La campagne électorale pour l'élection
présidentielle de 2012 est lancée... de l'autre côté de l'Atlantique. Par un
courriel adressé à son réseau de supporters, Barack Obama a sobrement annoncé
qu'il briguait un second mandat de président des États-Unis d'Amérique
« Aujourd'hui nous remplissons les formulaires pour lancer notre
campagne de 2012 ». L'argument avancé est celui de l’œuvre politique
inachevée « Nous avons toujours su qu'un changement durable ne serait
ni rapide, ni facile. Ce n'est jamais le cas ». Pour l'heure, les
militants démocrates ne doivent pas (encore) sortir le carnet de chèques. Mais
cela ne saurait tarder dans un contexte politique très clintonien. Du moins en
apparences.
10 Juin 1998, Clairefontaine, avant veille du
premier match des bleus à la Coupe du monde. Aimé Jacquet, alors coach très
décrié de l'équipe de France de football, délivre sa causerie d'avant match.
Tel un père s'adressant à son fils, il interpelle Robert Pirès :
« Muscle ton jeu ! muscle ton jeu Robert ! ». Le futur
joueur de l'OM, bien que très technique, est trop peu physique au milieu d'une
cohorte de joueurs évoluant dans le calcio italien (Blanc, Boghossian, Candela,
Desailly, Deschamps, Djorkaeff, Thuram, Zidane). Jacquet renchérit :
« Si tu ne muscles pas ton jeu, fait attention. Je t'assure, tu vas
voir, tu vas avoir des déconvenues par ce que tu es trop gentil ». Un
avertissement qui pourrait s'adresser à Dominique Strauss-Kahn, actuel meneur
de jeu du Fonds monétaire international (FMI) et hypothétique attaquant de
pointe du Parti socialiste (PS).
Une écologiste en safari aux derniers jours
d'aout. Eva Joly sort son fusil et tire sans sommation sur deux éléphants
socialistes. La première salve est pour le maire de Paris Bertrand Delanoë à
propos de l'accord passé avec l'UMP sur les emplois fictifs de l'ère Chirac :
« C’est un mauvais deal au très haut niveau qui traduit une fois encore un
mépris de la justice ». La seconde rafale est pour le directeur général du
Fond monétaire international : « Je connais bien Dominique Strauss-Kahn, je
l’ai mis en examen ». Cette boutade, auréolée du prix humour et politique
2010, ne fait pas rire tout le monde. Martine Aubry recadre vertement Cécile
Duflot pour qu'elle tienne Joly. En vain ? « Il faut qu’ils comprennent
qu’elle n’est pas sous tutelle, notamment des appareils Verts ou PS »
clame l'eurodéputé - et proche d'Eva Joly - Yannick Jadot. La mue des Verts en
Europe écologie n'est pas un long fleuve tranquille, ça n'est point un scoop.
Mais le vrai talon d'Achille d'Eva Joly est ailleurs : sa faiblesse en matière
économique et sociale.
Séducteur, Dominique Strauss-Kahn l'a toujours
été. Dans tous les sens du terme. Charismatique et brillant sur le plan
intellectuel, indéniablement DSK l'est. L'anecdote raconte qu'en 1996 il
inventa pour la gauche les 35 heures et les emplois jeunes... sur un coin de
table. En 2002 il publia La Flamme et la Cendre, aggiornamento
socialiste le plus bandant de ce début 21e siècle - qui a d'ailleurs motivé
l'engagement de nombreux strauss-kahniens. L'ancien pilier de la dream team de
Lionel Jospin surfe sur des vagues de sondages outrancièrement favorables.
Pourtant Kahn do pourrait bien boire la tasse lors de la session présidentielle
de 2012. En cause, son éloignement des messes basses du PS, son positionnement
politique et son déficit de fibre populaire.
L'homme de gauche ne déteste pas
Dominique de Villepin. Il éprouve une vielle empathie pour l'ancien ministre
des Affaires étrangères. Elle est née le 14 février 2003 dans l'enceinte
guindée du Conseil de sécurité de l'ONU. Ce jour la, l'éloquence chevaleresque
de Galouzeau de Villepin fit mouche face aux velléités pétrolo-guerrières de
Bush fils en Irak : « Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les
gardiens d'un idéal, nous sommes les gardiens d'une conscience. La lourde
responsabilité et l'immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à
donner la priorité au désarmement dans la paix ». Derrière la vulgate
gaulliste anachronique, le plaidoyer pacifiste et multilatéraliste ne pouvait
que plaire à l'homme de gauche. Une empathie encore amplifiée par la haine d'un
Nicolas Sarkozy voulant pendre Villepin « à un crochet de boucher ».
C'est oublié la vie et l'œuvre de Dominique de Villepin, qui n'ont rien de
progressiste ou de morale.








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