Les critiques sont aussi violentes à
l'égard de Barack Obama que les louanges furent excessives. L'Obama-bashing a
en quelque sorte suppléé l'Obamamania dans les élites médiatiques de l'autre
coté de l'Atlantique - comme de ce côté ci d'ailleurs. Les bénéficiaires de ce
caricatural retournage de veste sont tout trouvés : les plus extrémistes des
conservateurs américains qui a défaut d'être les plus nombreux s'avèrent les
plus virulents, le mouvement Tea Party contre la couverture maladie universelle
en a fait l'éclatante démonstration. Les nantis capitalistes de Wall
Street se réjouissent aussi de cette période de turbulences pour
l'administration démocrate, ils gagnent un temps précieux et peuvent ainsi
intensifier leur lobbying au Sénat, à la Chambre des représentants et à la
Maison Blanche. Indéniablement ce premier discours sur l'état de l'Union devant
les deux chambres réunies au Capitol arrivait à point nommé pour un orateur
aussi brillant et politique que Barack Obama. A l'écoute de cette adresse au
peuple américain, force est de constater que la volonté de changer les
États-Unis est toujours la.
Le « front office », le « carry trade », le
« tick » et autres joyeusetés boursières sont pour vous un gloubi-boulga
abracadabrantesque ? D’anciens caïds des salles de marchés, affreusement
poussés au chômage et à la grande pauvreté par la grande crise débutée en
septembre 2008, se feront un plaisir de vous éclairer sur ces voluptueuses
notions financières - et sur leur responsabilité dans cette hérésie économique
? - lors de votre prochain séjour dans la ville de New York. En vous acquittant
charitablement de la somme de 45 dollars par personne (soit environ 30 euros)
et à condition d'être au moins au nombre de deux, vous aurez le plaisir
légèrement masochiste de participer au « Tour de la Crise
Financière ».
Toute la spécificité de Barack Obama est
la. Il « est » l'histoire avant même de l'écrire. Ainsi il devient prix Nobel
de la paix 9 mois à peine après sa prise de fonction. Une distinction non pas à
postériori, mais à priori « pour ses efforts extraordinaires en faveur du
renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les
peuples ». Une récompense pour sa vision du monde et un appel à l'action bien
plus qu'une consécration. Déjà son élection en novembre 2008 était un tournant
historique surprenant. Fin symbolique du racisme qui a marqué l'histoire
étasunienne, de l'esclavage jusqu'à la relégation sociale en passant par la
ségrégation raciale. Bannissement du néo-conservatrice de Bush fils qui a
souillé à jamais la face du monde. Renouvèlement du progressisme étasunien plus
en phase avec l'Amérique admirée des idéaux révolutionnaires de 1776.
Combattre le néo-libéralisme par l'absurde, tel
est le leitmotiv des Yes Men. Il y a chez Andy Bichlbaum et Mike Bonannodu de
la candeur militante à la manière d'un Michael Moore, du burlesque visuel façon
Jacques Tati, de l'inventivité loufoque dans le veine du professeur Tournesol.
Le principe de ces deux trublions est simple : monter de faux sites internet de
multinationales (Dow Chemicals, Halliburton, Exxon Mobil) pour se faire inviter
dans les médias ou à de prestigieuses conférences. Vient ensuite le canular,
sur le mode du discours trop beau pour être vrai ou de présentations ubuesques
très « visuelles ». Les assistances biberonnées à la recherche du profit n'y
voient que du feu. Le voile tombe, découvrant un cynisme total. A l'image de ce
représentant d'une banque filmé en caméra caché après un canular : « Quoi que
l'on fasse cela va couter des vies. Mais si cela rapporte de l'argent c'est
acceptable ». Devant les péripéties des Yes Men on est plié de rire, révolté
mais aussi revigoré. Le plafond de verre indestructible du tout marché vole en
milles morceaux, le néo-libéralisme apparait alors pour ce qu'il est :
absurde.
Le lion du Sénat
est mort. Ted Edward Kennedy, frère de John et de Robert, est mort à l'âge de
77 ans d'une tumeur du cerveau près d'un demi siècle après sa première élection
au Sénat des États-Unis d'Amérique. Quand « Teddy » est élu en 1962 comme
sénateur du Massachusetts, John Fitzgerald Kennedy est à la Maison Blanche
depuis un an et lance la conquête spatiale par son discours « Nous avons choisi
d'aller sur la lune ». L'Amérique est encore largement ségrégationniste et
raciste, même si le mouvement des droits civiques emmené par Martin Luther King
obtient ses première victoires. JFK renforce l'engagement militaire étasunien
dans la guerre du Viêt Nam, semant les graines du pacifisme étudiant et la
nouvelle gauche des années 1970. Quand Ted Kennedy décède en 2009, les USA ont
un président métisse progressiste, veulent retourner sur la Lune pour un jour
marcher sur Mars et se désengagent du « nouveau Viêt Nam » irakien. Entre ces
deux dates, 46 ans de lutte pour la justice sociale et contre la pauvreté.
Lance Armstrong n'a jamais caché son
appétit politique. En 2005, il déclarait au magazine Outside, dédié aux
activités en plein-air, ses ambitions pour le Texas : « peut-être que je
me présenterais pour devenir Gouverneur ». Le manoir du Gouverneur lui
plaît même beaucoup : « (…) c'est vraiment un beau manoir. Un bel endroit, une
belle maison ». Pas de second degré. Une cupidité assumée. Pour son retour
sur le Tour de France le texan a été tout aussi clair : « J’ai décidé de
revenir au cyclisme dans le but de sensibiliser l’opinion publique au fléau du
cancer ». Sa piqûre de rappel sur le circuit professionnel en 2009 ? Un
marche-pied pour la promotion millimétrée de Livestrong, son association
controversée de lutte contre le cancer. Son ONG, son Texas natal, deux piliers
d'un même appétit frénétique pour la politique.
« La campagne pour réformer le système de
santé en 2009 est le plus grand test pour notre mouvement depuis les dernières
élections ». Barack Obama mobilise avec vigueur ses troupes pour ce qui
s'annonce (déjà) comme le moment crucial de son mandat. Les 46 millions
d'américains qui sont dépourvus de couverture médicale attendent cette réforme
depuis 15 ans. En effet, Hillary Clinton mandatée par Bill Clinton pour
réformer le système de santé en 1993, avait dû céder face au harcèlement
incessant des lobbys pharmaceutiques et assurantiels dès 1994. La gauche
étasunienne va donc sans doute mener sa plus grande bataille politique depuis
la fin du mouvement des droits civiques en 1968. Les républicains, les lobbys
aiguisent leurs armes criant déjà « Non au socialisme ».
Raul Solis et Juana Sequeira-Solis forment
un souriant couple de retraités. Lui est originaire du Mexique, elle du
Nicaragua. Tous deux ont émigrés aux États-Unis, ou ils se sont rencontrés puis
mariés en 1953. Ils ont longuement travaillés comme ouvriers, lui dans une
usine de recyclage, elle sur les chaînes de montage de Mattel. Très engagés
dans les syndicats Teamsters et United Rubber Workers, ils n'ont jamais cessé
de croire en une Amérique plus juste et généreuse. Alors quand Barack Obama et
son administration rentrent à la Maison Blanche ce 20 janvier 2009, ils sont
très émus. Doublement émus même, car leur fille Hilda Solis devient à 51 ans la
secrétaire au Travail des États-Unis d’Amérique.





