
Si vous posez votre popotin sur un siège de
cinéma - plus ou moins confortable -, dans une salle d'art et d'essai, vous
pourriez avoir le privilège de voir le logo Europa cinemas apparaître
à l'écran. Créé en 1992, sur les deniers des Mesures pour encourager le
développement de l'industrie audiovisuelle (programme MEDIA), Europa
cinemas est le premier réseau de salles à programmer majoritairement des
films européens. Impulsé de France, présidé par le réalisateur français Claude
Miller, il s'étend aujourd’hui bien au-delà des frontières de l'Union
européenne. Aujourd'hui, il intègre des salles obscures des Balkans (Albanie,
Bosnie- Herzégovine, Serbie, Macédoine...) ou même du Caucase (Arménie,
Géorgie...). 45 pays en tout. Vers l'infini et au-delà ! Avec même des
ramifications spécifiques qui naissent en Asie ou en Méditerranée.
18,7 millions d'articles en ligne, 29
millions d'utilisateurs inscrits, 281 langues utilisées (anglais, allemand et
français en tête), 7e site le plus fréquenté au monde. Voilà la carte de visite
de l'encyclopédie universelle et collaborative Wikipédia - wiki
signifiant "rapide" en hawaïen - créée il y a un peu plus de dix ans, le 15
janvier 2001. Derrière ces chiffres, une aspiration et une illusion millénaire
pour l'homme, celle de la connaissance universelle. « L'âme de l'homme est
faite pour embrasser dans sa pensée toutes les œuvres que le principe des
choses a laissé sortir hors de son sein », énonçait Louis-Claude de
Saint-Martin, penseur français du XVIIIe siècle, autoproclamé le "philosophe
inconnu" !
La campagne électorale pour l'élection
présidentielle de 2012 est lancée... de l'autre côté de l'Atlantique. Par un
courriel adressé à son réseau de supporters, Barack Obama a sobrement annoncé
qu'il briguait un second mandat de président des États-Unis d'Amérique
« Aujourd'hui nous remplissons les formulaires pour lancer notre campagne
de 2012 ». L'argument avancé est celui de l’œuvre politique inachevée
« Nous avons toujours su qu'un changement durable ne serait ni rapide, ni
facile. Ce n'est jamais le cas ». Pour l'heure, les militants démocrates ne
doivent pas (encore) sortir le carnet de chèques. Mais cela ne saurait tarder
dans un contexte politique très clintonien. Du moins en apparences.
Novembre 2008 - novembre 2010. Deux ans
déjà. Deux ans pendant lesquelles l'Amérique est apparue tour à tour réfléchie,
progressiste et admirable (Barack Obama) puis gougnafiasse, réactionnaire et
détestable (le mouvement Tea Party). Une dichotomie qui devait tourner
à un affrontement politique inédit à l'occasion de ces élections de mi-mandat
cuvée 2010. En réalité le résultat de ce scrutin s'avère cruellement banal pour
Obama. L'administration en place a été sanctionnée : midterms as
usual. Rappellons que lors des échéances électorales de 1994 la
"révolution républicaine" frappa de plein fouet Bill Clinton - perte des deux
chambres au Congrès - ce qui ne l'empêcha pas d'être (très) confortablement
réélu en 1996. Les excès et les approximations des commentateurs des deux côtés
de l'océan Atlantique - "La Claque" - a titré Libération le 4 novembre dernier
- ne sont que le retour des balancier des louanges outrancières qui
accompagnèrent l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche. Les vraies leçons
sont autres.
Les critiques sont aussi violentes à
l'égard de Barack Obama que les louanges furent excessives. L'Obama-bashing a
en quelque sorte suppléé l'Obamamania dans les élites médiatiques de l'autre
coté de l'Atlantique - comme de ce côté ci d'ailleurs. Les bénéficiaires de ce
caricatural retournage de veste sont tout trouvés : les plus extrémistes des
conservateurs américains qui a défaut d'être les plus nombreux s'avèrent les
plus virulents, le mouvement Tea Party contre la couverture maladie universelle
en a fait l'éclatante démonstration. Les nantis capitalistes de Wall
Street se réjouissent aussi de cette période de turbulences pour
l'administration démocrate, ils gagnent un temps précieux et peuvent ainsi
intensifier leur lobbying au Sénat, à la Chambre des représentants et à la
Maison Blanche. Indéniablement ce premier discours sur l'état de l'Union devant
les deux chambres réunies au Capitol arrivait à point nommé pour un orateur
aussi brillant et politique que Barack Obama. A l'écoute de cette adresse au
peuple américain, force est de constater que la volonté de changer les
États-Unis est toujours la.
Le « front office », le « carry trade », le
« tick » et autres joyeusetés boursières sont pour vous un gloubi-boulga
abracadabrantesque ? D’anciens caïds des salles de marchés, affreusement
poussés au chômage et à la grande pauvreté par la grande crise débutée en
septembre 2008, se feront un plaisir de vous éclairer sur ces voluptueuses
notions financières - et sur leur responsabilité dans cette hérésie économique
? - lors de votre prochain séjour dans la ville de New York. En vous acquittant
charitablement de la somme de 45 dollars par personne (soit environ 30 euros)
et à condition d'être au moins au nombre de deux, vous aurez le plaisir
légèrement masochiste de participer au « Tour de la Crise
Financière ».
Toute la spécificité de Barack Obama est
la. Il « est » l'histoire avant même de l'écrire. Ainsi il devient prix Nobel
de la paix 9 mois à peine après sa prise de fonction. Une distinction non pas à
postériori, mais à priori « pour ses efforts extraordinaires en faveur du
renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les
peuples ». Une récompense pour sa vision du monde et un appel à l'action bien
plus qu'une consécration. Déjà son élection en novembre 2008 était un tournant
historique surprenant. Fin symbolique du racisme qui a marqué l'histoire
étasunienne, de l'esclavage jusqu'à la relégation sociale en passant par la
ségrégation raciale. Bannissement du néo-conservatisme de Bush fils qui a
souillé à jamais la face du monde. Renouvèlement du progressisme étasunien plus
en phase avec l'Amérique admirée des idéaux révolutionnaires de 1776.
Combattre le néo-libéralisme par l'absurde, tel
est le leitmotiv des Yes Men. Il y a chez Andy Bichlbaum et Mike Bonannodu de
la candeur militante à la manière d'un Michael Moore, du burlesque visuel façon
Jacques Tati, de l'inventivité loufoque dans le veine du professeur Tournesol.
Le principe de ces deux trublions est simple : monter de faux sites internet de
multinationales (Dow Chemicals, Halliburton, Exxon Mobil) pour se faire inviter
dans les médias ou à de prestigieuses conférences. Vient ensuite le canular,
sur le mode du discours trop beau pour être vrai ou de présentations ubuesques
très « visuelles ». Les assistances biberonnées à la recherche du profit n'y
voient que du feu. Le voile tombe, découvrant un cynisme total. A l'image de ce
représentant d'une banque filmé en caméra caché après un canular : « Quoi que
l'on fasse cela va couter des vies. Mais si cela rapporte de l'argent c'est
acceptable ». Devant les péripéties des Yes Men on est plié de rire, révolté
mais aussi revigoré. Le plafond de verre indestructible du tout marché vole en
milles morceaux, le néo-libéralisme apparait alors pour ce qu'il est :
absurde.





