doit s’allier avec le MoDem
dans une « grande coalition de l’après sarkozysme ». Cette stratégie en dehors
d’une « combinaison d’appareils », qui intégrerait aussi les gaullistes sociaux
et les écologistes serait la seule à même d’empêcher un second mandat de
Nicolas Sarkozy. Mieux, par l’adoption d’une stratégie verticale peuple contre
élites, en lieu et place d’une opposition horizontale gauche contre droite, on
abattrait le néo-libéralisme chancelant. Le côté « pavé dans le mare » de cet
édito ne doit pas effacer sa principale portée. Le retour anachronique de la
stratégie du radis façon radical-socialisme. Le rouge dehors (l’après Sarkozy,
l’après libéralisme), blanc dedans (le pot-pourri politique, le centrisme).
C'est un matin très froid et humide de
janvier 2008 dans l’Illinois, les températures sont négatives et David Plouffe
comme David Axelrod, têtes pensantes de la campagne d'Obama, sont refroidies.
Le National Journal, vénérable magazine politique américain, vient de publier
sa 27ème étude annuelle sur les parlementaires américains. Le résultat est sans
appel : elle place le sénateur Obama comme le plus à gauche des États-Unis sur
la base de ses votes en 2007. Soi-disant un handicap incompressible pour se
faire élire dans ce pays ou le mot « liberal » (de gauche) est revendiqué par
20 % des américains contre 40 % qui se disent « conservative ». Jusqu'à
l'élection, le staff démocrate a passé sous silence cette étude pour
privilégier à côté du discours de gauche de transformation (« change »), une
image modérée. Cela n’a pas empêché une « landslide victory » d'Obama ce 4
novembre, historique depuis 1976 (pour les démocrates) et depuis 1908 (pour la
participation). Dans ce moment émouvant, la période noire des années Bush
défile en nous. Un cycle ultra-conservateur entamé en 1980 se referme, faire le
changement devient possible. Pourtant il y a toujours cette question
essentielle : qui sera le prochain président américain ? Docteur Barack qui
renouvelle le progressisme américain ou Mister Obama rassembleur centriste
?
La gauche socialiste a longtemps été critiquée
pour son « surmoi marxiste », c'est à dire l'appréhension du
quand-dira-t'on communiste (hier) puis gauchiste (aujourd'hui). Cette peur l'a
souvent conduite à adopter un discours vulgairement et grossièrement marxiste.
Mais depuis l'élection présidentielle et à l'approche des élections municipales
un nouveau surmoi anime la gauche socialiste : « le surmoi
centriste ». La peur du quand dira-t-on centriste, le frétillement devant
l'électeur ou (plus rare) l'élu MoDem. L'adoption d'un discours platement
démocrate et le malaise sur les questions sociales. Ce comportement du PS est
pour le moins curieux. Il courtise un Mouvement Démocrate mal en point sans
même débattre clairement de cette stratégie d'alliance avec le centre.
« C'est en quelque sorte un 3ème tour de
l'élection présidentielle de 2002 » me déclare un camarade. Mais depuis ce
dimanche 22 avril a commençé un « Dallas politique » autour du
positionnement de François Bayrou. Face à notre cher Nicolas Sarkozy, sorte de
JR du néo conservatisme nous avons Ségolène Royal, la Su Ellen du socialisme
réformiste. Toute la question est de savoir si François Bayrou, ira jusqu'à
s'allier avec la famille de la gauche, si il retournera avec la bonne vielle
famille de la droite, ou si (le plus probable) il attendra son heure pour faire
prospérer son Parti démocrate sur les ruines de telle ou telle défaite. Cette
situation et l'habilité de François Bayrou à en jouer ne doit pas occulter la
nécessité du débat démocratique. Le choix entre deux modèles sociétés, le
développement solidaire contre la cassure libérale.
J'ai une vingtaine d'années, je suis engagé à
gauche : j'ai tout pour avoir la rage. Mon premier souvenir politique date de
1995. Je n'ai donc connu que Jacques Chirac comme président, modèle
d'immoralité et d'inconstance politique. Je ne suis pas de la génération
Mitterrand. J'ai toujours entretenu un rapport critique, mélange d'admiration
et de sévérité avec la présidence du socialiste. J'étais trop jeune pour voter
dans les urnes en 2002. J'ai donc voté en marchant dans les rues contre
l'extrême droite. Beaucoup s'est fait dans les mouvements sociaux depuis :
contre le CPE, pour les sans-papiers... Aujourd'hui je veux que nous fassions
gagner le peuple, la gauche et le progrès. Je veux que nous ayons une
présidente socialiste et un parlement de gauche. C'est dans mon coeur. Je veux
que nous battions le néo conservatisme et l'immobilisme, que nous rejetions
l'extrême droite dans les cordes de l'histoire. C'est dans mes tripes.
Il existe depuis quelques
semaines un nouveau jeu électoral, l'île de la tentation centriste. Avec comme
unique tentateur François Bayrou, qui veut faire gouter au dépucelage centriste
et démocrate-chrétien. Les couples voulant aller sur l'île ne sont pas issus de
la droite et du centre comme se fut le cas pendant longtemps. Ce sont des
électeurs, des sympathisants voir des militants en couple depuis quelques
années voir toujours avec la gauche socialiste. Mais cette tentation à bien
lieu sur une île coupé de toute réalité politique concernant le centrisme et de
toute responsabilité politique concernant la gauche.





