Les visages sont marqués mais l’énergie collective est toujours là. Antoine Denéchère, Bertrand Pidance, Mikaël Roparz (journalistes) et Claudie Bourget (chargée d’accueil) racontent ce mouvement social un peu inattendu qui a touché leur antenne.

« Un préavis de grève illimitée, comme il en existe souvent à Radio France, avait été déposé pour le jeudi 19 mars par cinq syndicats », détaille Antoine Denéchère, élu CGT au Comité central d’entreprise (CCE) de Radio France et membre du CPNA. Au cœur des inquiétudes, « l’étranglement budgétaire » dont fait l’objet le groupe audiovisuel public.

La veille des premiers arrêts de travail, coup de théâtre, Le Canard Enchaîné révèle les frais de rénovation du bureau du PDG Mathieu Gallet, avec lequel il y a un « mauvais feeling » (Antoine Denèchère) depuis sa nomination en février 2014. Dans le même temps, le calendrier comme la facture des travaux de la Maison de la Radio s’allongent : 262 millions d’euros lors du démarrage en 2004, 575 millions d’euros aujourd’hui. Le symbole est désastreux.

« Des gestionnaires sans vision »

Pour les 60 salariés de Radio France employés sur les bords de Loire – dont 35 sont rattachés à FBLO -, cela accentue la colère quant à la réorganisation et la précarité qui touchent le réseau Bleu. Dernière décision en date : la fermeture de la micro-locale de La Roche-sur-Yon, en Vendée, le 1er février dernier.

63% des personnels techniques et administratifs, 62,5% des journalistes et 80% des animateurs font grève à Nantes le premier jour, selon les chiffres fournis alors par la direction. Une mobilisation qui ne faiblira (quasiment pas) un mois durant.

« Il faut bien comprendre que nous avons à la tête de Radio France des gens qui se présentent uniquement comme des gestionnaires et qui n’ont pas de vision des radios publiques, explique Bertrand Pidance, par exemple, ils invoquent sans cesse le "virage numérique", sans mettre les moyens qui vont avec. »

Audience en hausse

Le nouvelle plate-forme internet de France Bleu, lancée fin 2012, a longtemps été de l’avis de tous une « catastrophe ». Les journalistes web basés à Nantes couvrent « tout l’Ouest de la France », comme l’explique l’un des deux reporters en poste, Mikaël Roparz. C’est l’identité locale de leur antenne ouverte en 1985 qui est en danger, selon les salariés présents, avec le projet (encore sur la table, malgré la grève) d’une mutualisation toujours plus poussée des programmes.

Pourtant, l’audience cumulée des 44 radios du réseau est en hausse : 7,5% sur la période janvier-mars 2015 selon Médiamétrie, soit  +0,1% sur un an. À Nantes, ce sont plus de 35 000 auditeurs en moyenne qui écoutent France Bleu Loire Océan chaque jour.

Et Antoine Denéchère de conclure : « On ne peut pas dire que nous avons gagné, particulièrement concernant l’avenir des antennes locales de Radio France, mais il faut retenir l’émulsion et la solidarité de cette grève. Cela restera. » (publié en ligne par le Club de la presse de Nantes Atlantique).
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