David Beckham à Paris ou la fin de l'équité financière
Par Thibault Dumas, Julian Jappert le 22 décembre 2011, - Société - Lien permanent

C'est bien plus qu'un joueur de football
vieillissant, qui vient de signer pour dix-huit mois au Paris Saint-Germain.
David Beckham, 36 ans, est une "marque", exportable bien au -delà de l'Europe
(particulièrement en Asie) pour le club de la capitale française, racheté par
le fonds Qatar Sports Investments (QSI) l'été dernier. Déjà, lors de
ses cinq saisons passées en Espagne, au Real Madrid entre 2003 et 2007, le
natif de la banlieue de Londres aurait rapporté la coquette somme de 440
millions d'euros aux Madrilènes en produits divers. Quasiment six fois le
budget du PSG pour la saison 2010-2011, avant son acquisition par les Qataris.
C'est dire si du côté du Parc des Princes, on est désormais sur une autre
planète financière entraînant, de force, l'ensemble du championnat de France
dans une nouvelle galaxie.
On ne peut que déplorer, comme beaucoup, l'indécence des émoluments du
sportif britannique (estimés à 800 000 euros bruts par mois plus un bonus sur
les produits dérivés qui pourrait atteindre 17 millions d'euros) et relancer le
débat sur le "salary cap", un système de salaires plafonnés. Mais les
Qataris s'en moquent. Ils ne rendent pas de comptes, au sens propre comme au
figuré. Là est le nœud du problème.
Pérennité et équité
Sportivement, la France des clubs de football professionnels est en
régression, au coude à coude avec le Portugal pour la 5e place à l'indice UEFA
(53,678 vs 51,596 pour être précis), classement réalisé à partir des résultats
des équipes participants aux compétitions européennes. Financièrement,
l'Hexagone est a contrario plutôt sain, sous le ferme patronage de la Direction
nationale de contrôle de gestion (DNCG). Cet organe de surveillance a pour
objectif d'assurer « la pérennité et l'équité des compétitions » en limitant
l'endettement et le déficit des formations de Ligue 1, Ligue 2 et National
(semi-professionnel). Sanctions à l'appui : du recrutement contrôlé des joueurs
(Lens en 2009) jusqu'à la rétrogradation en division inférieure (Strasbourg en
2011).
La dette cumulée des clubs français est à ce jour de 109 millions d'euros. Bien
loin des 4 milliards d'euros de créances en Espagne ou des 3,5 milliards
d'arriérés en Angleterre. Un fardeau économique qui s'alourdit sans cesse,
frisant l'irrationnel. L'Allemagne est, tout comme la France, rigoureuse en
matière d'endettement de son élite (78 millions d'euros "seulement"). Plus
radicale, elle a adopté la règle unique en Europe du "50 plus 1". Tout
actionnaire ne peut posséder plus de 49% des droits de votes au sein du club.
Ainsi, l'histoire, la culture et la viabilité de l'association sportive sont
préservées.
Fair-play financier
Cette régulation stricte - en débat outre-Rhin pour son assouplissement ou son durcissement - est couplée à une vraie réussite sportive. L'Allemagne des clubs vient de dépasser l'Italie à l'aune de ce fameux indice UEFA. Désormais 3e, elle pourrait viser la 1re place d'ici cinq ans et être « le plus grand championnat du monde », comme le proclame Felix Magath, entraîneur allemand d'une dizaine d'équipes successives en Bundesliga.
Réussir au sein du football européen, oui. Mais en se prémunissant de ces
prédateurs de la finance qui sévissent de Malaga (sud de l'Espagne) jusqu'à
Manchester en passant par Paris. Indispensable pour assurer la "spécificité" du
sport européen, basé sur l'équilibre des compétitions. Veillons à ce que
l'hypertrophie des nouveaux possédants parisiens symbolisée par l'arrivée de
David Beckham n'ébranle pas la rigueur française, cousine de l'allemande et du
"fair-play financier" porté par l'UEFA. Veillons aussi à ce que le
caractère people, de l'arrivée de l'ex-international anglais, mis en exergue à
outrance, n'éclipse pas son comportement sportif, voire civique, qui a toujours
été irréprochable.
Face à l'arrivée de mécènes imprévisibles - l'éviction de l'entraîneur du PSG
Antoine Kombouaré en témoigne, le système « d'actionnaires fidèles et solides
», vanté il y a peu par l'Union des clubs professionnelles de football (UCPF)
en France, doit être pérennisé. Car 50 millions d'euros reversés par le monde
professionnel au monde amateur en 2009-2010 semble dérisoire au vu des
agissements quotidiens du Parc des Princes qatari et de l'argent généré par
l'arrivée de Monsieur Beckham, qui pourrait être réutilisé pour le sport de
masse. Une solidarité forte est indispensable, particulièrement quand
financements publics et privés sont ainsi entremêlés. La mise en place d'un
organisme de contrôle de la gestion des clubs de football européens ainsi
qu'une réglementation communautaire basée sur l'expérience du "50 plus 1" aussi
(article
publié en ligne par Le Monde avec Sport et Citoyenneté).














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