Pourtant, le ministre britannique de la Défense d'alors, George Younger, ne l'avoue que timidement : « Tant que le peuple de Gibraltar le voudra, il demeurera sous drapeau britannique, comme le Premier ministre (le conservateur John Major, ndr) l'a répété à maintes reprises. [...] mais à raison d'un nombre limité de bataillons à déployer pour les tâches que nous avons à remplir, c'était un luxe d'avoir l'un d'entre eux stationnant à un endroit où ce n'est plus nécessaire » (fiche du livre). Joe Bossano, chef du gouvernement gibraltarien de l'époque, reste tout aussi prudent, saluant simplement « la récupération de terrains auparavant dévolus à l'armée ». Le chemin de l'indépendance est tortueux.

21 ans après

Un territoire britannique d'outre-mer "officieusement" dans la zone euro, voilà ce qu'est Gibraltar en 2012. Pour le moins cocasse. Ce morceau de terre qui compte près de 30000 habitants, est officiellement dans l'Union européenne. Mais si l'enclave est soumise au droit communautaire, certaines dispositions ne s'y appliquent point (Politique agricole commune, directives commerciales ou sur la TVA). Surtout, Gibraltar a peiné à conquérir son droit à participer aux élections européennes. En 2004, ses citoyens votent pour la première fois... mais rattachés à la région de l'Angleterre du Sud-Ouest, 2000 km plus au nord. Allez comprendre.

Pourtant les Gibraltariens, d'origines britannique, espagnole ou marocaine, souhaitent très majoritairement l'indépendance de leur territoire. Toutes les mouvances politiques du cru, des socialistes jusqu'aux conservateurs, soutiennent l'idée même si c'est avec une véhémence variable. En décembre 2011, aux élections générales, la vigueur démocratique est palpable avec 82,52 % de participation. « Du jamais vu depuis 1980 », selon le Gibraltar Chronicle (article). Le Parti travailliste-socialiste du Gibraltar (GSLP), qui considère ouvertement que la « décolonisation n'est pas terminée à Gibraltar », remporte, allié aux libéraux, 10 sièges sur un total de 17 (!) au Parlement. De fait, Gibraltar fait toujours partie de la liste des seize territoires "non autonomes" ou "non décolonisés" répertoriés par l'ONU (publié dans Europa n°32).