Les JO ce sont d'énormes efforts financiers, un long travail de lobbying puis d'organisation. Tout cela pour seulement deux semaines de sport...

Sebastian Coe : Je pense que c'est le le bon tempo. Bien sûr c'est un défi important à relever. Il ne faut pas oublier que c'est l'équivalent de 26 championnats du monde pour autant de disciplines différentes. Mais deux semaines reste la période de temps idéale. Bien sûr cela induit de la dextérité dans l'organisation, une capacité à se concentrer sur certains éléments clefs. Il s'agit aussi de réduire l'écart temporel entre les Jeux olympiques et les Jeux paralympiques, pour maintenir l'enthousiasme qui né lors des premiers pour les seconds. Sous notre impulsion il a été ramené à 10 jours pour Londres.

Dans quelle mesure faut-il intégrer de nouvelles disciplines, pour être en phase avec la société ?

SC : Il faut suivre les tendances du marché. Tout un respectant un certain équilibre avec un attachement résolu à l'histoire et aux traditions du mouvement olympique. Il ne s'agit pas d'abandonner certains sports par ce que ils ne sont pas attractifs pour les jeunes générations. Les nouveaux sports, attrayants pour les plus jeunes, doivent réfléchir eux à comment ils peuvent s'intégrer à l'olympisme. Car il est important d'introduire de nouvelles disciplines, si l'occasion se présente. Le BMX en est un bon exemple (discipline olympique depuis 2008 à Pékin, ndlr) tout comme les Jeux olympiques d'hiver de Vancouver en 2010. Regardez comme ils ont su adapter, modifier et ajouter de nouveaux concepts sportifs. J'en suis ravis.

De quoi a besoin d'une ville pour être olympique ?

SC :D'une certaine cohérence dans la narration de son histoire. Il ne s'agit pas seulement de savoir comment une ville va organiser les JO mais pourquoi. Quel héritage à long terme ? Le Comité international olympique fonde ces décisions pour sur le principe suivant : la bonne ville au bon moment. Le CIO ne juge pas simplement de la capacité à remplir les critères qu'il impose. Les villes sont choisies car elles correspondent à une période donnée. Parfois se sont des paris risqués sur l’avenir. Regardez les jeux de Moscou en 1980, je pense que cela a été la genèse de nombreux changements dans un pays reconnu par même pas la moitié du monde à l'époque (52 nations dont les États-Unis avaient boycotté les JO cette année là, ndlr). Pékin en 2008, Sydney en 2000... le CIO fait les bons choix.

Mais votre succès partagé avec Tony Blair pour l'attribution des Jeux d'été de 2012 à Londres est tout de même basé sur un lobbying effréné auprès des membres du CIO...

SC : Mais c'est important ! Le Comité international olympique a besoin de savoir qu'il existe un soutien politique à la candidature d'une ville et par soutien politique je ne parle seulement de celui des partis ou du gouvernement en place. Dans le cas de Londres, lorsque les membres du CIO sont venus au 10 Downing Street, ils n'ont pas simplement rencontré le Premier ministre britannique, ils ont rencontre le leadership politique qu'incarnait le Royaume-Uni.

Vous louez la place des bénévoles dans l'organisation des JO, n'est ce pas contradictoire avec les sommes en jeu ?

Pas du tout ! C'est nous, les britanniques, qui avons introduit le bénévolat au moment de l'organisation des Jeux olympiques de 1948 à Londres (connus comme les ''Jeux de l’austérité'' où le bénévolat fut lancer pour palier aux manques de l'après Seconde Guerre mondiale, ndlr). C'est une formidable opportunité pour les jeunes et les moins jeunes de faire partie intégrante de l'olympisme. C'est peut-être un concept difficile à comprendre car très britannique mais le bénévolat est essentiel !

Quel reste votre meilleur souvenir olympique en tant qu'athlète ?

SC : J'ai de nombreux souvenirs en mémoire mais je crois que je retiendrai les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 qui dégageaient une humanité saisissante. La ville a absorbé puis transformé l’événement d'une façon incroyablement généreuse.  Sportivement parlant, je me rappelle de la victoire de Fermín Cacho à la surprise générale sur le 1500 mètres masculin le dernier jour. On ne pouvait imaginer un final aussi époustouflant pour clôturer les épreuves d'athlétisme. J'ai encore en tête l'image de Fermín Cacho dans les loges de la famille royale d'Espagne après la course, avec le roi Juan Carlos et la reine Sofia. Incroyable (publié dans Sport & Citoyenneté hors-série JO de Londres).