En huit semaines, même pas un printemps, le
monde a basculé dans la peur-panique quant à l'éventualité d'une pandémie
massive et historique causée par la grippe A. Communiqués officiels alarmistes,
décisions politiques radicales, tourbillons médiatiques, ruées sur les boîtes
de Tamiflu. Le contraste est saisissant avec des chiffres faisant état d'une
propagation « modeste » deux mois après le premier cas avéré de grippe A au
Mexique : 22 000 cas confirmés dans 65 pays de par le monde et 125 décès sur
l'ensemble du globe selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En France
on compte 58 cas avérés d'après l'Institut de veille sanitaire (IVS). La
question de la réalité et de la dangerosité de cette pandémie est donc
clairement posée.
Bien sûr le président Sarkozy, avec sa
vulgarité habituelle, en fait (tactiquement) des tonnes sur la libération
d'Ingrid Betancourt, pour eclipser les sujets qui fâchent. Assurément le
président Uribe sera conforté dans sa politique musclée à l'égard des FARC
alors que c'est une opération plutôt fine (du moins en apparence) qui a permis
la libération de l'otage franco-colombienne. A coup sûr, nous assistons à un
déferlement médiatique ou certains sont plus proche du voyeurisme exécrable que
du journalisme. Mais quelque part on s'en fout complètement, car quel
enthousiasme de voir Ingrid Betancourt libre ! Sa lucidité sur l'horreur
humaine absolue qu'elle a vécu, sa connaissance aigue des implications
diplomatiques de sa libération, sa pugnacité étonnante quand à l'avenir
politique colombienne, sont autant d'indices de la grandeur de cette femme
politique. Il y a six mois lors de la libération de Clara Rojas nous rêvions
tous que Ingrid Betancourt « (...) citoyenne d'honneur de Paris puisse de
nouveau arpenter les rues de cette ville symbole de la liberté ». C'est
aujourd'hui une réalité.
Le
triomphe de Silvio Berlusconi en Italie démontre à qui ne voulait pas
l'entendre que la gauche européenne est malade. Majoritairement dans
l'opposition au sein de l'Union européenne, elle oscille entre attitude
défensive, timidité et renoncement, même la ou elle est au pouvoir. Tout
l'inverse d'une Amérique du Sud quasi intégralement rose-rouge aujourd'hui. Que
de chemin parcouru depuis les années 1970 ou les opposants progressistes aux
régimes autoritaires latino-américains venaient se réfugier chez leurs
camarades européens. La victoire de Fernando Lugo au Paraguay est une
excellente nouvelle pour la gauche mondiale, et quand on voit en action les
Sarkozy, Blocher et autre Berlusconi en Europe on aurait presque envie d'aller
se réfugier à notre tour en Amérique du Sud.
Quelle est l'identité politique de
Ségolène Royal ? L'idée est répandu depuis les primaires socialistes de 2006
qu'elle n'en n'aurait pas vraiment, parfois par machisme. Il est vrai que
l'utilisation à des fins politiques de sa vie privée, les annonces plus ou
moins agaçantes de l'ancienne candidate PS aux présidentielles ont brouillés
les pistes. Le « royalisme » ou le « ségolénisme » est
complexe, parfois difficile à cerner, comme le démontre les 10 questions
adressés aux militants socialistes. Mais cela constitue bien un corpus
idéologique. Si on devait résumer cette identité politique en un mot je
retiendrais volontiers le terme de « péronisme à la française »
qu'ont utilisé en premiers les socialistes Pierre Kanuty et Jean-Christophe
Cambadélis. Il existe en effet de nombreux points communs entre le péronisme
argentin et le socialisme façon Ségolène Royal.
A force de voir ces affiches sur les murs des
villes, ces photos dans les journaux, ces vidéos sur les écrans de télévision,
on a la triste impression que même en image Ingrid Betancourt n'est plus libre
et après tant d'années on a du mal à l'imaginer autrement que figée,
emprisonnée... Dans la dernière vidéo ou on l'aperçoit, on dirait que le temps,
que l'humanité s'est arrêté dans un coin de la jungle colombienne. Alors la
libération de Clara Rojas, les images de ses retrouvailles avec ses proches, le
simple fait de la voir bouger et parler en toute liberté est un formidable
espoir et ouvre la possibilité qu'un jour Ingrid Betancourt, elle aussi, soit
libre. La possibilité qu'un jour cette citoyenne d'honneur de Paris puisse de
nouveau arpenter les rues de cette ville symbole de la liberté. La mobilisation
internationale pour qu'un accord humanitaire se fasse entre le gouvernement
colombien et les FARC pour la libération d'un plus grand nombre possible
d'otages colombiens dont Ingrid Betancourt doit continuer. La discussion et la
négociation, d'où qu'elle vienne, doit être encouragée contre une fermeté et
des coups de force qui seraient fatales à la liberté (
« Ce
qui est rétrograde c’est qu’une seule personne gagne 100 milliards de dollars
pendant que 1,3 milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour
». Luiz Inácio da Silva est au premier Forum Social Mondial en 2001, la scène
est à la fois surréaliste et chaleureuse… C’est une sortie agité et médiatisé
de l’enceinte de Porto Allegre. Les protagonistes sont en sueur, Lula est
combattif et pugnace tandis que les journalistes l’interview avec pertinence et
fascination. Le propos est net, la formule est bien trouvée, ses qualités de
tribuns hérités de son militantisme syndical sont à l’œuvre. C’est déjà un
homme politique aguerri et fascinant pour la foule compact qui l’entoure. Mais
personne présent ce jour la n’imagine les soubresauts et les convulsions qui
accompagneront Lula et le Parti des Travailleurs (PT) dans l’exercice du
pouvoir. Une expérience entre consécration et désillusion qui renvoie aux
exigences sociales, démocratiques et éthiques qui doivent accompagner toute
force de gauche quand elle prend des responsabilités politiques.
« L'histoire est à nous,
c'est le peuple qui la fait » avait dit Salvador Allende. Dans un monde qui
donne souvent matière au pessimisme l’élection de la socialiste Michelle
Bachelet à la présidence du Chili fait naître un vent d’optimisme pour ce pays
et renforce la vague rose du changement qui balaye l'Amérique du Sud. En
témoigne la récente élection de Evo Morales leader du Mouvement vers le
Socialisme (MAS) à la tête de la Bolivie. C’est ici un grand élan populaire
pour plus de solidarité et d'équité qui se concrétise. Mais c’est aussi un
renouvellement démocratique et une victoire historique de la gauche chilienne
sur le souvenir et l’histoire de la dictature Pinochiste.





