Philippe Masson, Marie Cartier, Rémy Le Saout, Jean-Noël Retière et Marc Suteau (absent ce soir-là) sont les auteurs de “Sociologie de Nantes” (éditions La Découverte, août 2013), ouvrage court mais dense qui a pour objectif « d’interroger la mémoire de la ville et la façon dont elle est utilisée ».

« Désouvriérisation symbolique »

« Malgré la désouvriérisation symbolique, c’est-à-dire la disparition des ouvriers dans le discours politique et médiatique à Nantes, la ville est encore ouvrière », explique Jean-Noël Retière. L’INSEE y compte en effet 15,4% d’ouvriers, contre 7,6% à Lyon ou 8,2% à Bordeaux par exemple (deux villes auxquelles l’éditeur a d’ailleurs consacré des ouvrages équivalents). Pourtant, les pouvoirs publics se sont focalisés depuis les années 1990 sur des sujets peu liés à cette réalité ouvrière : événements culturels inédits, développement durable et numérique.

Outre la croissance forte des cadres et des professions intellectuelles supérieurs (25,9% de la population aujourd’hui), pour Rémy Le Saout « cela s’explique surtout par le fait qu’à Nantes le marketing territorial est dirigé vers l’extérieur : Paris ou l’étranger. Contrairement à Rennes qui a choisi une voie différente en axant sa communication vers les Rennais ».

Cette ouverture aurait été amorcée, selon les sociologues, au début du deuxième mandat de Jean-Marc Ayrault, où sont arrivés dans les cabinets des conseillers venus d’horizons plus variés – typiquement Sciences Po Paris ou Sciences Po Lille.

Les journalistes, relais des communicants

«  Si la communication publique ne produit pas tout le discours sur la ville, elle y contribue, poursuit Rémy Le Saout. Et quand nous avons mené nos entretiens, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une forme d’exaspération du tout événementiel et culturel, symbolisée très fortement par le Voyage à Nantes ».

Le passage d’une économie de production, incarnée par les Chantiers navals et les usines LU, à une économie de flux tertiarisée, personnifiée par les start-ups, « oblige les élus à faire de l’image » selon les universitaires. L’équipe constate d’ailleurs que les journalistes, particulièrement dans la presse nationale, se font souvent le relais – volontaires ou pas – de cette communication.

Une fracture qui se ressent dans les urnes. Les sociologues analysent que dans les 20 bureaux de vote les plus populaires à Nantes (qui correspondent à ceux où le taux de chômage est le plus fort), « l’abstention peut atteindre les 70%. Cela montre que même si la gauche y reste encore très majoritaire, cet ancrage est de plus en plus fragile ». De quoi désacraliser l’image de Nantes, nouvel Eden de l’Ouest (publié en ligne par le Club de la presse de Nantes Atlantique).