
4 heures, un froid matin de novembre. La nuit est
noire, la lune brille à peine, seuls les lampadaires et les feux tricolores
illuminent la chaussée. Nantes est désert. Pourtant, un étrange balai se met
doucement en place du côté de l'île Beaulieu. Des camions et des utilitaires
par dizaines convergent irrémédiablement vers l'entrée du Marché d'intérêt
national (MIN) de Nantes, tels des abeilles vers une ruche. Une nuée blanche
qui s'agglutine devant les barrières du 58 Boulevard Gustave Roch, entraînant
l'engorgement temporaire des rues avoisinantes. Pas d’énervement mais de la
concentration sur les visages au hâle encore gris de ces conducteurs nocturnes.
Le marché aux fruits et aux légumes va débuter dans quelques minutes, à 5
heures précises - plutôt 4h55 aux dires des habitués. Patrice Mariot, le
responsable de marché, et Christophe Courant, employé en charge de l'accueil
(par roulement), sont postés devant la cahute d'entrée. Les barrières oranges
se lèvent. « Voilà, le marché est ouvert, maintenant, ils vont tous aller faire
leurs achats », dit calmement Patrice, « Vous entrez dans une "ville dans la
ville", comme on dit », ajoute Christophe.
C'est une grande bâtisse typiquement
art-nouveau, tendance anglo-saxonne des années 1930, avec une touche
exotiquement coloniale. Sa façade se veut une représentation des territoires
occupés d’antan, ces terres des Antilles, d'Océanie, d'Afrique et d'Asie. La
Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI) se dresse là, coincée
entre les boulevards maréchaux et le périphérique parisien, le vert du bois de
Vincennes et le rouge des immeubles en briques avoisinants. A l’intérieur de la
Cité, au milieu des fresques et des expositions, c'est la colère sociale qui a
pris ses quartiers. Depuis début octobre, 500 travailleurs sans-papiers
occupent symboliquement le hall d'entrée de la CNHI. Leur revendication ? La
régularisation de 6804 travailleurs franciliens qui sont en grève depuis plus
d'un an, soutenus par le syndicat CGT. Une grève oubliée.
Malgré des revendications éthiques et
sociales, le commerce équitable est présent en grande distribution pour toucher
une audience massive. Mais à quel prix ? Des exigences économiques, écologiques
et de justes répartitions qui ne sont pas toujours appliquées par les grandes
enseignes. Certaines marques sont prêtes à faire des concessions. Témoignage
d'un businessman éthique qui a fait ce choix, Tristan Lecomte,
président-fondateur d'Alter Eco, l'un des leaders du commerce
équitable en France qui travaille dans 29 pays de part le monde. Auteur de
nombreux ouvrages, il défend un commerce équitable sans barrières, s'ouvrant
pleinement à la grande distribution pour toucher ainsi un maximum de
consommateurs.
De la gauche à la droite de
l'échiquier politique, le terme de régulation est devenu un incontournable. Un
quasi totem. Sur ce point, il y a clairement un avant et un après crise -
une dépression économico-financière qui a débutée il y a maintenant
pratiquement 2 ans. Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, résume clairement
le constat en vigueur : « Laisser le marché tout régler ne fonctionne
pas ». Si dans le discours tout le monde s'accorde sur cette idée, même
ceux qui furent des plus néo-libéraux, dans les actes la chose est moins aisée.
Illustration de cette chimère régulatrice : la libéralisation des jeux d'argent
en ligne.
Une foule de supporters
bariolés de ciel et blanc, des verres de bière à toutes les mains, des chants a
n'en plus finir... L'unique entrée du Stade de la Meinau de Strasbourg est un
goulet d'étranglement humain. On pénètre ensuite dans l'arène, forcément
immense quand on la découvre avec ses yeux d'enfant. Puis on se place debout
dans le quart de virage - point de places assises en catégorie
« populaire » à cette époque - alors qu'en face les ultras
strasbourgeois des UB90 rugissent déjà. On aimerait en être. Les équipes
rentrent sur le terrain, les tifos et les fumigènes recouvrent toutes les
tribunes de la Meinau. C'est un derby RC Strasbourg contre FC Metz, le stade
est comme en fusion. 90 minutes plus tard l'enceinte explose : ce 11 avril 1995
Strasbourg va en finale de Coupe de France en s'imposant 1-0. 14 mai 2010, soit
15 ans plus tard, le RCS descend en National et flirte avec la rétrogradation
administrative en CFA.
Mieux que les Experts de Las Vegas, Miami ou New
York, il y a les agents de la Commission européenne et de la Banque centrale
européenne (BCE) en Grèce. Depuis 3 semaines, main dans la main avec ceux du
Fonds monétaire international (FMI), ils effectuent des descentes dans les
ministères grecques « dépensiers ». Ces limiers épluchent les
comptes, dissèquent les dépenses et font la traque au gaspillage. Car le plan
d'austérité du gouvernement de George Papandreou - qui obéit aux
recommandations du FMI et de l'UE – vise à économiser 30 milliards d'euros sur
3 ans. Soit une réduction du déficit budgétaire de 8,1% du PIB aujourd'hui à
2,6% du PIB en 2013. L'Europe se fait ainsi gardienne du temple de l'orthodoxie
budgétaire grecque. Un réveil bien tardif.
La question écologique opposée à la question
sociale ? C'est contre cette idée reçue que l'Agence de l'Environnement et de
la Maîtrise de l'Énergie et l'Université de Nantes ont mené une étude sur les
salariés et le développement durable. Une enquête d'une ampleur inédite : plus
de 1700 salariés ont été interrogés à cette occasion. L'aspiration des salariés
est claire : ils veulent du concret et du participatif en matière écologique.
94% des personnes interrogées se déclarent pour le tri, le recyclage et la
diminution des déchets. Pratiquement autant de travailleurs se disent
favorables à l'optimisation de leurs consommations d'énergie. Le salarié veut
prolonger sur son lieu de travail la chasse au gaspillage qu'il effectue déjà
chez lui. Un éco-citoyen partout, tout le temps en somme. Pour Séverine Millet,
consultante en sociologie de l'environnement : « L'écologie n'est plus
uniquement vue comme une catastrophe ni une contrainte, mais bien aussi comme
une véritable opportunité de mieux vivre ensemble, de changement social profond
et comme une solution de sortie de crise ». Reste à mettre en musique cette
belle partition écologique dans les entreprises (
Au commencement il y avait un groupe
pharmaceutique, qui au fil des fusions et autres acquisitions devint le 5e de
son secteur au niveau mondial et leader à l'échelle de l'Europe. Une entreprise
qui fit 8,47 milliards d'euros de bénéfices en 2009 - la palme d'or du CAC 40
devant Total ! - pour qui l'explosion des ventes de vaccins contre la grippe A
n'était qu'une goutte d'eau (3,6 % du chiffre d'affaires) dans un océan de
blockbusters (petit nom donné aux médicaments au retour sur investissement
faramineux). Dans le même temps, le directeur général de Sanofi Aventis,
Christopher Viehbacher, confirma un brutal plan de réorganisation de
l'activité de l'entreprise visant à réaliser 2 milliards d'euros d'économies en
2013 par rapport à 2008. « Nous sommes en avance sur notre
calendrier » confia t-il même avec délectation. Traduction dans l'hexagone
: 4 sites fermés, « 3000 emplois sont supprimés, dont 1300 en
recherche » selon l'estimation des syndicats, sans compter les 900
chercheurs « volontaires au départ » qui ont déjà quitté Sanofi. Fin
du conte de fée industriel. Début de la boucherie sociale.





