Le lion du Sénat
est mort. Ted Edward Kennedy, frère de John et de Robert, est mort à l'âge de
77 ans d'une tumeur du cerveau près d'un demi siècle après sa première élection
au Sénat des États-Unis d'Amérique. Quand « Teddy » est élu en 1962 comme
sénateur du Massachusetts, John Fitzgerald Kennedy est à la Maison Blanche
depuis un an et lance la conquête spatiale par son discours « Nous avons choisi
d'aller sur la lune ». L'Amérique est encore largement ségrégationniste et
raciste, même si le mouvement des droits civiques emmené par Martin Luther King
obtient ses première victoires. JFK renforce l'engagement militaire étasunien
dans la guerre du Viêt Nam, semant les graines du pacifisme étudiant et la
nouvelle gauche des années 1970. Quand Ted Kennedy décède en 2009, les USA ont
un président métisse progressiste, veulent retourner sur la Lune pour un jour
marcher sur Mars et se désengagent du « nouveau Viêt Nam » irakien. Entre ces
deux dates, 46 ans de lutte pour la justice sociale et contre la pauvreté.
Lance Armstrong n'a jamais caché son
appétit politique. En 2005, il déclarait au magazine Outside, dédié aux
activités en plein-air, ses ambitions pour le Texas : « peut-être que je
me présenterais pour devenir Gouverneur ». Le manoir du Gouverneur lui
plaît même beaucoup : « (…) c'est vraiment un beau manoir. Un bel endroit, une
belle maison ». Pas de second degré. Une cupidité assumée. Pour son retour
sur le Tour de France le texan a été tout aussi clair : « J’ai décidé de
revenir au cyclisme dans le but de sensibiliser l’opinion publique au fléau du
cancer ». Sa piqûre de rappel sur le circuit professionnel en 2009 ? Un
marche-pied pour la promotion millimétrée de Livestrong, son association
controversée de lutte contre le cancer. Son ONG, son Texas natal, deux piliers
d'un même appétit frénétique pour la politique.
« La campagne pour réformer le système de
santé en 2009 est le plus grand test pour notre mouvement depuis les dernières
élections ». Barack Obama mobilise avec vigueur ses troupes pour ce qui
s'annonce (déjà) comme le moment crucial de son mandat. Les 46 millions
d'américains qui sont dépourvus de couverture médicale attendent cette réforme
depuis 15 ans. En effet, Hillary Clinton mandatée par Bill Clinton pour
réformer le système de santé en 1993, avait dû céder face au harcèlement
incessant des lobbys pharmaceutiques et assurantiels dès 1994. La gauche
étasunienne va donc sans doute mener sa plus grande bataille politique depuis
la fin du mouvement des droits civiques en 1968. Les républicains, les lobbys
aiguisent leurs armes criant déjà « Non au socialisme ».
Raul Solis et Juana Sequeira-Solis forment
un souriant couple de retraités. Lui est originaire du Mexique, elle du
Nicaragua. Tous deux ont émigrés aux États-Unis, ou ils se sont rencontrés puis
mariés en 1953. Ils ont longuement travaillés comme ouvriers, lui dans une
usine de recyclage, elle sur les chaînes de montage de Mattel. Très engagés
dans les syndicats Teamsters et United Rubber Workers, ils n'ont jamais cessé
de croire en une Amérique plus juste et généreuse. Alors quand Barack Obama et
son administration rentrent à la Maison Blanche ce 20 janvier 2009, ils sont
très émus. Doublement émus même, car leur fille Hilda Solis devient à 51 ans la
secrétaire au Travail des États-Unis d’Amérique.
« Les fondamentaux des républicains sont
tels, qu'ils ont 20 ans de victoires devant eux ». Voila ce que l'on pouvait
entendre, de la part de nombreux commentateurs, au lendemain de la réélection
de Bush contre Kerry en 2004. On mesure ainsi le chemin parcouru par Obama et
les démocrates depuis. Mais alors que le monde entier se penche sur l'équipe et
la politique du nouveau président, il est pertinent de regarder du côté des
battus : la droite républicaine. Il faut reconnaitre que McCain fut tout en
dignité dans la défaite, contrastant avec une campagne dure et populiste (merci
Sarah Palin). Les « robot calls » annonçant le soutien de Fidel Castro à Obama
la veille du vote resteront dans les anales de l'histoire américaine. Mais
finalement le plus alarmant pour les républicains c'est que même en choisissant
le candidat le plus apte à capter les indépendants, le plus critique des années
Bush, ils ont subit une lourde défaite. Après cette débâcle en 2008, avec le
fiasco du néo-conservatisme, quelle nouvelle synthèse idéologique peuvent
choisir les républicains ?
C'est un matin très froid et humide de
janvier 2008 dans l’Illinois, les températures sont négatives et David Plouffe
comme David Axelrod, têtes pensantes de la campagne d'Obama, sont refroidies.
Le National Journal, vénérable magazine politique américain, vient de publier
sa 27ème étude annuelle sur les parlementaires américains. Le résultat est sans
appel : elle place le sénateur Obama comme le plus à gauche des États-Unis sur
la base de ses votes en 2007. Soi-disant un handicap incompressible pour se
faire élire dans ce pays ou le mot « liberal » (de gauche) est revendiqué par
20 % des américains contre 40 % qui se disent « conservative ». Jusqu'à
l'élection, le staff démocrate a passé sous silence cette étude pour
privilégier à côté du discours de gauche de transformation (« change »), une
image modérée. Cela n’a pas empêché une « landslide victory » d'Obama ce 4
novembre, historique depuis 1976 (pour les démocrates) et depuis 1908 (pour la
participation). Dans ce moment émouvant, la période noire des années Bush
défile en nous. Un cycle ultra-conservateur entamé en 1980 se referme, faire le
changement devient possible. Pourtant il y a toujours cette question
essentielle : qui sera le prochain président américain ? Docteur Barack qui
renouvelle le progressisme américain ou Mister Obama rassembleur centriste
?
Étrange sensation que celle de voter par
anticipation, 21 jours avant la « big election night ». La règle est simple :
l'enveloppe contenant le bulletin de vote doit arriver avant la fermeture de
son bureau de vote référant aux États-Unis le 4 novembre. 30% des américains
auraient optés pour ce mode de vote en avance. Avec des sondages aujourd'hui
très favorables à Obama, il y a de quoi encore creuser le trou dans lequel
s'enfonce le ticket Palin-McCain. Rétrospectivement on peut diviser la campagne
du démocrate en 3 phases : l'outsider fascinant (février 2007 - janvier 2008),
l'icône politique (février 2008 - août 2008) et le régulateur crédible
(septembre 2008 - novembre 2008). C'est bien sûr la transition entre la phase 2
et 3 qui fut la plus délicate pour le canidat progressiste. Aprés cette longue
campagne, ces 1,36 milliards de dollars levés, ces arguments valeureux comme
crasseux échangés, tout a été dit. Les américians vont voter plus informés que
jamais, surinformés même. Les États-Unis sont à la veille d'un point de rupture
de leur histoire. Les démocrates peuvent obtenir une « landslide victory »
inédite qui changerait à coup sûr la face du pays (avec toutes les difficultés
et désillusions que cela implique). En perdant ils pourraient aussi enfoncer
les USA dans une crise totale (un pays « qui vire au noir » selon l’économiste
Paul Krugman), l'une des plus graves depuis 1776. A chacun d'être
responsable.
C'est une anecdote qui concerne l'ancien
président du Sénat français Christian Poncelet. Âgé de 80 ans, ses
collaborateurs étaient obliger d'écrire mot pour mot ce qu'il devait dire pour
n'importe laquelle de ses interventions publiques, fut-elle banale. Sarah Palin
a elle 44 ans et dans le débat des « VP » qui l'a opposé à John Biden
elle a répété mot pour mot ce qu'elle avait apprit par cœur et écrit pendant
des jours dans un ranch avec l'équipe de campagne McCain. Selon moi 80-90% de
ce qu'elle a dit était exactement écrit noir sur blanc auparavant, et pour un
débat qui a duré 90 minutes c'est d'une certaine façon une performance de
mémorisation (avec l'aide de fiches). Pendant qu'elle parle, pas un regard pour
Biden ni pour la présentatrice Gwen Ifill, Palin est rivée vers la caméra telle
une bonne élève qui récite son texte. C'est donc une Sarah Palin lissée,
amputée de ses (grosses) lacunes mais aussi de ses qualités pour l'électorat
mid-west conservateur. Le but était pour l'équipe de McCain de ne pas sombrer à
défaut de ne pouvoir faire match nul, encore moins de gagner ce débat.





