Blog de Thibault Dumas

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

26 décembre 2011

La vie du MIN

4 heures, un froid matin de novembre. La nuit est noire, la lune brille à peine, seuls les lampadaires et les feux tricolores illuminent la chaussée. Nantes est désert. Pourtant, un étrange balai se met doucement en place du côté de l'île Beaulieu. Des camions et des utilitaires par dizaines convergent irrémédiablement vers l'entrée du Marché d'intérêt national (MIN) de Nantes, tels des abeilles vers une ruche. Une nuée blanche qui s'agglutine devant les barrières du 58 Boulevard Gustave Roch, entraînant l'engorgement temporaire des rues avoisinantes. Pas d’énervement mais de la concentration sur les visages au hâle encore gris de ces conducteurs nocturnes. Le marché aux fruits et aux légumes va débuter dans quelques minutes, à 5 heures précises - plutôt 4h55 aux dires des habitués. Patrice Mariot, le responsable de marché, et Christophe Courant, employé en charge de l'accueil (par roulement), sont postés devant la cahute d'entrée. Les barrières oranges se lèvent. « Voilà, le marché est ouvert, maintenant, ils vont tous aller faire leurs achats », dit calmement Patrice, « Vous entrez dans une "ville dans la ville", comme on dit », ajoute Christophe.

Lire la suite...

29 décembre 2010

Une grève oubliée

C'est une grande bâtisse typiquement art-nouveau, tendance anglo-saxonne des années 1930, avec une touche exotiquement coloniale. Sa façade se veut une représentation des territoires occupés d’antan, ces terres des Antilles, d'Océanie, d'Afrique et d'Asie. La Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI) se dresse là, coincée entre les boulevards maréchaux et le périphérique parisien, le vert du bois de Vincennes et le rouge des immeubles en briques avoisinants. A l’intérieur de la Cité, au milieu des fresques et des expositions, c'est la colère sociale qui a pris ses quartiers. Depuis début octobre, 500 travailleurs sans-papiers occupent symboliquement le hall d'entrée de la CNHI. Leur revendication ? La régularisation de 6804 travailleurs franciliens qui sont en grève depuis plus d'un an, soutenus par le syndicat CGT. Une grève oubliée.

Lire la suite...

09 décembre 2010

« Là où les gens font leurs courses »

Malgré des revendications éthiques et sociales, le commerce équitable est présent en grande distribution pour toucher une audience massive. Mais à quel prix ? Des exigences économiques, écologiques et de justes répartitions qui ne sont pas toujours appliquées par les grandes enseignes. Certaines marques sont prêtes à faire des concessions. Témoignage d'un businessman éthique qui a fait ce choix, Tristan Lecomte, président-fondateur d'Alter Eco, l'un des leaders du commerce équitable en France qui travaille dans 29 pays de part le monde. Auteur de nombreux ouvrages, il défend un commerce équitable sans barrières, s'ouvrant pleinement à la grande distribution pour toucher ainsi un maximum de consommateurs.

Lire la suite...

16 août 2010

La dérégulation en jeux

De la gauche à la droite de l'échiquier politique, le terme de régulation est devenu un incontournable. Un quasi totem. Sur ce point, il y a clairement un avant et un après crise -  une dépression économico-financière qui a débutée il y a maintenant pratiquement 2 ans. Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, résume clairement le constat en vigueur : « Laisser le marché tout régler ne fonctionne pas ». Si dans le discours tout le monde s'accorde sur cette idée, même ceux qui furent des plus néo-libéraux, dans les actes la chose est moins aisée. Illustration de cette chimère régulatrice : la libéralisation des jeux d'argent en ligne.

Lire la suite...

28 juillet 2010

Voir Strasbourg mourir

Une foule de supporters bariolés de ciel et blanc, des verres de bière à toutes les mains, des chants a n'en plus finir... L'unique entrée du Stade de la Meinau de Strasbourg est un goulet d'étranglement humain. On pénètre ensuite dans l'arène, forcément immense quand on la découvre avec ses yeux d'enfant. Puis on se place debout dans le quart de virage - point de places assises en catégorie « populaire » à cette époque - alors qu'en face les ultras strasbourgeois des UB90 rugissent déjà. On aimerait en être. Les équipes rentrent sur le terrain, les tifos et les fumigènes recouvrent toutes les tribunes de la Meinau. C'est un derby RC Strasbourg contre FC Metz, le stade est comme en fusion. 90 minutes plus tard l'enceinte explose : ce 11 avril 1995 Strasbourg va en finale de Coupe de France en s'imposant 1-0. 14 mai 2010, soit 15 ans plus tard, le RCS descend en National et flirte avec la rétrogradation administrative en CFA.

Lire la suite...

16 mai 2010

L'Europe responsable de la crise grecque ?

Mieux que les Experts de Las Vegas, Miami ou New York, il y a les agents de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne (BCE) en Grèce. Depuis 3 semaines, main dans la main avec ceux du Fonds monétaire international (FMI), ils effectuent des descentes dans les ministères grecques « dépensiers ». Ces limiers épluchent les comptes, dissèquent les dépenses et font la traque au gaspillage. Car le plan d'austérité du gouvernement de George Papandreou - qui obéit aux recommandations du FMI et de l'UE – vise à économiser 30 milliards d'euros sur 3 ans. Soit une réduction du déficit budgétaire de 8,1% du PIB aujourd'hui à 2,6% du PIB en 2013. L'Europe se fait ainsi gardienne du temple de l'orthodoxie budgétaire grecque. Un réveil bien tardif.

Lire la suite...

03 avril 2010

Des salariés éco-citoyens

La question écologique opposée à la question sociale ? C'est contre cette idée reçue que l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie et l'Université de Nantes ont mené une étude sur les salariés et le développement durable. Une enquête d'une ampleur inédite : plus de 1700 salariés ont été interrogés à cette occasion. L'aspiration des salariés est claire : ils veulent du concret et du participatif en matière écologique. 94% des personnes interrogées se déclarent pour le tri, le recyclage et la diminution des déchets. Pratiquement autant de travailleurs se disent favorables à l'optimisation de leurs consommations d'énergie. Le salarié veut prolonger sur son lieu de travail la chasse au gaspillage qu'il effectue déjà chez lui. Un éco-citoyen partout, tout le temps en somme. Pour Séverine Millet, consultante en sociologie de l'environnement : « L'écologie n'est plus uniquement vue comme une catastrophe ni une contrainte, mais bien aussi comme une véritable opportunité de mieux vivre ensemble, de changement social profond et comme une solution de sortie de crise ». Reste à mettre en musique cette belle partition écologique dans les entreprises (podcast mis en ligne sur Euradio Nantes).

16 février 2010

Sanofi Aventis : la boucherie sociale

Au commencement il y avait un groupe pharmaceutique, qui au fil des fusions et autres acquisitions devint le 5e de son secteur au niveau mondial et leader à l'échelle de l'Europe. Une entreprise qui fit 8,47 milliards d'euros de bénéfices en 2009 - la palme d'or du CAC 40 devant Total ! - pour qui l'explosion des ventes de vaccins contre la grippe A n'était qu'une goutte d'eau (3,6 % du chiffre d'affaires) dans un océan de blockbusters (petit nom donné aux médicaments au retour sur investissement faramineux). Dans le même temps, le directeur général de Sanofi Aventis, Christopher Viehbacher, confirma  un brutal plan de réorganisation de l'activité de l'entreprise visant à réaliser 2 milliards d'euros d'économies en 2013 par rapport à 2008. «  Nous sommes en avance sur notre calendrier » confia t-il même avec délectation. Traduction dans l'hexagone : 4 sites fermés, « 3000 emplois sont supprimés, dont 1300 en recherche » selon l'estimation des syndicats, sans compter les 900 chercheurs « volontaires au départ » qui ont déjà quitté Sanofi. Fin du conte de fée industriel. Début de la boucherie sociale.

Lire la suite...

- page 1 de 3