Le rapport des Nantais avec l’actualité politique est ambiguë. C’est ce que démontre une étude réalisée en novembre par une équipe d’étudiants de Sciencescom auprès de 213 habitants et présentée à cette occasion. Deux chiffres marquants : seulement 65% des personnes interrogées déclarent « lire ou écouter des informations concernant les élections municipales » et 81% disent « ne pas rechercher d’information politique locale, mais la consultent si elle tombe entre leurs mains ». Une attitude passive qui contraste avec une envie d’approfondissement du débat public.

« Cela signifie qu’il reste à nous journalistes et à vous politiques, beaucoup de travail à faire. Il faut savoir conquérir le lecteur, le faire entrer dans un sujet politique n’est pas simple » réagit Jean-Philippe Lucas, journaliste à Presse Océan.  Avec la difficulté de devoir informer des territoires divers, selon son confrère Cyrille Pitois, directeur départemental 44 de Ouest France : «  Dans les communes rurbaines, si la presse locale ne se saisit pas des municipales, personne n’en parle ».

Une couverture à l’échelle régionale – pour certains médias – qui oblige à faire des choix éditoriaux, « on ne peut pas tout suivre, tout relater, tout décrypter » fait remarquer, Christine Vilvoisin, rédactrice en chef adjointe de France 3 Pays de la Loire. Dans la région nantaise, il y aurait quotidiennement deux à trois conférences de presse relatives aux municipales.

Les risques de la sur-information

Un tempo imposé par la communication politique mais auquel la presse en ligne, plus flexible, arriverait à s’adapter. « Nous sommes les premiers à sortir le compte-rendu d’une conférence de presse », explique Jean Rioufol, journaliste à Media-web.fr, avant d’ajouter « nous, nous sommes libres et indépendants et surtout, contrairement aux journaux, nous ne sommes pas limités en longueur ».

En guise de réponse, Philippe Lucas (Presse Océan) rappel que « le journalisme, politique ou pas politique, c’est de faire des choix. Choix des sujets et choix de ce qu’on couvre ». La sur-information peut même être contre-productive selon Jean-Philippe Magnen, porte parole d’Europe écologie – Les Verts : « Il y a une forme de zapping sur l’information. La profusion des médias, peut faire que le citoyen se perd. Il y a un paradoxe entre « je me décide au dernier moment » et « je veux que vous approfondissiez » ».

Les politiques présents sont néanmoins unanimes pour relever la bonne qualité du travail réalisé par les reporters nantais.« Même si Nantes devient une petite scène nationale à l’occasion des municipales, globalement, l’information est relativement satisfaisante » note François Pinte, président de l’UMP en Loire-Atlantique, qui cite en contre-exemple les médias parisiens.

Un satisfecit que l’on retrouve au Front national, par la voix de Loïc Toth, membre du bureau départemental du parti, « Vous faites un métier qui n’est pas facile et à Nantes vous le faites bien. Il y a un seul élément de mécontentement pour nous, c’est que certains mots utilisés à notre égard sont péjoratifs ».

Équité et pluralisme

Bruno Hervé, représentant de la liste "Nantes, à gauche toute !" se montre plus circonspect : « Le débat est attendu par le public. On aimerait que dans cette « mise en scène », l’opposition de gauche à Nantes ne soit pas occultée ». Le 13 janvier dernier, le Front de gauche a saisi le CSA pour « non-respect du pluralisme politique » dans un débat diffusé par TéléNantes fin 2013.

La rédactrice en chef de la chaîne, Cécile Petitdent, défend une « couverture équilibrée » des municipales tout en reconnaissant que « l’équité définie par le CSA est floue donc parfois compliquée à appliquer ».

Pour informer au mieux le public, l’adaptation doit aussi se faire du côté politique, note-on au Parti socialiste. « Au delà de notre rythme, nous devons comprendre comment vous fonctionnez, pour répondre au mieux à vos sollicitations » explique Fabrice Roussel, premier secrétaire fédéral en Loire-Atlantique. Et Cyrille Pitois (Ouest France) d’avertir « Si on loupe ce rendez-vous [des municipales], il y aura un désert démocratique » (publié en ligne par le Club de la presse de Nantes Atlantique).