Combattre le néo-libéralisme par l'absurde, tel
est le leitmotiv des Yes Men. Il y a chez Andy Bichlbaum et Mike Bonannodu de
la candeur militante à la manière d'un Michael Moore, du burlesque visuel façon
Jacques Tati, de l'inventivité loufoque dans le veine du professeur Tournesol.
Le principe de ces deux trublions est simple : monter de faux sites internet de
multinationales (Dow Chemicals, Halliburton, Exxon Mobil) pour se faire inviter
dans les médias ou à de prestigieuses conférences. Vient ensuite le canular,
sur le mode du discours trop beau pour être vrai ou de présentations ubuesques
très « visuelles ». Les assistances biberonnées à la recherche du profit n'y
voient que du feu. Le voile tombe, découvrant un cynisme total. A l'image de ce
représentant d'une banque filmé en caméra caché après un canular : « Quoi que
l'on fasse cela va couter des vies. Mais si cela rapporte de l'argent c'est
acceptable ». Devant les péripéties des Yes Men on est plié de rire, révolté
mais aussi revigoré. Le plafond de verre indestructible du tout marché vole en
milles morceaux, le néo-libéralisme apparait alors pour ce qu'il est :
absurde.
L'édition 2009 du Forum social mondial (FSM) qui a
eu lieu à Belém au Brésil aura démontrée au moins deux choses. D'abord, que
c'est bien en Amérique latine que la gauche se façonne en ce début de 21ème
siècle. A l'image du débat final du Forum réunissant le « club des
5 » de la gauche sud-américaine (Lula, Chávez, Morales, Correa, Lugo).
Ensuite, que l'altermondialisme est encore vivace sur le plan international. Le
nombre élevé de participants (135 000) témoigne d'une vraie réussite en
comparaison du terne Forum économique de Davos. Difficile de prolonger ce
constat à la France, qui fut pourtant le berceau du terme altermondialise (par
le biais d'ATTAC notamment). Le rouge des altermondialistes français est
aujourd'hui bien palot. Au lendemain du 29 mai 2005, ils contestaient le
leadership idéologique, politique du PS sur sa gauche, ils aimantaient une
gauche radicale (communiste, trotskiste, écologiste) en mal d'unité. C'était il
y a une éternité.
Le Parti communiste à bien changé et on ne s'en rend pas compte. La
candidate Marie-George Buffet se définit comme celle de la gauche populaire et
antilibérale, le terme communiste n'est que peu présent.. Le rouge typographié,
le souffle des affiches d'hier à laissé place à la multiplicité des couleurs et
à un côté réaliste, proche du peuple (qui allait de soit auparavant). Se ne
sont pas seuls des communistes qui ont fait le programme mais aussi "des
socialistes, des associatifs, des écologistes" disent les tracts. La lutte des
classes, la dictature du prolétariat a laissé place à la lutte (légitime)
contre le libéralisme, à la sauvergarde du communisme municipal et
parlementaire. Le contraste est vif entre les troskistes et les socialistes qui
ont connu le grand PCF hégémonique à gauche et nous qui voyons ce parti au
mieux comme un simple allié, au pire comme une nostalgie pereclitante. Oui le
Parti communiste à bien changé mais la question est arrivera t'il à se
transformer ?
Depuis bientôt un an,
un nouvel ensemble politique a fait son apparition la gauche dite
"antilibérale". Dénomination portée par ceux qui la compose et reprise comme
norme étymologique par l'ensemble des médias. L'origine du terme est
l'altermondialisme qui dénonce (à juste titre) le néolibéralisme mondialisé.
L'acte fondateur est la victoire du Non au référendum qui délimiterait une
tranchée entre la gauche antilibérale et le reste de la gauche qui serait
social-libérale. Or la vérité est que ce terme de gauche "antilibérale" est
totalement faux comme inadapté pour définir cette autre gauche. L'étude des
forces politiques qui la compose, des idées qui l'anime et de la réalité
politique de la gauche le démontre pleinement.
« Ce
qui est rétrograde c’est qu’une seule personne gagne 100 milliards de dollars
pendant que 1,3 milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour
». Luiz Inácio da Silva est au premier Forum Social Mondial en 2001, la scène
est à la fois surréaliste et chaleureuse… C’est une sortie agité et médiatisé
de l’enceinte de Porto Allegre. Les protagonistes sont en sueur, Lula est
combattif et pugnace tandis que les journalistes l’interview avec pertinence et
fascination. Le propos est net, la formule est bien trouvée, ses qualités de
tribuns hérités de son militantisme syndical sont à l’œuvre. C’est déjà un
homme politique aguerri et fascinant pour la foule compact qui l’entoure. Mais
personne présent ce jour la n’imagine les soubresauts et les convulsions qui
accompagneront Lula et le Parti des Travailleurs (PT) dans l’exercice du
pouvoir. Une expérience entre consécration et désillusion qui renvoie aux
exigences sociales, démocratiques et éthiques qui doivent accompagner toute
force de gauche quand elle prend des responsabilités politiques.
La première
image choquante de ce 29 mai 2005 ne fut pas la joie des partisans du non à
l’annonce de cette victoire (réaction compréhensible) mais les drapeaux
français qui volaient chez les partisans de la droite souverainiste comme chez
les tenants du non de gauche. Les premiers mots qu’a eut Monsieur Emmanuelli
étaient « nation » et « France » mais n’est ce pas de l’Europe dont il
s’agissait ? C’est une lourde responsabilité qu’ont prit les partisans du non
de gauche en disant qu’on pouvait renégocier mieux, qu’on pouvait renégocier
plus progressiste. C’est une lourde responsabilité que vous avez prit face à la
gauche européenne, face au monde et face à l’histoire. Tout en prenant acte que
la ratification du traité continue en Europe il faut bien noter à quel point ce
vote massif contre le traité constitutionnel peut être porteur de désillusions
ou de fausses illusions quand à l’avenir de l’Union.





