Les critiques sont aussi violentes à
l'égard de Barack Obama que les louanges furent excessives. L'Obama-bashing a
en quelque sorte suppléé l'Obamamania dans les élites médiatiques de l'autre
coté de l'Atlantique - comme de ce côté ci d'ailleurs. Les bénéficiaires de ce
caricatural retournage de veste sont tout trouvés : les plus extrémistes des
conservateurs américains qui a défaut d'être les plus nombreux s'avèrent les
plus virulents, le mouvement Tea Party contre la couverture maladie universelle
en a fait l'éclatante démonstration. Les nantis capitalistes de Wall
Street se réjouissent aussi de cette période de turbulences pour
l'administration démocrate, ils gagnent un temps précieux et peuvent ainsi
intensifier leur lobbying au Sénat, à la Chambre des représentants et à la
Maison Blanche. Indéniablement ce premier discours sur l'état de l'Union devant
les deux chambres réunies au Capitol arrivait à point nommé pour un orateur
aussi brillant et politique que Barack Obama. A l'écoute de cette adresse au
peuple américain, force est de constater que la volonté de changer les
États-Unis est toujours la.
Le « front office », le « carry trade », le
« tick » et autres joyeusetés boursières sont pour vous un gloubi-boulga
abracadabrantesque ? D’anciens caïds des salles de marchés, affreusement
poussés au chômage et à la grande pauvreté par la grande crise débutée en
septembre 2008, se feront un plaisir de vous éclairer sur ces voluptueuses
notions financières - et sur leur responsabilité dans cette hérésie économique
? - lors de votre prochain séjour dans la ville de New York. En vous acquittant
charitablement de la somme de 45 dollars par personne (soit environ 30 euros)
et à condition d'être au moins au nombre de deux, vous aurez le plaisir
légèrement masochiste de participer au « Tour de la Crise
Financière ».
On connaissait l’interdiction de stade pour
sanctionner un « supporter » de football indélicat. Nos voisins
helvétiques ont inventé l’interdiction de supermarché pour châtier le vol à
l’étalage. Une décision judiciaire ? Non, une sentence unilatérale et
contestable proclamée par le leader suisse de la grande distribution Migros à
l’encontre d’une jeune femme de 29 ans habitant Vevey, au bord du Lac Léman.
Les larcins incriminés ont été commis par Séverine (le prénom a été modifié) en
début d’année 2009 : « Ça s’est passé deux fois et c’était chaque fois
pour moins de 100 francs (environ 66 euros) de marchandises ». La jeune
Suissesse plaide une passe difficile dans sa vie : « Je traversais
une période de cleptomanie. Mon père venait de se faire agresser et casser les
deux jambes par cinq jeunes à Genève. J’étais très en colère et peinais à gérer
ce sentiment d’injustice ». Suite à ces vols, la chaîne d’hypermarchés lui fait
parvenir plusieurs courriers pour lui signifier qu’elle a interdiction de
remettre les pieds dans un des établissements de l’enseigne.
Deux salariés côte à côte place de la Bastille.
Le premier avec un autocollant CGT 94 engage la conversation : « vous êtes de
Flins ? Courage ! » (l'usine Renault de Flins tourne au ralenti depuis
décembre). Le second vêtu d'un gilet FO Flins lui répond « oui, mais cela ne
dépend plus de nous ». Le cégétiste conclut « bon... en tout cas on est
avec vous les gars ». Échange anodin mais qui en dit long sur le
changement d'atmosphère sociale. Les mobilisations locales (parfois dures) des
salariés n'ont pas manquées en 2007-2008, mais il n'y avait pas de
« conjonction des luttes », de sens commun. Ce 29 janvier 2009 les
mouvements sociaux ont dépassés leurs spécificités catégorielles pour devenir
« le » mouvement social. « Énièmes manifs », « rituel
de la grève » pour les libéraux-conservateurs et les réactionnaires.
Pourtant, au delà de son opposition massive au sarkozysme, ce mouvement social
a des caractéristiques inédites.
« Ils ne représentent que 8,2 % de la
population, et ils prennent en otage les français », voilà l'approche dite
« Café du commerce » de la représentativité syndicale et de la démocratie
sociale en France. On se penche donc toujours du côté des syndicats ouvriers et
salariés, avec surtout la volonté de les affaiblir. Pourtant la
représentativité des syndicats patronaux est un véritable scandale. Le CNPF
transformé en MEDEF prétend depuis 60 ans représenter seul tous les chefs
d'entreprises. Un oligopole chez les tenants de la libre concurrence et du
« fanatisme de marché ». Qui élit ces représentants des chefs
entreprises ? Personne. Résultat, ils défendent caricaturalement les
intérêts du capital, et sont finalement assez proche de la pensée patronale
oppressante du 19ème siècle : quelle modernité ! Le MEDEF ne réfléchit
clairement pas à la réalité des entreprises, encore moins à celle du monde du
travail. Sur le plan démocratique, c'est en réalité plus un lobby (historique)
qu'un syndicat, car il ne représente personne à part lui-même.
Des journaux télévisés, en passant par le Café
du coin, jusque dans les hautes sphères politico-financières le mot « crise » a
remplacé partout le terme « pouvoir d'achat », prédominant depuis deux ans. A
l'heure ou bizarrement le citoyen lambda se tient informé quotidienement des
convulsions boursières alors que jusqu'ici il n'en avait rien foutre (excepté
une caste d'illuminés du marché à la Jean-Marc Sylvestre). Au moment ou il est
possible de trouver des centaines de milliards d'euros pour renflouer voir
nationaliser des banques, alors qu'hier il était impossible de trouver quelques
milliards d'euros pour assurer la pérennité des services publics et pour aider
les salariés précarisés, surendettés voir expulsés de leur logement. Bref à
l'instant ou le capitalisme le plus « libéré » montre toute l'étendu de sa
folie et de sa violence, des millionnaires vont se mettre en grève. En effet le
week-end du 24 au 26 octobre, l'Union nationale des footballeurs professionnels
(UNFP) appelle à une grève des joueurs pro sur les terrains de France.
Précisons d'emblée que la moyenne de salaire en L1 est de 48 000 euros mais que
de nombreux joueurs de ligues inférieurs vivotent avec des revenus ordinaires
pour une carrière courte.
Matraqué par les publicitaires, embarrassant
pour les politiques, central pour les salariés, le pouvoir d'achat est partout.
L'omniprésence de ce thème est telle qu'on en vient à confondre promesses
électorales et slogans d'hypermarchés. Les deux ne font qu'un quand le
gouvernement lance sa campagne pour promouvoir ses mesures en « faveur » de ce
pouvoir d'achat. Suivant les opinions on la trouvera totalement grotesque ou
carrèment cynique, car non seulement cette droite est caricaturalement dévouée
aux classes possédantes mais petit à petit elle se met à le revendiquer
fièrement (suivant ainsi le chemin tracé par les républicains américains). Mais
revenons au pouvoir d'achat de l'ensemble de la population, est-ce un terme et
un concept pertinent ? De surplus d'un point de vue de gauche ?
Le néolibéralisme serait l'incarnation du
pragmatisme et du réalisme, il aurait un sens inébranlable de l'intérêt général
guidé par la main invisible du marché. Pourtant si l'on étudie les
libéralisations récentes qui ont eu lieu dans différents secteurs économiques,
force est de constater qu'il n'en est rien. Ce sont bien des intérêts privées
et la perspective de retour sur investissement permit par de nouveaux marchés
qui ont étés déterminantes. Le service rendu à l'usager, l'inscription dans une
démarche collective de vivre ensemble et même la viabilité économique ont été
bafoués par ces choix. Trois exemples le démontrent largement : la
privatisation-segmentation des transports collectifs à Londres dans les années
1990, la libéralisation du service de renseignement téléphonique en France en
2006, la libéralisation du marché de l'électricité en France en 2007.





