Sur son site, Eurocities* se présente comme « un réseau qui rassemble les principales villes européennes (...), 130 des plus grandes métropoles d'Europe et 40 villes partenaires qui gouvernent 120 millions d'habitants de 35 pays différents ». Imprudemment, la Ville de Nantes parle sur Internet « d'un réseau européen qui rassemble 130 métropoles et 120 millions d'habitants », comme si la Nantaise Johanna Rolland* allait représenter (in)directement ces millions de citoyens européens... Précisons également que l'on compte 341 villes de plus de 200 000 habitants sur le Vieux Continent - dont 190 dans l'UE - si l'on se fie aux statistiques compilées par l'ONU (Demographic Yeaybook 2012).

Installation à "Lobbyland"

Les balbutiements d'Eurocities datent de la fin des années 1980, autour de six villes européennes de taille moyenne : Barcelone, Birmingham, Francfort, Lyon, Milan et Rotterdam. Les statuts belges d'Association sans but lucratif (ASBL) sont déposés en 1991 et un bureau est ouvert l'année suivante au 18, Square de Meeûs, au cœur du "Lobbyland" bruxellois (il a déménagé en 2007 au n°1 de la même place), en présence du travailliste britannique Bruce Millan, alors commissaire à la politique de cohésion régionale.

Trois éléments motivent cette création selon l'historique officiel : « un enracinement urbain clair, une pensée politique forte et des relations existantes avec les institutions communautaires ». Eurocities a donc été pensé comme un lobby de certaines villes européennes auprès de la Commission, du Parlement et du Conseil européens. Son inscription au Registre de transparence de l'UE - qui répertorie sur la base du volontariat les groupes de pression œuvrant à Bruxelles - date de décembre 2009, sous le numéro 12493392840-79.

5,7 millions de budget, 38 salariés

La fiche révèle que les moyens sont conséquents : 4,5 millions d'euros de budget en 2012, 32 lobbyistes dans la capitale belge (dont 11 qui ont un accès permanent au Parlement européen). Des documents internes recoupent ces informations et montrent même un accroissement significatif de ces moyens en 2013 : 5,7 millions d'euros de budget et une équipe de 38 personnes. Les financements proviennent d'abord de subventions et subsides (à peu près 60%), puis de la contribution des villes (35%). L'adhésion annuelle coûte aujourd'hui de 4 260 à 21 540 euros, somme réglée, en théorie, par la métropole nantaise en tant que membre de plein droit siégeant au comité exécutif de la structure.

Les derniers statuts en date de l'association, déposés en 2006 et amendés en 2011, énoncent clairement dans quels buts ces moyens doivent être utilisés (article 3, "Les buts") : « promouvoir et représenter les intérêts communs d'Eurocities dans les consultations et le processus de prise de décisions des institutions de l'UE » ; « représenter les intérêts réciproques d'Eurocities dans le cadre de n'importe quel domaine ou question en relation avec les institutions de l'UE ». Les termes de "citoyen" ou de "citoyenneté" ne sont jamais utilisés. Du lobbying institutionnel pur et dur, au service des métropoles adhérentes comme... Nantes par exemple.

Nantes, tout sauf un hasard

La Ville de Nantes intègre le lobby en 1997 mais ce n'est qu'à partir du quatrième et dernier mandat du socialiste Jean-Marc Ayrault que l'influence interne deviendra réelle. Après avoir été ambassadrice culturelle d'Eurocities en 2008, l'agglomération nantaise accueille l'assemblée générale du groupe de pression sur les bords de Loire en 2012. Patrick Rimbert (qui prend la suite de Monsieur Ayrault, parti à Matignon) en devient vice-président, mandat renouvelé l'année suivante à Gand (Belgique).

L'arrivée de Johanna Rolland à la présidence du lobby lors de l'AG de Munich s'inscrit dans cette logique et ne doit rien au hasard. Conformément aux statuts de l'association (article 14, point 2), le ou la président(e) est élu(e) « sur proposition du comité exécutif [d'Eurocities] » et il est préférable d'être déjà vice-président, « une position préparatoire (...) qui permet d'assurer une certaine continuité ». Sans compter que le vote est précédé d'une réunion politique privée de 90 minutes, fermée aux médias et au public. À Gand, en 2013, le commissaire européen à la politique régionale d'alors, Johannes Hahn (chrétien-démocrate autrichien), était par exemple invité à cette discussion fermée.

Banni par de la communication de Johanna Rolland et de ses soutiens, le terme lobby est également absent des médias ligériens quand Eurocities est évoqué (contrairement aux sites d'informations EurActiv et Contexte ou encore au quotidien Les Echos). Lors d'un débat organisé il y a deux ans à Nantes, Karine Daniel, adjointe (PS) en charge de l'Europe et des relations internationales, avait été (un peu) plus franche : « Sur les réseaux européens [de Nantes] on peut distinguer deux volets, un volet qui est le volet coopération et échanges (...) et le deuxième volet [sic], aussi important, qui est un volet de lobbying sur des sujets d’intérêt commun ».

* Contactés plusieurs fois entre novembre 2014 et janvier 2015, les services de communication de Nantes Métropole comme d'Eurocities, n'ont pas répondu à nos questions.