Les critiques sont aussi violentes à
l'égard de Barack Obama que les louanges furent excessives. L'Obama-bashing a
en quelque sorte suppléé l'Obamamania dans les élites médiatiques de l'autre
coté de l'Atlantique - comme de ce côté ci d'ailleurs. Les bénéficiaires de ce
caricatural retournage de veste sont tout trouvés : les plus extrémistes des
conservateurs américains qui a défaut d'être les plus nombreux s'avèrent les
plus virulents, le mouvement Tea Party contre la couverture maladie universelle
en a fait l'éclatante démonstration. Les nantis capitalistes de Wall
Street se réjouissent aussi de cette période de turbulences pour
l'administration démocrate, ils gagnent un temps précieux et peuvent ainsi
intensifier leur lobbying au Sénat, à la Chambre des représentants et à la
Maison Blanche. Indéniablement ce premier discours sur l'état de l'Union devant
les deux chambres réunies au Capitol arrivait à point nommé pour un orateur
aussi brillant et politique que Barack Obama. A l'écoute de cette adresse au
peuple américain, force est de constater que la volonté de changer les
États-Unis est toujours la.
Toute la spécificité de Barack Obama est
la. Il « est » l'histoire avant même de l'écrire. Ainsi il devient prix Nobel
de la paix 9 mois à peine après sa prise de fonction. Une distinction non pas à
postériori, mais à priori « pour ses efforts extraordinaires en faveur du
renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les
peuples ». Une récompense pour sa vision du monde et un appel à l'action bien
plus qu'une consécration. Déjà son élection en novembre 2008 était un tournant
historique surprenant. Fin symbolique du racisme qui a marqué l'histoire
étasunienne, de l'esclavage jusqu'à la relégation sociale en passant par la
ségrégation raciale. Bannissement du néo-conservatrice de Bush fils qui a
souillé à jamais la face du monde. Renouvèlement du progressisme étasunien plus
en phase avec l'Amérique admirée des idéaux révolutionnaires de 1776.
« La campagne pour réformer le système de
santé en 2009 est le plus grand test pour notre mouvement depuis les dernières
élections ». Barack Obama mobilise avec vigueur ses troupes pour ce qui
s'annonce (déjà) comme le moment crucial de son mandat. Les 46 millions
d'américains qui sont dépourvus de couverture médicale attendent cette réforme
depuis 15 ans. En effet, Hillary Clinton mandatée par Bill Clinton pour
réformer le système de santé en 1993, avait dû céder face au harcèlement
incessant des lobbys pharmaceutiques et assurantiels dès 1994. La gauche
étasunienne va donc sans doute mener sa plus grande bataille politique depuis
la fin du mouvement des droits civiques en 1968. Les républicains, les lobbys
aiguisent leurs armes criant déjà « Non au socialisme ».
En huit semaines, même pas un printemps, le
monde a basculé dans la peur-panique quant à l'éventualité d'une pandémie
massive et historique causée par la grippe A. Communiqués officiels alarmistes,
décisions politiques radicales, tourbillons médiatiques, ruées sur les boîtes
de Tamiflu. Le contraste est saisissant avec des chiffres faisant état d'une
propagation « modeste » deux mois après le premier cas avéré de grippe A au
Mexique : 22 000 cas confirmés dans 65 pays de par le monde et 125 décès sur
l'ensemble du globe selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En France
on compte 58 cas avérés d'après l'Institut de veille sanitaire (IVS). La
question de la réalité et de la dangerosité de cette pandémie est donc
clairement posée.
Raul Solis et Juana Sequeira-Solis forment
un souriant couple de retraités. Lui est originaire du Mexique, elle du
Nicaragua. Tous deux ont émigrés aux États-Unis, ou ils se sont rencontrés puis
mariés en 1953. Ils ont longuement travaillés comme ouvriers, lui dans une
usine de recyclage, elle sur les chaînes de montage de Mattel. Très engagés
dans les syndicats Teamsters et United Rubber Workers, ils n'ont jamais cessé
de croire en une Amérique plus juste et généreuse. Alors quand Barack Obama et
son administration rentrent à la Maison Blanche ce 20 janvier 2009, ils sont
très émus. Doublement émus même, car leur fille Hilda Solis devient à 51 ans la
secrétaire au Travail des États-Unis d’Amérique.
C'est un matin très froid et humide de
janvier 2008 dans l’Illinois, les températures sont négatives et David Plouffe
comme David Axelrod, têtes pensantes de la campagne d'Obama, sont refroidies.
Le National Journal, vénérable magazine politique américain, vient de publier
sa 27ème étude annuelle sur les parlementaires américains. Le résultat est sans
appel : elle place le sénateur Obama comme le plus à gauche des États-Unis sur
la base de ses votes en 2007. Soi-disant un handicap incompressible pour se
faire élire dans ce pays ou le mot « liberal » (de gauche) est revendiqué par
20 % des américains contre 40 % qui se disent « conservative ». Jusqu'à
l'élection, le staff démocrate a passé sous silence cette étude pour
privilégier à côté du discours de gauche de transformation (« change »), une
image modérée. Cela n’a pas empêché une « landslide victory » d'Obama ce 4
novembre, historique depuis 1976 (pour les démocrates) et depuis 1908 (pour la
participation). Dans ce moment émouvant, la période noire des années Bush
défile en nous. Un cycle ultra-conservateur entamé en 1980 se referme, faire le
changement devient possible. Pourtant il y a toujours cette question
essentielle : qui sera le prochain président américain ? Docteur Barack qui
renouvelle le progressisme américain ou Mister Obama rassembleur centriste
?
Étrange sensation que celle de voter par
anticipation, 21 jours avant la « big election night ». La règle est simple :
l'enveloppe contenant le bulletin de vote doit arriver avant la fermeture de
son bureau de vote référant aux États-Unis le 4 novembre. 30% des américains
auraient optés pour ce mode de vote en avance. Avec des sondages aujourd'hui
très favorables à Obama, il y a de quoi encore creuser le trou dans lequel
s'enfonce le ticket Palin-McCain. Rétrospectivement on peut diviser la campagne
du démocrate en 3 phases : l'outsider fascinant (février 2007 - janvier 2008),
l'icône politique (février 2008 - août 2008) et le régulateur crédible
(septembre 2008 - novembre 2008). C'est bien sûr la transition entre la phase 2
et 3 qui fut la plus délicate pour le canidat progressiste. Aprés cette longue
campagne, ces 1,36 milliards de dollars levés, ces arguments valeureux comme
crasseux échangés, tout a été dit. Les américians vont voter plus informés que
jamais, surinformés même. Les États-Unis sont à la veille d'un point de rupture
de leur histoire. Les démocrates peuvent obtenir une « landslide victory »
inédite qui changerait à coup sûr la face du pays (avec toutes les difficultés
et désillusions que cela implique). En perdant ils pourraient aussi enfoncer
les USA dans une crise totale (un pays « qui vire au noir » selon l’économiste
Paul Krugman), l'une des plus graves depuis 1776. A chacun d'être
responsable.
Le système politique américain si complexe
est simple dans au moins un domaine : les partis. Le bipartisme fonctionne à
fond, avec depuis les années 1890 un Parti démocrate grosso-modo progressiste
contre un Parti républicain clairement conservateur. Ce schéma joue toujours
pleinement en 2008, avec une présidentielle opposant Barack Obama à John
McCain. Pourtant revient régulièrement le spectre d'un troisième candidat
brouillant le duel classique. Le dernier en date fut Ralph Nader, qui en 2000
avec un fond politique contestataire, ancré à gauche et écologiste avait tout
de même rassemblé 2,7% des suffrages et près de 3 millions de voix. Assez pour
qu'après l'entourloupe anti-démocratique de la Floride le camp démocrate d'Al
Gore crie à la trahison. Alors qui sont les « petits candidats » les plus
significatifs en 2008 ? Pourquoi une véritable triangulaire est peu probable le
4 novembre ?





